Figure incontournable du rap hexagonal, MC Solaar occupe une place à part dans le paysage musical français. Poète urbain, passeur de cultures et pionnier d’un rap littéraire, il a su imposer dès le début des années 1990 une voix singulière, à contre-courant des codes dominants du genre.
Né Claude Honoré M’Barali le 5 mars 1969 à Dakar, au Sénégal, de parents tchadiens, MC Solaar grandit dans un contexte marqué par l’exil. La situation politique instable du Tchad pousse sa famille à quitter le pays alors qu’il n’a que quelques mois. Installé en région parisienne, entre Saint-Denis, Maisons-Alfort et Villeneuve-Saint-Georges, le jeune Claude développe très tôt une curiosité intellectuelle nourrie par les langues, la lecture et l’actualité internationale.
À douze ans, il passe neuf mois au Caire chez un oncle, une expérience fondatrice qui renforce son ouverture au monde. De retour en France, il obtient son baccalauréat en 1988 et poursuit des études de langues et de philosophie à l’université de Jussieu. C’est à cette période qu’il fait ses premiers pas dans le rap, notamment dans l’émission de Dee Nasty et Lionel D sur Radio Nova. Son pseudo est déjà là : « Solaar », d’abord simple tag, bientôt synonyme de reconnaissance.
Passionné de lecture et rigoureux dans son travail, MC Solaar développe une méthode singulière : chaque matin, il épluche journaux et magazines pour enrichir son vocabulaire et nourrir ses textes de l’actualité. Il s’entoure alors du collectif Posse 501, où figurent notamment Jimmy Jay et Menelik, qui joueront un rôle clé dans ses débuts.
En 1990, alors que le rap reste marginal en France, il frappe fort avec Bouge de là. Le single, porté par un sample de Cymande, rencontre un succès immédiat et ouvre la voie à son premier album, Qui sème le vent récolte le tempo (1991). Le disque s’écoule à près de 400 000 exemplaires et propulse MC Solaar sur les scènes internationales, de l’Europe de l’Est à l’Afrique de l’Ouest, où son flow en français séduit un large public.
Cette reconnaissance dépasse rapidement les frontières. En 1993, il collabore avec Guru du groupe Gang Starr sur Jazzmatazz Vol. 1, devenant l’un des premiers rappeurs français à s’imposer sur la scène américaine. En France, son style mesuré et sa plume sophistiquée le distinguent d’autres figures plus radicales du rap, comme NTM. Une opposition parfois réductrice, mais révélatrice de sa position singulière.
Avec Prose combat (1994), MC Solaar confirme son statut. L’album connaît un succès fulgurant et s’impose comme une référence, porté notamment par Le Nouveau Western, clin d’œil audacieux à Serge Gainsbourg. Mais cette période est aussi marquée par la rupture avec son DJ historique Jimmy Jay, signalant la fin d’un premier cycle.
Adulé par une partie de l’intelligentsia, récompensé aux Victoires de la musique et honoré par l’Académie française pour la qualité poétique de ses textes, MC Solaar se retrouve parfois accusé de compromission par certains pairs. Une tension qu’il traverse sans renier son identité artistique.
De Paradisiaque (1997) à Cinquième As (2001), l’artiste explore de nouveaux territoires musicaux tout en revenant à un rap plus affirmé. Cinquième As marque un sommet commercial et critique, avec des titres devenus emblématiques comme Solaar pleure ou Hasta la Vista. Directeur artistique de son propre album, MC Solaar affirme alors une maîtrise totale de son art.
Les albums suivants, Mach 6 (2003) puis Chapitre 7 (2007), témoignent d’une volonté constante de renouvellement, mêlant rap, jazz, rock et musiques orchestrales. Récompensé une nouvelle fois aux Victoires de la musique, MC Solaar se fait ensuite plus discret, préférant les apparitions ponctuelles aux sorties régulières.
Il faut attendre dix ans pour qu’il signe son retour avec Géopoétique en 2017. Fidèle à lui-même, MC Solaar y livre un regard à la fois lucide et sensible sur le monde, prouvant que le temps n’a rien altéré de son sens de la formule ni de son élégance verbale.
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Plus qu’un rappeur, MC Solaar est devenu un repère. Un artiste qui a montré que le rap pouvait être à la fois populaire, exigeant et profondément humaniste.