Dans cet entretien pour RAPUNCHLINE, l’ancien membre des Psy 4 de la Rime revient avec lucidité sur son parcours, ses liens avec Jul, Soprano, Marseille et l’évolution profonde de l’industrie musicale. Une parole rare, posée, presque testamentaire.
Pour Alonzo, remplir le Vélodrome n’est pas une simple performance commerciale. C’est la consécration d’un itinéraire commencé dans les quartiers nord de Marseille, au sein d’un collectif devenu mythique. Les Psy 4 de la Rime ont marqué les années 2000 avec une identité forte : un rap de quartier, humain, mélancolique et fédérateur.
Le rappeur évoque cette “deuxième bataille” avec l’expérience de celui qui connaît le poids des symboles. Après avoir déjà conquis le stade, il sait que l’enjeu dépasse désormais le simple show. Le Vélodrome représente Marseille elle-même : exigeante, passionnée, imprévisible.
Cette relation entre la ville et ses artistes reste centrale dans son discours. Alonzo parle de Marseille comme d’une force identitaire permanente, une ville qui façonne les artistes autant qu’elle les met à l’épreuve. Une fidélité qui traverse toute sa carrière, depuis les premiers projets des Psy 4 jusqu’à ses albums solo.
Impossible d’évoquer Marseille sans parler de Jul. Dans le podcast, Alonzo décrit le phénomène avec respect. Entre les lignes, on comprend que Jul a réussi ce qu’aucun artiste français n’avait véritablement accompli : transformer le rap marseillais en culture de masse nationale tout en restant profondément local.
L’impact de la compilation 13’Organisé est d’ailleurs encore visible aujourd’hui. Elle a réuni plusieurs générations du rap marseillais et ravivé une unité artistique rare. Les Psy 4 de la Rime y avaient participé aux côtés de Jul, SCH ou encore Soso Maness.
Pour Alonzo, Jul représente aussi une nouvelle manière de travailler : rapidité, spontanéité, proximité avec le public. Un modèle qui contraste avec les longues constructions d’albums des années 2000.
Lorsque le nom de Soprano apparaît, le ton change. Plus intime. Plus émotionnel aussi.
Les deux artistes partagent bien plus qu’un passé musical. Ils incarnent deux trajectoires différentes issues du même socle : celui des Psy 4 de la Rime. Là où Soprano a pris une direction plus populaire et familiale, Alonzo a conservé une image plus street et brute. Pourtant, leur complémentarité continue de fasciner les fans.
L’ombre du groupe plane constamment sur l’entretien. Les Psy 4 restent une référence majeure du rap français, un collectif dont l’héritage dépasse largement sa discographie. Depuis les albums Block Party, Enfants de la lune ou Les Cités d’or, le groupe a laissé une empreinte durable sur toute une génération.
Mais impossible également d’ignorer l’absence de DJ Sya Styles, disparu en 2015. Sa mort a profondément marqué les membres du groupe, au point que Soprano déclarait autrefois qu’un retour des Psy 4 “à trois” semblait impossible.
L’un des passages les plus marquants du podcas concerne la transformation du rap et de la musique en général. Alonzo parle ouvertement de “la fin des albums”. Non pas au sens littéral, mais dans leur fonction culturelle.
Autrefois, un album racontait une histoire, marquait une époque, installait un univers. Aujourd’hui, les plateformes favorisent la vitesse, les singles et l’omniprésence numérique. Un constat partagé par de nombreux artistes de sa génération.
Cette réflexion prend une résonance particulière venant d’un rappeur qui a connu plusieurs âges du rap français : les mixtapes, les CD, Skyrock, les blogs spécialisés puis l’explosion du streaming.
Et pourtant, Alonzo ne tombe jamais dans la nostalgie facile. Il observe simplement un changement de paradigme. Le public consomme différemment, les artistes s’adaptent, et Marseille continue malgré tout de produire des figures majeures.
L’interview résonne aussi avec certaines déclarations récentes du rappeur. Après son immense concert au Vélodrome en 2025, Alonzo avait laissé entendre qu’il pourrait ne plus sortir d’albums afin “de ne pas faire l’album de trop”. Cette année, Alonzo revient pour un second concert au Stade Vélodrome.
Comme si l’artiste regardait désormais sa carrière avec recul, conscient d’avoir déjà écrit une partie importante de l’histoire du rap marseillais.