Derrière la voix caverneuse, les « travaux », les histoires de rue et l’univers volontairement sombre de Stavo, il existe un autre récit. Celui d’un enfant de Sevran devenu membre de 13 Block, puis artiste solo, mais aussi d’un rappeur qui a créé sa propre structure humanitaire. Enquête sur un parcours beaucoup plus complexe qu’il n’y paraît.
Il suffit parfois de quelques secondes.
Une voix grave.
Une production lourde.
Une phrase qui tombe sans prévenir.
Et le personnage est immédiatement identifiable.
Stavo.
Depuis plusieurs années, le rappeur s'est construit une réputation particulière dans le rap français. Pas celle du plus mélodique. Pas celle du plus consensuel. Encore moins celle de l'artiste qui cherche à lisser son discours.
Son terrain, c'est l'ombre.
La rue.
L'argent.
La débrouille.
Les « travaux ».
Un univers volontairement froid, dans lequel son timbre de voix semble presque avoir été conçu pour les basses saturées.
Mais lorsqu'on remonte le fil de son histoire, un paradoxe apparaît.
Le personnage que Stavo montre dans ses morceaux n'est qu'une partie de l'histoire.
Et pour comprendre le rappeur, il faut revenir là où tout a commencé.
Romuald Gomes naît le 1er septembre 1992 dans le 18e arrondissement de Paris.
Mais son histoire est rapidement associée à Sevran, où il grandit dans le quartier des Beaudottes, à la Roseraie.
Avant de devenir Stavo, il change de nom.
Zaiko.
Puis Zhédess.
Des pseudonymes qui témoignent d'une période où l'artiste cherche encore sa forme.
Puis vient le 93 Gang.
Et surtout, 2012.
Avec Zed, Zefor et Oldpee, Stavo participe à la construction de ce qui deviendra 13 Block.
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À ce moment-là, rien ne garantit encore que le groupe deviendra l'un des noms importants de sa génération.
Mais les bases sont posées.
Un territoire.
Une identité.
Une manière de rapper.
Et surtout, une volonté de ne pas demander la permission.
Le premier morceau commun, « Comment accepter », sort en 2012.
Trois ans plus tard, le groupe bénéficie d'un véritable coup d'accélérateur avec Kaaris et le titre « Vie Sauvage », présent sur Le Bruit de mon âme.
Le public commence à comprendre.
13 Block n'est pas simplement un groupe supplémentaire venu du 93.
Il y a quelque chose de plus brut.
Plus sombre.
Plus local aussi.
Puis arrive BLO, en avril 2019.
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L'album installe définitivement le groupe dans le paysage du rap français.
Stavo, Zed, Zefor et Oldpee ont désormais une exposition nationale.
Mais derrière le succès collectif se prépare déjà une autre histoire.
Celle d'un artiste qui va devoir exister sans les trois autres.
Après BLO II, sorti en 2020, les membres de 13 Block prennent progressivement des directions individuelles. Le groupe ne se reformera finalement pas.
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Pour Stavo, cette rupture artistique représente un véritable test.
Parce que le risque est évident :
comment devenir Stavo quand le public vous connaît d'abord comme Stavo de 13 Block ?
La réponse arrive en 2021.
Il signe chez Elektra France et commence sa carrière solo.
Quelques mois plus tard, Kipsta pose les premières fondations.
Le rappeur ne cherche pas à gommer son passé.
Au contraire.
Il l'amplifie.
Les basses deviennent plus pesantes.
Les atmosphères plus sombres.
La voix prend encore plus de place.
Selon la présentation de son univers musical, Stavo privilégie un rap brut et direct, avec un timbre caverneux et des productions volontairement peu colorées.
Le personnage solo est en train de prendre forme.
Car au même moment où Stavo construit son personnage de rappeur sombre, il construit aussi autre chose.
En avril 2021, il annonce la création de la Fondation Stavo International.
L'objet officiel de l'association est l'assistance et l'aide aux populations vulnérables, pauvres ou exclues, en France comme à l'étranger, notamment auprès des enfants. La structure est enregistrée comme association loi 1901 à Sevran.
Sur le papier, le contraste est saisissant.
D'un côté :
Merci pour les travaux.
De l'autre :
aider ceux qui n'ont pas les moyens de s'en sortir.
Et ce n'est pas simplement une annonce sur les réseaux sociaux.
Quelques semaines auparavant, Stavo s'est rendu à Kinshasa, en République démocratique du Congo.
Il y tourne notamment un clip avec Werrason, mais profite également de son séjour pour se rendre dans des orphelinats et des structures accueillant des personnes démunies.
L'artiste expliquera alors vouloir venir en aide aux populations vulnérables.
Ce voyage constitue probablement l'un des épisodes les moins connus du parcours de Stavo.
Le rappeur, d'origine congolo-angolaise, se retrouve à Kinshasa pour la première fois sur la terre de ses ancêtres selon le récit publié à l'époque.
