Avec « Kendall », Booba ne se contente pas de livrer un simple clip promotionnel. Le rappeur construit une véritable fresque symbolique où se mêlent récit initiatique, références bibliques, imaginaire fantastique et réflexion sur le pouvoir. À travers une succession d'images spectaculaires et parfois énigmatiques, l'artiste propose une œuvre visuelle qui semble raconter le parcours d'un homme confronté aux épreuves du monde moderne.
Dès les premières secondes, le ton est donné. Un petit garçon se réveille dans une grotte dont la paroi affiche une représentation du monde. Une naissance symbolique, presque primitive, comme si l'enfant découvrait l'existence depuis les profondeurs de la Terre. Après avoir plongé dans l'eau et traversé un passage étroit, il réapparaît de l'autre côté sous les traits de Booba adulte. Une transformation qui évoque immédiatement le passage de l'innocence à l'expérience, de l'enfance à la responsabilité.
Tout au long du clip, le jeune garçon et Booba évoluent dans deux univers distincts mais intimement liés. L'enfant traverse une ville en perpétuel mouvement, tandis que l'adulte progresse dans des décors plus sombres et plus hostiles.
La forêt traversée par Booba frappe particulièrement les esprits. Des corps suspendus aux arbres jalonnent son chemin, créant une atmosphère pesante qui rappelle certaines représentations de l'enfer ou des mondes post-apocalyptiques. Plus qu'un décor, cette séquence semble illustrer les conséquences de la violence, des conflits ou des choix humains.
À l'inverse, l'enfant avance dans un environnement urbain vivant mais instable. Derrière l'apparente modernité des lieux, le monde semble prêt à s'effondrer à chaque instant.
L'une des séquences centrales montre Booba faisant résonner une immense cloche dont les vibrations semblent traverser tout l'univers du clip. Cette image marque un tournant. Peu après, le rappeur apparaît devant une assemblée compacte et ouvre un gigantesque livre représentant un réseau de tunnels et de labyrinthes.
La symbolique est forte. Le labyrinthe représente traditionnellement le destin, les choix, les pièges de l'existence. En ouvrant ce livre, Booba semble prendre connaissance des mécanismes qui régissent le monde ou, au contraire, démontrer sa capacité à les maîtriser.
Les hommes vêtus de la marque Unkut qui s'élancent à travers les couloirs renforcent cette idée d'un système complexe dans lequel chacun tente de trouver sa voie.
La seconde moitié du clip multiplie les scènes de chaos. Un groupe de musiciens joue sur le toit d'un immeuble qui finit par s'écrouler. Une cuisine est dévorée par les flammes. Une voiture remplie de jeunes effectue une série de dérapages avant de se retourner brutalement. Des cellules de prison apparaissent comme autant de rappels des limites imposées aux individus.
Ces images ne semblent pas raconter une histoire linéaire mais plutôt dresser le portrait d'un monde en crise permanente. Chaque séquence illustre une forme de désordre : l'accident, l'incendie, l'enfermement ou encore la chute.
Pendant ce temps, le jeune garçon poursuit sa route, témoin silencieux de l'effondrement progressif de son environnement.
Comme souvent dans l'univers de Booba, les références dépassent largement le cadre du rap. Certaines séquences évoquent clairement le cinéma d'aventure. Le parcours du rappeur rappelle parfois les épreuves d'un explorateur affrontant des pièges dignes des films Indiana Jones.
L'apparition de lions traversant la ville apporte une dimension presque biblique à l'ensemble. Ces animaux symbolisent traditionnellement la puissance, la royauté et le courage.
L'un des moments les plus marquants demeure cependant l'hommage visuel au continent africain. Dans le ciel apparaît un immense signal lumineux projetant la silhouette de l'Afrique, à la manière du célèbre Bat-Signal de l'univers Batman. Cette image spectaculaire agit comme un rappel des racines africaines souvent revendiquées par Booba et confère au clip une portée identitaire forte.
Alors que les bâtiments de la ville se fissurent et s'effondrent autour du petit garçon, Booba poursuit sa progression au milieu d'un déluge de pièges et d'épées tombant du plafond. Le rythme s'accélère jusqu'à l'inévitable chute.
Le labyrinthe se retourne soudainement et le rappeur bascule dans les profondeurs. Sous l'eau, il nage dans un univers inquiétant où apparaît un Kraken gigantesque, créature mythologique incarnant les forces incontrôlables et les peurs enfouies.
Mais cette descente n'est pas une fin. Elle marque une nouvelle transformation.
Lorsqu'une échelle apparaît, ce n'est plus Booba qui remonte à la surface mais le petit garçon. Comme au début du récit, les deux personnages semblent ne faire qu'un. L'enfant émerge alors dans un paysage austère dominé par une montagne gigantesque traversée par une faille rappelant celle franchie au commencement de l'aventure.
Le voyage semble bouclé, mais rien n'indique qu'il soit terminé.
À travers « Kendall », Booba propose probablement l'un de ses clips les plus riches en symboles de ces dernières années. Entre quête initiatique, critique du monde contemporain, réflexion sur l'héritage et affrontement des épreuves, l'artiste refuse toute lecture unique.
L'enfant, l'adulte, la ville qui s'effondre, le labyrinthe, le Kraken ou encore la montagne finale composent les différentes étapes d'un parcours universel : celui de l'individu confronté au chaos du monde et à sa propre transformation.
Plus qu'un simple support visuel accompagnant un morceau, « Kendall » apparaît comme une véritable allégorie moderne, où chaque image semble inviter le spectateur à construire sa propre interprétation.