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C’est un retour aux sources que propose cette « Carversation » avec Dee Nasty — figure historique du hip-hop français —, qui livre un témoignage vivant et passionné sur l’ascension du mouvement en France, de ses débuts jusqu’à aujourd’hui. À travers ses mots, on mesure l’ampleur du chemin parcouru et la valeur de ce que certains appellent l’âge d’or du hip-hop hexagonal. 

L’histoire d’un pionnier 

Dee Nasty — de son vrai nom Daniel Bigeault — est l’un des pionniers majeurs du hip-hop en France. Né en 1960 à Paris, il découvre la culture hip-hop à la fin des années 1970 — lors d’un séjour aux États-Unis. Il commence le DJing au tout début des années 1980 (officiellement 1981–1982), porté par une passion pour le funk, le groove, la culture urbaine, plus que par l’idée d’en faire un business. 

En 1984, il sort Paname City Rappin' — souvent considéré comme le tout premier album de rap / hip-hop autoproduit en France. Cet album, pressé à l’époque à environ 1 000 exemplaires, est devenu une sorte de graal pour les historiens et passionnés de rap français. Selon certaines sources, beaucoup de ces vinyles ont disparu (incendie, revente, oubli), ce qui a rendu l’objet rare pendant des décennies. Avec ce disque, Dee Nasty affirme une vision du hip-hop fondée sur le DJing, le mix, le groove, l’énergie du funk et du break — bien avant l’apparition massive du rap tel qu’on le connaît aujourd’hui. 

Radio, platines, block-parties : l’émergence d’une scène 

Mais Dee Nasty, ce n’est pas qu’un album historique : c’est surtout un passeur, un déclencheur. À la fin des années 1980, il rejoint Radio Nova et lance — avec le rappeur Lionel D — l’émission Deenastyle, considérée comme la première émission de hip-hop diffusée en France. 

Deenastyle — lancé vers 1988 — devient rapidement un rendez-vous incontournable. Sur les ondes, se mêlent mixs de vinyles américains, découvertes, scratchs, freestyles, et diffusion d’un son nouveau, souvent confidentiel jusqu’alors. Mais la radio ne suffisait pas. Dee Nasty organise aussi à partir du milieu des années 1980 des « block-parties » et soirées hip-hop — notamment dans le quartier de La Chapelle, à Paris — rassemblant DJs, graffeurs, breakdancers, MCs, et tout ce que la culture hip-hop compte comme arts de rue. Ces événements, parfois modestes, sont essentiels : ils permettent à une scène française naissante, longtemps invisible, de se rencontrer, d’échanger, de s’émanciper. Ils ouvrent la voie — quelques années plus tard — aux groupes et artistes qui vont structurer le rap français. 

Dans la vidéo : mémoire, anecdotes, regard sur aujourd’hui 

Dans l’entretien, Dee Nasty retrace ces débuts — les galères, l’enthousiasme, le goût de l’underground, le DIY (do it yourself), la passion pour les platines et les vinyles rares. On y comprend aussi l’état d’esprit de l’époque : ce n’était pas le “business du rap”, mais un mouvement culturel, une communauté qui cherchait à s’exprimer, à créer autre chose. Le hip-hop était perçu comme un “langage universel”, un espace de liberté, de dialogue, d’identité. 

Dee Nasty évoque les vinyles qu’il ramenait des États-Unis, les cassettes de mix distribuées “sous le manteau”, les premières ondes radio qui osaient diffuser du rap, les soirées improvisées — loin des projecteurs, mais riches d’un esprit collectif. 

Mais loin de tomber dans une nostalgie figée, l’entretien relie ce passé à aujourd’hui — en réfléchissant sur ce qu’est devenu le hip-hop français : ses succès, ses transformations, ses choix artistiques, et les responsabilités de ceux qui ont ouvert la voie. C’est à la fois mémoire, réflexivité, et passage de flambeau. 

Pourquoi ce témoignage compte — pour la génération d’hier… et d’aujourd’hui 

Un lien direct avec les racines. Pour les amateurs, les curieux, et les nouveaux venus, entendre Dee Nasty raconter ces débuts, c’est toucher du doigt la genèse d’un mouvement devenu majoritaire, mais souvent déconnecté de ses origines.

Un contre-poids à l’oubli. L’histoire du hip-hop français a parfois été mal documentée — peu de vinyles, peu d’archives, peu de reconnaissance à l’époque. Ce type de témoignage contribue à préserver une mémoire collective.

Un appel à l’authenticité. En revenant sur les valeurs originales — partage, communauté, expression, diversité — Dee Nasty pose une question toujours actuelle : qu’est-ce qu’être “hip-hop” quand le rap est devenu industrie, marché, show business ?

Un pont générationnel. Pour les plus jeunes artistes, les fanatiques de rap moderne, c’est l’occasion de comprendre d’où vient tout ce qu’ils aiment, et de mesurer le chemin parcouru. 

Plus de quarante ans après ses débuts, Dee Nasty continue de porter la mémoire du hip-hop français — non comme un vestige poussiéreux, mais comme une histoire vivante, à la fois fondatrice et inspirante. Son récit dans cette vidéo est un précieux témoignage d’époque, mais aussi un miroir tendu aux générations actuelles : que reste-t-il de l’esprit originel ? Qu’est-ce qu’on a conservé, qu’est-ce qu’on a perdu, qu’est-ce qu’on doit (re)prendre ? 

Pour quiconque s’intéresse aux origines du rap et du hip-hop en France — que ce soit d’un point de vue musical, culturel ou sociologique — ce témoignage est un trésor : humble, sincère, authentique, et chargé d’histoire. 

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S
REAL HIP-HOP ❤️
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