Dans cet épisode, Alexis Onestas revient sur un itinéraire rare dans le paysage culturel français : celui d’un passionné de hip-hop devenu entrepreneur, communicant et éditeur, sans jamais renier ses racines. Une trajectoire construite loin des raccourcis, entre culture urbaine, stratégie et transmission.
Dès les premières minutes de l’entretien, Alexis Onestas rappelle à quel point le rap a été un choc fondateur dans sa jeunesse. Comme beaucoup de jeunes des années 90, il découvre la culture hip-hop devant Rapline, l’émission culte d’Olivier Cachin. Mais le véritable déclic arrive lorsqu’il voit le clip “Le Pouvoir” de Suprême NTM, tourné à Saint-Denis, près de son environnement quotidien. Ce moment agit comme une révélation : le rap parle enfin de territoires et de réalités qui ressemblent aux siennes.
Très vite, Alexis plonge dans toutes les disciplines du hip-hop : danse, graffiti, écriture, rap. Sous le pseudonyme Omax, il fait ses premières scènes avant de prendre une décision qui changera sa vie : abandonner progressivement la carrière artistique pour raconter et structurer la culture plutôt que simplement la pratiquer. C’est ainsi qu’il crée son propre fanzine, Omax6mum, à seulement 16 ans, avec des magazines agrafés à la main et rédigés sur l’ordinateur familial.
Ce passage du rap à l’entrepreneuriat constitue le cœur du documentaire. Alexis Onestas y explique comment la mentalité hip-hop lui a appris l’autonomie, le sens du réseau et la débrouillardise. Une philosophie qu’il appliquera ensuite dans la communication, le marketing culturel et l’édition. Son parcours l’amènera à collaborer avec des artistes, créer plusieurs structures et développer une vision très moderne du branding culturel.
Mais l’aspect le plus marquant de son évolution reste probablement la création d’OmaxBooks, sa maison d’édition spécialisée dans la traduction d’ouvrages américains inspirants pour le public francophone. Alexis Onestas explique être parti d’un constat simple : beaucoup de livres influents dans les domaines du business, de la culture ou du développement personnel restaient inaccessibles à une partie du public francophone. Son ambition devient alors de créer des ponts entre les cultures américaines et françaises.
Dans l’interview, il insiste également sur l’importance de la transmission. Enseignant à la Sorbonne Nouvelle, entrepreneur et éditeur, Alexis Onestas revendique une volonté claire : montrer qu’un jeune issu du 93 peut construire des entreprises durables dans les industries culturelles sans renoncer à son identité. Une vision du succès basée davantage sur la cohérence et le temps long que sur le buzz immédiat.
L'échange met ainsi en lumière une figure discrète mais essentielle de l’écosystème hip-hop français. À travers son parcours, Alexis Onestas rappelle que la culture urbaine ne produit pas uniquement des artistes, mais aussi des entrepreneurs, des éditeurs et des passeurs capables de transformer une passion en véritable structure culturelle. Une conversation inspirante, sincère et lucide sur l’évolution du rap, du business et de la transmission générationnelle.