Un lundi. Une date inhabituelle. Et pourtant, ce jour-là, Lacrim allait réaliser l'un des démarrages les plus impressionnants de sa carrière. Le 1er septembre 2014, le rappeur de Chevilly-Larue sortait « Corleone », un album qui allait directement prendre la première place des ventes en France.
Il y a des dates que le rap français oublie.
Et puis il y a celles qui deviennent des repères.
Le 1er septembre 2014 en fait partie.
Ce jour-là, alors que la rentrée s'apprête à reprendre ses droits, Lacrim débarque avec Corleone. Pas un simple projet de plus. Son premier véritable album sur une major, Def Jam France, produit en grande partie par Kore.
Et surtout, un disque porté par une attente énorme.
Quelques jours plus tard, les chiffres tombent.
28 033 exemplaires vendus en seulement sept jours.
Lacrim est numéro 1.
Le rappeur vient de frapper un grand coup.
Aujourd'hui, les sorties musicales sont presque systématiquement associées au vendredi.
Mais en 2014, le calendrier est encore différent.
Corleone arrive dans les bacs le lundi 1er septembre.
Et le choix n'empêche absolument pas le disque de démarrer très fort.
Au contraire.
Une semaine plus tard, le verdict est sans appel : Lacrim s'installe en tête du Top Albums.
Derrière lui, des artistes déjà solidement installés dans l'industrie.
Le rappeur de Chevilly-Larue vient de franchir un nouveau cap.
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Le détail des ventes raconte lui aussi une époque.
Sur les 28 033 exemplaires écoulés durant la première semaine, 20 371 sont physiques et 7 662 numériques. Environ 3 millions de streams enregistrés sur la même période.
À l'époque, le streaming commence seulement à bouleverser l'industrie musicale.
Le CD reste encore extrêmement important.
Et Lacrim réussit précisément à réunir les deux publics.
Les chiffres sont suffisamment impressionnants pour que Le Parisien parle d'un album vendu à plus de 28 000 exemplaires en sept jours.
Mais le plus étonnant n'est peut-être pas le chiffre.
C'est le contexte.
Lorsque Corleone sort, Lacrim n'est pas un inconnu.
Mais il n'est pas non plus une superstar installée.
Son parcours est marqué par plusieurs projets, notamment Liberté provisoire et Né pour mourir, avant son arrivée chez Def Jam.
Sa trajectoire personnelle est également marquée par des démêlés judiciaires et une période d'incarcération.
Le rappeur sort de cette période avec une ambition claire : transformer sa popularité dans la rue et sur Internet en véritable succès commercial.
Corleone représente ce pari.
Et il fonctionne.
Le titre du projet n'est évidemment pas choisi au hasard.
Corleone renvoie immédiatement à l'imaginaire mafieux popularisé par Le Parrain.
Mais Lacrim explique alors que le nom fait également référence à la commune sicilienne de Corleone, qu'il associe à une histoire de pauvreté et à l'idée d'une ascension depuis un environnement difficile.
Tout le projet repose sur cette dualité.
La rue.
L'ambition.
L'argent.
La survie.
Mais aussi l'envie de changer de dimension.
Lacrim arrive avec des morceaux qui vont rapidement s'imposer dans son univers.
« Mon Glock te mettra à genoux » installe immédiatement la tonalité très dure du projet.
Puis viennent « Pocket Coffee », « La Rue », « Barbade » ou encore « A.W.A », en collaboration avec French Montana.
Avant même la sortie de l'album, plusieurs morceaux avaient déjà alimenté l'attente autour du projet.
La recette est simple mais efficace :
des productions lourdes, des refrains mémorisables et un Lacrim qui transforme son vécu en personnage musical.
Une autre pièce du puzzle s'appelle Kore.
Le producteur joue un rôle important dans la construction sonore de Corleone.
Le résultat permet à Lacrim de conserver une partie de la brutalité qui a fait son succès tout en proposant un son suffisamment accessible pour toucher un public plus large.
C'est probablement l'une des clés de l'album.
Lacrim ne renie pas son identité. Il la professionnalise.
Le succès de Corleone ne se limite pas aux ventes.
L'album devient rapidement un symbole de la transformation du rap français.
Les rappeurs issus de la rue ne sont plus condamnés à rester dans l'underground.
Ils peuvent désormais prendre la tête du classement général.
Lacrim en apporte une nouvelle preuve.
Numéro 1 des ventes en France.
Le projet atteint également rapidement le disque d'or, puis poursuivra sa trajectoire commerciale jusqu'à dépasser les 200 000 ventes selon les données récapitulatives disponibles.
C'est peut-être ce qui rend cette sortie aussi intéressante aujourd'hui.
Le 1er septembre n'est pas une date traditionnellement associée aux plus grandes sorties de rap.
Et pourtant, en 2014, Lacrim choisit précisément cette journée pour lancer Corleone.
Il ne lui faudra que quelques jours pour démontrer que le calendrier ne fait pas tout.
Un lundi peut devenir un jour historique lorsqu'un artiste arrive avec suffisamment d'attente derrière lui.
Dix ans plus tard, les méthodes de sortie ont totalement changé.
Les albums arrivent généralement le vendredi.
Le streaming domine.
Les réseaux sociaux font partie intégrante de la stratégie.
Mais Corleone reste le rappel d'une époque charnière : celle où le rap français est définitivement en train de prendre le pouvoir dans les classements.
Il a changé de dimension.
Avant Corleone, Lacrim était déjà respecté.
Après Corleone, il est devenu un numéro 1.
Et ce n'est pas une métaphore.
28 033 exemplaires en sept jours.
Première place du Top Albums.
Un premier album chez Def Jam.
Un projet sorti un lundi 1er septembre.
L'histoire retiendra surtout le résultat.
Mais derrière ces chiffres, il y avait un pari.
Celui d'un rappeur venu de Chevilly-Larue qui voulait transformer une réputation construite dans la rue en véritable succès national.
Le 1er septembre 2014, le pari est gagné.
Lacrim venait de prendre le pouvoir.