Depuis les quartiers sensibles du Blanc-Mesnil jusqu’aux vinyles rares qui circulent dans les cercles du hip-hop underground, Kyo Itachi s’est imposé, presque en silence, comme l’un des beatmakers les plus prolifiques et singuliers de sa génération.
Derrière ce nom énigmatique – hommage au personnage Kyo Kusanagi et à Itachi Uchiha de la culture manga – se cache Kabile Fabrice, né le 15 juillet 1980 à Paris. Très tôt, il s’immerge dans la culture hip-hop et le boombap des années 90, façonnant son univers musical avec des machines emblématiques comme la MPC 2000xl et la SP1200.
Depuis ses débuts au tournant des années 2000, Itachi a construit une discographie impressionnante. Son premier projet notable, Musikyo (2010), l’a positionné sur la carte internationale du hip-hop underground avec des participations de noms comme Blu, Rasco ou encore LMNO.
Son opus Genkidama (2018), un triple vinyle recherché par les collectionneurs, illustre l’ambition du producteur : un hip-hop à la fois brut et mélodique, parcouru par des samples inspirés et des rythmiques puissantes.
D’autres projets comme Zatoichi (2018) ou Night Life (2018) confirment sa capacité à mêler influences japonaises, jazz, soul et rap brut de décoffrage, tout en invitant des MCs de l’underground américain et européen.
L’un des aspects qui rendent Kyo Itachi immédiatement reconnaissable est son lien étroit avec l’imaginaire asiatique et les mangas, qu’il transpose dans son esthétique de beatmaker masqué et dans ses titres évocateurs. Cette fascination pour l’esthétique samouraï se retrouve aussi dans sa façon de produire : un mélange d’hommage et de confrontation entre traditions et modernité.
Musicalement, son style s’affranchit des étiquettes strictes. Certains fans et critiques parlent de “Boomshit”, une manière de décrire une approche instinctive et texturée du hip-hop, oscillant entre boom-bap classique et expérimentations sonores.
Itachi n’a cessé, au fil des années, d’élargir son champ d’action. Le producteur a travaillé avec des figures de la scène rap US telles que Conway The Machine, Bishop Lamont ou encore Ruste Juxx, tout en restant ancré dans le hip-hop français via des projets avec Alpha Wann, Lucio Bukowski et plus récemment Dany Dan.
Le projet Pièces montées (2024), réalisé avec le légendaire MC Dany Dan des Sages Poètes de la Rue, marque un moment fort de sa carrière française. L’album, né d’un dialogue créatif intense entre deux vétérans du hip-hop, explore les bases mêmes du rap avec une production pensée pour sublimer chaque texte.
À une époque où le rap se redéfinit en permanence, Kyo Itachi reste fidèle à une approche artisanale : travailler les textures, sélectionner des samples avec patience, et ne jamais sacrifier l’âme d’un beat pour les tendances du moment. Sa musique puise autant dans l’histoire du hip-hop que dans ses propres obsessions esthétiques, créant un univers à la fois familier et mystérieux.
Aujourd’hui, bien qu’il évolue depuis plus de deux décennies, Itachi reste une figure essentielle pour qui s’intéresse à l’histoire vivante du beatmaking – un maître silencieux dont les productions parlent plus fort que les projecteurs.