Dans un climat où les grandes figures de la culture urbaine internationale se racontent sans filtre, l’émission Légendes Urbaines a récemment ouvert ses portes à Timar, jeune rappeur franco-congolais au parcours atypique. Diffusée sur la plateforme YouTube au sein du programme produit par RFI et France 24, cette intervention s’est révélée bien plus qu’une simple promotion musicale : elle a offert un portrait intimiste d’un artiste en pleine ascension.
Présenté par Juliette Fiévet, Timar s’exprime d’entrée de jeu avec une sincérité rare sur son rapport à la création, à sa famille et à ses racines. Né à Alfortville et élevé à Créteil, il raconte sa double appartenance aux cultures congolaise de Kinshasa et de Brazzaville, une richesse identitaire qui irrigue son œuvre musicale et son rapport au monde.
La mélancolie est une forme de lucidité qui a perdu ses illusions
Un moment particulièrement poignant de l’émission fut la surprise envoyée depuis le Congo par Roga Roga, figure historique de la musique congolaise. Dans cette vidéo-message, il félicite Timar pour son rôle d’« ambassadeur de culture » et l’encourage à poursuivre son travail avec la même intensité. Cette reconnaissance d’une légende africaine a visiblement touché l’invité, qui évoque l’influence de cette tradition musicale sur son propre parcours.
Au-delà des récits d’enfance et des influences familiales, Timar revient sur son cheminement artistique : après un bac et des études de droit, il choisit de se réorienter vers sa passion originelle — l’art — en finançant lui-même sa formation au théâtre, notamment aux Cours Florent. Cet élément de son parcours signe un trait caractéristique de sa personnalité : la liberté de suivre ses rêves plutôt que de se conformer à une trajectoire attendue.
La discussion glisse ensuite vers son dernier projet musical, Requiem, véritable manifeste de mélancolie et de lucidité sociale. Timar y dépeint la vie de la rue, les douleurs quotidiennes et les réalités du monde contemporain sans jamais en faire une apologie, plutôt en offrant un regard empathique sur ceux qui traversent des épreuves.
Un autre temps fort de l’entretien fut la solidarité exprimée envers les populations de Goma et du Nord-Kivu, régions de la République démocratique du Congo marquées par des violences persistantes. Timar y adresse un message universel d’espoir et de résilience, appelant chacun à « garder sa flamme intérieure » malgré les difficultés.
La présence des artistes Black M et Favé encadre cette immersion dans l’univers de Timar, reflétant la génération actuelle du rap francophone, riche en diversité et ouverte à des dialogues intergénérationnels. Favé, notamment, est reconnu comme l’un des talents phares de la nouvelle scène française, mêlant rap mélodique et influences variées.
En somme, cette édition de Légendes Urbaines place Timar au cœur d’un récit introspectif et universel : celui d’un artiste qui transforme sa mélancolie en matière créative, et qui, par-delà les frontières, invite à une réflexion sur l’identité, la liberté de création et la force des rêves.