Rohff, STARCE, AST et SALAM réunis autour de « Mkomori » : derrière ce titre, c’est toute une identité comorienne qui s’exprime. Entre racines, diaspora, fierté, mémoire et culture, le morceau s’inscrit dans cette tradition du rap français capable de raconter d’où l’on vient sans jamais oublier où l’on est.
Il y a des morceaux qui parlent d’un quartier. D’autres d’une ville. Et puis il y a ceux qui parlent d’un pays, d’une histoire familiale et d’une identité.
Avec « Mkomori », Rohff choisit clairement la troisième voie.
Aux côtés de STARCE, AST et SALAM, le rappeur signe un morceau profondément marqué par les Comores, leur culture et cette relation particulière qui unit ceux qui sont restés au pays et ceux qui ont grandi loin de l’archipel.
Et derrière le mot Mkomori, qui renvoie à l'identité comorienne, le message est limpide : les kilomètres n’effacent pas les racines.
Pour comprendre la force du morceau, il faut évidemment revenir à Rohff.
Né Housni Mkouboi, le rappeur a toujours intégré une partie de ses origines dans son univers artistique. Son rapport aux Comores n’est pas simplement un élément de communication : le pays apparaît régulièrement dans son discours et son imaginaire.
Quelques années avant « Mkomori », Rohff avait déjà participé à « La Patrie », un hymne réunissant de nombreux artistes autour des Comores à l’occasion de la CAN 2021. Le morceau rassemblait notamment Soprano, Alonzo, Starce, Says'z, Elams, Cheikh MC, Goulam, Vincenzo, Fahar et Samra. Le clip avait été réalisé par Safouane Saf, MH Films, Nass Gaya et AST.
Une aventure qui montre à quel point la musique peut devenir un véritable trait d’union entre la France, Marseille, la diaspora et l’archipel des Comores.
Le titre lui-même donne le ton.
Mkomori, c’est l’idée de l’appartenance, de celui qui est comorien, de celui qui porte cette identité même lorsqu’il vit ailleurs.
Et c’est justement cette question de la diaspora qui traverse l’univers musical associé à Rohff et aux artistes comoriens.
Dans « La Patrie », par exemple, les textes évoquent explicitement les quatre îles, l’éloignement, la famille, la nourriture, les souvenirs d’enfance et cette sensation de rester attaché au pays malgré la distance.
« Mkomori » s’inscrit dans cette même logique : le pays n’est pas seulement un décor, il devient une identité.
Ce qui frappe également, c’est le mélange des univers.
D’un côté, on retrouve les codes du rap français : les flows, les punchlines, l’attitude et cette manière très directe de raconter son quotidien.
De l’autre, le morceau s’appuie sur une identité musicale et linguistique profondément comorienne.
Cette combinaison n’est pas nouvelle dans l’univers de Rohff.
Sur « La Patrie », plusieurs artistes alternaient déjà français et expressions comoriennes, donnant au morceau une couleur particulière. Les références au Karthala, aux îles, à la cuisine, aux familles et à la diaspora construisaient une véritable carte d’identité musicale des Comores.
Avec « Mkomori », cette dimension prend une nouvelle forme.
Et c’est là que le morceau devient particulièrement intéressant.
L’identité comorienne de Rohff ne se construit pas en opposition avec son histoire française.
Elle se construit entre plusieurs territoires.
Entre les Comores et la France.
Entre l’archipel et les grandes villes françaises.
Entre les souvenirs transmis par les parents et la réalité vécue par une génération née ou élevée en France.
Cette double appartenance constitue depuis longtemps une matière particulièrement forte dans le rap français.
Et Rohff connaît parfaitement cette mécanique.
Il a grandi dans cette culture du rap où l’on pouvait parler de Vitry, de la rue, de la famille, de l'immigration, des origines et de la réussite, parfois dans le même morceau.
L’autre intérêt de « Mkomori », c’est justement cette association.
Rohff apporte son expérience et son poids dans l’histoire du rap français, tandis que STARCE, AST et SALAM permettent au morceau de s'inscrire dans une dynamique plus collective et plus directement liée à la scène comorienne.
Ce passage de relais est important.
Parce qu’une identité culturelle ne survit pas uniquement grâce aux anciens.
Elle se transmet.
Elle évolue.
Elle change de sonorités.
Et surtout, elle trouve de nouvelles voix pour la raconter.
C’est probablement là que se trouve le cœur du morceau.
« Mkomori » n’est pas seulement une chanson. C’est une déclaration d’appartenance.
Un rappel que l’on peut vivre en France, parler français, écouter du rap américain, avoir grandi à Marseille, Paris ou ailleurs… et continuer à porter en soi une histoire familiale venue de plusieurs milliers de kilomètres.
C’est aussi ce qui explique la puissance émotionnelle de ces morceaux consacrés aux Comores.
Parce qu’ils parlent autant aux personnes restées sur l’archipel qu'à celles qui ont grandi dans la diaspora.
La musique devient alors un endroit où tout le monde peut se retrouver.
Avec « La Patrie », Rohff avait déjà participé à un véritable rassemblement musical autour des Comores. Le morceau avait été présenté comme un hymne destiné à accompagner la sélection comorienne lors de sa première participation à la CAN.
« Mkomori » prolonge cette histoire d’une autre manière.
Moins question ici de simplement accompagner une équipe nationale.
Il s’agit de raconter une identité.
Une identité qui voyage.
Une identité qui se transmet de génération en génération.
Une identité qui peut prendre le micro et rapper aussi bien en français qu’en comorien.
Au fond, c’est peut-être ce qui rend « Mkomori » intéressant.
Parce qu’il ne s’adresse pas uniquement aux amateurs de Rohff.
Il parle aux Comoriens, à leur diaspora, aux familles séparées par la distance, à ceux qui ont grandi entre plusieurs cultures et à tous ceux pour qui la musique représente une manière de ne jamais perdre le lien avec leurs origines.
Et lorsque le rap devient le véhicule de cette mémoire, il retrouve quelque chose de profondément originel :
raconter qui l’on est, d’où l’on vient et pourquoi on n’oubliera jamais ses racines.
Rohff, STARCE, AST et SALAM ne rappent donc pas seulement sur les Comores. Avec « Mkomori », ils rappellent surtout une chose : on peut quitter une terre, mais pas forcément ce qu’elle a laissé en nous.