18 septembre 2015. Une date qui paraît anodine aujourd’hui, mais qui marque un moment particulier dans l’histoire du rap français. Ce jour-là, Alonzo débarque avec Capo Dei Capi Vol. 1, une mixtape de 17 titres qui va rapidement confirmer que le membre des Psy 4 de la Rime n’est plus seulement le « Capo » de Marseille : il est devenu l’un des poids lourds du rap français.
À l’époque, Alonzo vient pourtant tout juste de sortir Règlement de comptes, son troisième album solo. Mais plutôt que de patienter tranquillement, le Marseillais décide de remettre une pièce dans la machine. La sortie de Capo Dei Capi Vol. 1, initialement programmée pour le 9 octobre, est finalement avancée au 18 septembre. Une décision assez inhabituelle dans une industrie où les artistes repoussent davantage leurs projets qu’ils ne les avancent. Alonzo explique alors vouloir remercier son public après les bons démarrages de ses premiers singles.
Avant même que la mixtape arrive dans les bacs, un morceau a déjà commencé à faire du bruit : « Finis-les ».
Et Alonzo le sait.
Capo Dei Capi Vol. 1 n'est pas construit comme un simple album destiné à installer une star. Alonzo profite du projet pour mettre en avant toute une génération.
Jul, Le Rat Luciano, Benash, Dr Bériz, Kofs, Graya, Elams, S.Téban ou encore Houssein apparaissent au fil des 17 morceaux.
Et c'est peut-être ce qui donne aujourd'hui à la mixtape une saveur particulière.
Parce qu'en 2015, Alonzo ne se contente pas de défendre son propre territoire. Il ouvre la porte à ceux qui arrivent derrière lui. Kofs, S.Téban, Graya, Elams et Houssein bénéficient ainsi d'une exposition sur le projet, tandis que la présence de figures comme Le Rat Luciano ou Jul crée un pont entre plusieurs générations du rap marseillais.
Parmi les collaborations qui attirent immédiatement l'attention, il y a « On craint degun » avec Le Rat Luciano.
Le choix du morceau n'est évidemment pas anodin. Le titre reprend une expression profondément associée à Marseille et devient une rencontre entre deux générations : Le Rat Luciano, figure historique de la Fonky Family, et Alonzo, héritier des Psy 4 de la Rime.
D'un côté, le Marseille des années 1990. De l'autre, celui qui domine progressivement les années 2010.
Deux époques, une même ville.
Mais s'il fallait retenir un morceau pour raconter cette période, ce serait probablement « Normal ».
Alonzo et Jul réunis sur une production qui symbolise parfaitement le Marseille de 2015. Le morceau devient l'un des titres les plus populaires du projet et contribue largement à son démarrage.
Une semaine après sa sortie, les premiers chiffres tombent : 4 732 téléchargements en digital et 6 100 exemplaires physiques, soit 10 832 ventes en sept jours. Le projet se classe alors 4e du Top albums général et prend la première place des ventes digitales.
Pour une mixtape, le résultat est considérable.
Le plus intéressant, avec le recul, est de regarder le contexte.
Alonzo vient de Psy 4 de la Rime. Il possède déjà une carrière solo solide. Mais en 2015, le rap français change rapidement. Jul explose, les artistes marseillais se multiplient, les mixtapes deviennent de véritables événements commerciaux et les frontières entre street-rap et industrie du disque commencent à disparaître.
Capo Dei Capi Vol. 1 arrive exactement à ce moment-là.
Et son nom résume parfaitement l'ambition : « Capo dei capi » signifie littéralement « chef des chefs ».
Pas besoin de long discours.
Alonzo revendique son statut.
Dix ans plus tard, Capo Dei Capi Vol. 1 mérite surtout d'être replacée dans son époque.
On y retrouve un Alonzo encore profondément connecté à l'ADN Psy 4, un Jul qui est en train de devenir incontournable, un Le Rat Luciano qui représente la mémoire du rap marseillais et plusieurs jeunes artistes que le public découvre alors à travers lui.
C'est cette photographie qui rend le projet intéressant aujourd'hui.
Parce que derrière les 17 morceaux de Capo Dei Capi Vol. 1, il y a quelque chose de plus grand qu'une simple mixtape : le passage de témoin entre plusieurs générations du rap marseillais.
Et le 18 septembre 2015, Alonzo ne sortait donc pas seulement un nouveau projet.
Il rappelait à tout le rap français que Marseille avait encore des comptes à régler.