Mort à 34 ans, l’artiste originaire de Montreuil laisse derrière lui bien plus qu’un album marquant. Entre élégance, cinéma, introspection et combat contre la maladie, Prince Waly incarnait une autre manière de faire du rap français. Portrait d’un artiste qui n’a jamais eu besoin de faire le plus de bruit pour laisser une empreinte.
Il y a des artistes qui dominent les classements. D’autres qui imposent leur présence sur les réseaux sociaux. Et puis il y a ceux qui construisent quelque chose de plus rare : une identité que le temps ne suffit pas à effacer.
Prince Waly appartenait à cette dernière catégorie.
Le rappeur, de son vrai nom Moussa Magassa, est mort le 4 octobre 2026, à l’âge de 34 ans, des suites d’une longue maladie, ont annoncé ses proches. Originaire de Montreuil, en Seine-Saint-Denis, il laisse derrière lui une œuvre singulière, construite loin des recettes faciles et des tendances éphémères. Une disparition qui rappelle brutalement qu’un artiste peut compter énormément sans nécessairement occuper le sommet des classements commerciaux.
Avant de devenir Prince Waly, Moussa Magassa développe son univers avec Big Budha Cheez, aux côtés de son complice Fiasko Proximo. Ensemble, ils façonnent une identité nourrie par leur environnement, les codes du rap américain, les récits de rue et une véritable passion pour l’esthétique cinématographique.
Chez lui, le rap ne se résume jamais à une succession de punchlines. Il y a des personnages, des ambiances, des images et une manière de raconter qui donne parfois l’impression d’assister à un film plutôt que d’écouter un simple morceau.
Cette approche se retrouve dans ses projets solo, notamment Junior, paru en 2016, puis BO Y Z, en 2019. Prince Waly y affirme progressivement une personnalité artistique reconnaissable : une écriture travaillée, un goût prononcé pour les atmosphères et une élégance qui lui appartient.
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Là où certains cherchent à multiplier les effets, lui préfère installer son décor. Là où d’autres veulent immédiatement capter l’attention, il construit un univers dans lequel l’auditeur peut revenir.
Sa force n’était pas seulement de rapper. C’était de faire exister un monde.
En 2022, Prince Waly franchit une étape majeure avec Moussa, son premier album solo. Un titre qui sonne comme un retour à l’essentiel : derrière le pseudonyme, derrière l’image et derrière les exigences du métier, il y a un homme avec son histoire, ses doutes et ses cicatrices.
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L’album révèle une facette plus personnelle de l’artiste. Sa plume prend davantage de place, les arrangements s’ouvrent à d’autres horizons et les frontières entre rap, chanson et influences musicales deviennent plus poreuses.
La présence de Feu ! Chatterton illustre notamment cette volonté de dépasser les catégories habituelles. Prince Waly ne cherche pas à renier le rap dont il est issu. Il entend plutôt démontrer qu’il peut dialoguer avec d’autres univers sans perdre son identité.
Moussa porte aussi une dimension particulièrement intime à la lumière de ce que l’artiste a traversé. En 2019, il apprend qu’il est atteint d’un cancer du thymus, une épreuve qui lui fait perdre sa voix pendant plusieurs mois et l'éloigne de la musique. Il annonce sa guérison à la fin de 2021, avant de revenir avec cet album l’année suivante.
Ce retour donne à son parcours une profondeur supplémentaire. Mais réduire son œuvre à sa maladie serait passer à côté de l’essentiel : Prince Waly était déjà un artiste exigeant, singulier et ambitieux avant que la vie ne lui impose cette épreuve.
Dans un rap français où la visibilité peut parfois sembler aussi importante que la musique elle-même, Prince Waly occupait une place à part.
Il a collaboré avec des artistes aux univers variés, parmi lesquels Dinos, Alpha Wann et Freeze Corleone. Des rencontres qui témoignent de sa capacité à circuler entre différentes sensibilités du rap sans se fondre dans le décor.
Son parcours rappelle une réalité souvent oubliée : l’influence ne se mesure pas uniquement aux chiffres.
Il existe des artistes dont le travail parle directement aux autres musiciens, aux passionnés de textes, aux amateurs de production soignée et à ceux qui attendent d’un album davantage qu’une succession de morceaux destinés à devenir viraux.
Prince Waly faisait partie de ces artistes. Son ambition ne semblait pas être de devenir omniprésent, mais de créer une musique qui lui ressemble et qui puisse traverser les années.
En janvier 2025, son concert intimiste à la Cité de la musique, à la Philharmonie de Paris, témoignait encore de cette trajectoire singulière. Il continuait à défendre son univers sur scène, entouré de musiciens et de collaborateurs, malgré les difficultés liées à sa santé.
La disparition de Prince Waly donne aujourd’hui une résonance particulière à son parcours.
Après avoir surmonté un cancer du thymus, l’artiste avait annoncé en septembre 2026 être atteint d’un pemphigus paranéoplasique, une maladie auto-immune rare. Il se battait contre la maladie depuis plusieurs années, tout en continuant à créer et à faire vivre sa musique lorsque cela lui était possible.
Il serait facile de transformer son histoire en récit héroïque parfaitement écrit, comme si chaque difficulté avait nécessairement une signification. La réalité est plus dure : aucun talent, aucune détermination et aucun amour de la musique ne devraient avoir à se mesurer à une telle épreuve.
Ce que son parcours nous laisse, en revanche, est concret. Des morceaux, des images, des textes et une manière d'habiter la musique. Une œuvre qui continue d'exister au-delà de celui qui l'a créée.
C'est sans doute là que réside la véritable portée de son héritage.
Aujourd'hui, le rap français perd une voix qui ne ressemblait pleinement à aucune autre.
Prince Waly n'aura pas eu besoin de suivre toutes les tendances pour construire sa place. Il aura privilégié la cohérence, l'exigence artistique et la recherche d'une identité personnelle. Son parcours, de Montreuil à Moussa, raconte celui d'un homme qui a voulu faire de sa musique un espace de liberté.
Son histoire pose aussi une question à une industrie souvent fascinée par l'immédiateté : combien d'artistes méritent d'être davantage écoutés avant que leur disparition ne rappelle leur importance ?
Il ne s'agit pas de prétendre que Prince Waly était inconnu. Il était respecté, entouré et reconnu par une partie importante de la scène. Mais sa mort souligne la différence entre être visible partout et laisser une trace durable.
Prince Waly s'en est allé à 34 ans. Sa musique, elle, reste.
Et peut-être que le plus bel hommage à lui rendre n'est pas seulement de partager sa disparition, mais de retourner écouter ses morceaux, de redécouvrir BO Y Z, de prendre le temps de traverser Moussa et de transmettre son œuvre à ceux qui ne la connaissent pas encore.
Parce qu'au bout du compte, un artiste ne se résume ni à ses chiffres ni aux circonstances de sa mort.
Il se mesure aussi à ce qu'il continue de faire ressentir, longtemps après le dernier morceau.
Prince Waly n'est plus là. Mais son histoire, elle, mérite de continuer à être racontée.