Et si l’histoire de S.Pri Noir avait commencé bien avant le rap ? Pour comprendre Malick Mendosa, il faut remonter les pistes. Paris. Le 18e arrondissement d’abord, puis les Fougères, dans le 20e. Un terrain de football. Un autre, beaucoup plus violent, celui du football américain. Des études de marketing. Des premiers textes écrits presque sans ambition. Et, au bout du chemin, un rappeur devenu l’une des figures singulières de sa génération. Le plus étonnant ? Lui-même affirme qu’il ne voulait pas vraiment devenir rappeur.
Premier indice : le football. Adolescent, S.Pri Noir se rêve footballeur.
/image%2F2721041%2F20260918%2Fob_9448a7_s-pri-nir-foot.jpeg)
Il évolue à un niveau qui lui permet même de participer à des essais à Sedan et Newcastle. Mais cette première trajectoire s’arrête. À 22 ans, il abandonne le football et se consacre notamment au football américain avec le Flash de La Courneuve. Résultat : deux titres de champion de France. Des années plus tard, il expliquera que le collectif et l’esprit d’équipe qu’il appréciait dans le football existaient aussi dans cette discipline.
Deuxième indice : le rap n’était pas censé devenir une carrière. Dans le quartier des Fougères, ses premiers freestyles se font avec ses proches. S.Pri Noir écrivait parce qu’il avait les capacités pour le faire. Un détail qui change complètement la lecture de son parcours : pendant que beaucoup cherchent leur place dans le rap, lui semble d’abord considérer la musique comme une activité parallèle.
Troisième indice : derrière le personnage mystérieux, il y avait un diplômé. BTS technico-commercial, puis licence en marketing. Avant que son nom ne s’affiche sur les affiches de concerts, S.Pri Noir travaille même dans l’immobilier et vend des locaux commerciaux. En 2018, il racontait avoir ensuite voulu travailler dans le marketing, au moment même où sa carrière musicale commençait réellement à prendre forme. Le rappeur n’a donc pas quitté une carrière toute tracée pour se jeter dans le vide : il a longtemps construit plusieurs vies en parallèle.
Puis les indices commencent à converger. Les premiers textes, les freestyles, les rencontres dans le quartier, le studio Ferber à proximité des Fougères… Jusqu’à cette première connexion qui va progressivement l’amener vers le monde professionnel. S.Pri Noir raconte notamment comment un proche l’a présenté comme « un rappeur du quartier » à Kayna Samet. Quelques rencontres plus tard, celui qui rappait sans véritable plan de carrière commence à enregistrer sérieusement.
L’enquête mène ensuite vers L’Institut, puis vers une carrière solo. Son parcours collectif précède ses premiers projets personnels et contribue à installer son nom dans le paysage rap parisien. Mais S.Pri Noir va progressivement construire un univers beaucoup plus personnel, jusqu’à Masque Blanc, son premier album, sorti en 2018. À cette époque, son image intrigue autant que sa musique : peu d’interviews, une communication maîtrisée et un personnage volontairement discret. Lui-même expliquait que cette réputation de rappeur « mystérieux » venait notamment de sa manière de rester en retrait sur les réseaux et de privilégier ses textes.
Et puis il y a le retour aux sources. En 2024, à l’occasion de La Cour des Miracles, S.Pri Noir revient aux Fougères. Le lieu n’est plus seulement un décor : c’est celui de ses premiers freestyles, de ses premières armes et d’une partie essentielle de son histoire. Le titre de l’album prend alors une dimension presque documentaire. Comme si, après des années de carrière, S.Pri Noir était revenu sur les lieux pour comprendre lui-même le chemin parcouru.
/image%2F2721041%2F20260918%2Fob_641b0c_s-pri-noir-la-cour-des-miracles.jpg)
Au fond, le parcours de S.Pri Noir ressemble moins à une ascension classique qu’à une succession de bifurcations. Un footballeur qui aurait pu poursuivre dans cette voie. Un champion de France de football américain. Un étudiant diplômé en marketing. Un salarié de l’immobilier. Un gars des Fougères qui écrit des textes sans penser devenir rappeur. Puis un artiste qui finit par remplir des salles et imposer son propre univers.
C’est peut-être ça, le véritable mystère S.Pri Noir : il n’a jamais donné l’impression de courir après une carrière. Et pourtant, depuis près de deux décennies, chaque détour de son parcours semble l’avoir ramené au même endroit : derrière un micro.