Mais il ne se contente pas d'un voyage familial ou musical.
Il va dans les quartiers pauvres.
Il visite des orphelinats.
Il rencontre des personnes en difficulté.
Et surtout, il commence à réfléchir à la manière de transformer cette expérience ponctuelle en action durable.
C'est dans ce contexte qu'il accélère le projet de sa fondation.
Le projet prévoit alors plusieurs axes d'intervention.
Aide aux personnes âgées.
Aux personnes handicapées.
Aux enfants abandonnés.
Mais également soutien aux sportifs et aux acteurs culturels.
La fondation n'est donc pas pensée uniquement comme une opération en Afrique.
Son ambition affichée est internationale.
Pendant que cette autre partie de sa vie se développe, la carrière musicale continue.
En 2022, Stavo sort TVX, son premier album studio.
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Le titre signifie « Travaux ».
Et le choix n'est évidemment pas anodin.
Stavo transforme son expression fétiche en concept.
Les travaux deviennent une méthode.
Une philosophie.
Une manière de dire qu'il reste constamment en mouvement.
Le projet rassemble notamment Freeze Corleone, Alpha Wann, 1PLIKÉ140, Zed et Zefor.
L'ancien membre de 13 Block n'est plus simplement en train de tester le solo.
Il installe son propre territoire.
Deux ans plus tard, Stavo franchit une nouvelle étape avec Il était une fois, puis Eviter la misère.
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Deux parties.
Dix-huit morceaux.
Puis une version deluxe qui porte l'ensemble à 21 titres.
Et là encore, le titre intrigue.
Éviter la misère.
Cette expression pourrait presque résumer toute sa trajectoire.
Parce que dans les morceaux de Stavo, la misère est omniprésente.
Elle apparaît comme une menace.
Un point de départ.
Un environnement.
Une chose qu'il faut fuir.
Son rap évoque régulièrement la délinquance, la truanderie, l'argent, la drogue ou encore la prostitution.
Mais parallèlement, dans la vie publique de l'artiste, une autre idée apparaît :
venir en aide à ceux qui sont précisément confrontés à cette précarité.
C'est là que le paradoxe Stavo devient particulièrement intéressant.
Il serait évidemment trop facile d'opposer les deux.
Le Stavo de ses morceaux n'est pas nécessairement un documentaire de sa vie.
C'est un personnage artistique.
Une esthétique.
Une manière de raconter un environnement.
Et la Fondation ne transforme pas automatiquement l'artiste en militant.
Mais les deux dimensions existent.
Et elles racontent quelque chose.
Stavo semble obsédé par la même question des deux côtés : comment éviter de rester bloqué dans la misère ?
Dans ses morceaux, la réponse passe par les « travaux ».
Dans son engagement, elle passe par l'aide.
Dans sa carrière, elle passe par l'indépendance artistique.
Pendant des années, Stavo a construit un vocabulaire qui lui appartient.
« Nonante ».
« Merci pour les travaux ».
« Le stavoir ».
Ces expressions sont devenues des marqueurs identitaires.
Mais derrière la punchline se cache une stratégie beaucoup plus intelligente qu'elle n'en a l'air.
Stavo a construit une marque personnelle.
Une voix.
Un langage.
Une esthétique.
Un territoire.
Et surtout une histoire.
Il est passé de Zaiko à Zhédess.
De Zhédess à Stavo.
Du 93 Gang à 13 Block.
De 13 Block au solo.
De Kipsta à TVX.
Puis de TVX à Il était une fois éviter la misère.
Et pendant cette transformation, une autre structure portant son nom est apparue : la Fondation Stavo International.
C'est peut-être la mauvaise question.
La bonne serait plutôt :
combien de Stavo existe-t-il ?
Il y a le Stavo de Sevran.
Celui de 13 Block.
Celui qui pose avec Kaaris.
Celui qui partage un morceau avec Freeze Corleone ou Alpha Wann.
Celui qui parle de « travaux ».
Celui qui construit sa carrière solo.
Et celui qui, en 2021, décide de créer une association destinée aux populations vulnérables.
Les réduire à un seul personnage serait passer à côté de l'essentiel.
Car l'histoire de Stavo n'est finalement pas celle d'un rappeur qui aurait simplement réussi à sortir du 93.
C'est celle d'un artiste qui a transformé son environnement en langage, puis son langage en identité.
Et qui semble désormais vouloir transformer une partie de cette réussite en action.
Le 1er septembre 1992, Romuald Gomes naissait à Paris.
Aujourd'hui, le nom Stavo est connu dans le rap français.
Mais derrière les basses, les expressions et le personnage sombre, une autre histoire existe.
Une histoire moins visible.
Plus complexe.
Et peut-être plus révélatrice de l'homme derrière le rappeur.
Parce qu'au fond, le plus gros « travail » de Stavo n'a peut-être jamais été de devenir célèbre.
C'était de construire quelque chose qui lui survive.