Il y a des rappeurs qui font du bruit. Et il y en a d’autres qui laissent une empreinte. En ce 14 octobre, le rappeur belge Scylla célèbre ses 46 ans. De Bruxelles aux grandes scènes francophones, l’artiste a construit une carrière singulière, portée par une voix grave, une plume incisive et une musique qui touche bien au-delà du rap.
Né le 14 octobre 1980 à Bruxelles, Gilles Alpen, connu sous le nom de Scylla, n’a jamais vraiment suivi les chemins les plus faciles du rap. Là où certains misent sur les refrains calibrés et les tendances du moment, lui privilégie les textes profonds, l’introspection et les émotions brutes.
Son univers est sombre, puissant, parfois mélancolique. Sa voix rocailleuse impose immédiatement une identité. Mais derrière cette présence impressionnante se cache surtout un artiste qui utilise les mots pour parler de l’humain, de ses blessures, de ses contradictions et de sa quête de sens.
L’histoire commence au début des années 2000 avec le collectif OPAK, au sein duquel Scylla fait ses armes avant de poursuivre son aventure en solo. En 2009, son EP Immersion pose les premières pierres de son identité artistique.
Mais c’est avec Abysses, paru en 2013, que son univers prend une nouvelle dimension. Le projet attire l’attention sur la précision de son écriture et sa capacité à transformer les émotions en matière musicale. Son parcours se poursuit avec Masque de chair, avant une rencontre artistique marquante avec le pianiste Sofiane Pamart sur Pleine Lune, en 2018.
Ce qui distingue Scylla, c’est cette impression qu’il ne rappe pas uniquement pour être écouté, mais aussi pour être compris.
Ses morceaux explorent des thèmes universels : la douleur, la résilience, l’amour, la solitude et les épreuves de la vie. Cette dimension introspective lui permet de toucher un public qui ne se reconnaît pas nécessairement dans les codes habituels du rap.
Son nom de scène, inspiré de Scylla, figure monstrueuse de la mythologie grecque associée aux profondeurs marines, fait écho à cet imaginaire. L’eau, les abysses et l’obscurité semblent ainsi prolonger symboliquement l'identité de l’artiste.
À 46 ans, Scylla incarne une autre manière de réussir dans le rap francophone : construire une œuvre cohérente, défendre une vision artistique et miser sur la force des textes plutôt que sur l’éphémère.
Son parcours rappelle que le rap peut être technique sans perdre son âme, sombre sans être vide d’espoir, et poétique sans renoncer à sa puissance.
En ce 14 octobre, célébrer Scylla, ce n’est donc pas seulement souhaiter un anniversaire à un rappeur belge. C’est mettre à l’honneur un artiste qui a fait de la profondeur sa signature et de l’écriture sa force.
Parce qu’au fond, certains morceaux s’écoutent. D’autres se vivent. Et c’est précisément dans cet espace que Scylla a trouvé sa place.