De son vrai nom Stéphane Begoc, Sear est né en 1968 à Saint-Denis. Enfant de la banlieue nord, il grandit au cœur du quartier du Franc-Moisin, dans un environnement où les premières vibrations du hip-hop — breakdance, graffiti, rap et culture DJ — imprègnent déjà les rues, les MJC et les terrains vagues. Très tôt, il intègre le collectif IZB (Incredible Zulu B-Boys), l’un des noyaux historiques de la scène hip-hop française, au moment où cette culture, encore marginale, se construit sans médias, sans industrie et loin des projecteurs.
C’est de cette effervescence brute qu’est née l’une des aventures éditoriales les plus marquantes du rap français. En 1990, Sear lance Get Busy, un fanzine bricolé mais ambitieux, distribué à la main lors de concerts et de rassemblements hip-hop. À une période où la presse traditionnelle ignore largement le mouvement, Get Busy devient un espace de parole rare : ton direct, humour corrosif, interviews inédites, photos volées ou récupérées à la débrouille. En quelques numéros, le fanzine s’impose comme un objet culte, témoin privilégié d’un rap français encore en friche.
À la fin des années 1990, Sear accompagne l’essor du mouvement vers une reconnaissance plus large. Il collabore notamment avec Suprême NTM et participe à la création du magazine gratuit Authentik, distribué à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires. En 2001, Get Busy renaît sous forme de véritable magazine en kiosque, mêlant culture hip-hop, société, politique, cinéma, sport — le tout avec la liberté de ton qui en a fait sa marque de fabrique. Cette version “professionnelle” durera jusqu’en 2002, avant de disparaître dans un paysage médiatique en pleine mutation.
Mais Sear n’a jamais cessé de raconter le rap. Après l’ère du print, il poursuit son travail sur le web, à la radio ou à la télévision, multipliant chroniques, interviews et interventions où son franc-parler et sa mémoire encyclopédique en font une voix singulière du commentaire musical. En 2021, il publie Get Busy – L’Anthologie, un ouvrage massif qui rassemble archives, photos, récits et documents retraçant plus de trente ans d’histoire du hip-hop français. Le livre s’impose comme une référence, tant pour les anciens que pour les nouvelles générations.
Sear n’a jamais revendiqué le statut de journaliste au sens traditionnel du terme. Il se voit plutôt comme un acteur, un témoin et parfois un contre-pouvoir du rap français, un passeur qui n’a jamais accepté que cette culture soit racontée par ceux qui ne la vivent pas. Son style — mélange de provocation, d’ironie, d’honnêteté et de connaissances pointues — a contribué à façonner un regard critique sur le mouvement, loin des discours lisses ou marketés.
Plus de trente ans après ses débuts, son influence demeure intacte. Get Busy, dans sa version papier comme dans sa version web, reste une archive précieuse pour comprendre les racines du hip-hop en France. Et Sear, figure emblématique et parfois controversée, continue d’incarner cette génération de passionnés qui ont chroniqué le rap bien avant qu’il ne devienne un phénomène culturel et commercial.