Dans le paysage du rap francophone, rares sont les artistes qui ont bâti une œuvre aussi radicale, cohérente et intransigeante que Casey. Depuis plus de vingt ans, la rappeuse martiniquaise installée en Seine-Saint-Denis impose un style unique : une écriture dense, une rage maîtrisée et une vision politique du rap qui refuse toute concession.
Casey, de son vrai nom Cathy Palenne, naît le 28 juin 1975 à Rouen. Elle grandit ensuite au Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, où elle passe une grande partie de son adolescence. C’est dans cet environnement qu’elle découvre le rap et commence à écrire ses premiers textes, encouragée par son cousin.
Très tôt, elle adopte le pseudonyme Casey et se rapproche du collectif Anfalsh, avec lequel elle forge son identité artistique. À l’inverse de nombreux rappeurs de sa génération, elle refuse l’étiquette de « rap français ». Elle revendique un rap de fils et filles d’immigrés, nourri par une histoire sociale et politique souvent absente du récit national.
Les textes de Casey abordent sans détour les sujets les plus sensibles : racisme, violences policières, héritage colonial et esclavagiste de la France. Son écriture, tranchante et méticuleuse, est marquée par une colère lucide dirigée autant contre les injustices sociales que contre les hypocrisies du milieu musical.
Cette posture radicale devient rapidement sa marque de fabrique. Casey n’a jamais cherché à séduire les radios commerciales ni à lisser son discours. Au contraire, son rap s’est construit dans l’indépendance et l’exigence artistique.
L’année 2006 marque un tournant majeur dans sa carrière. Casey publie trois projets : le maxi Ennemi de l’ordre, la rétrospective Hostile au stylo, qui revient sur onze années de carrière avec 64 morceaux, et surtout son premier album studio, Tragédie d’une trajectoire.
Sorti en 2006, le maxi Ennemi de l’ordre marque l’une des premières étapes importantes de la carrière de Casey. Fidèle à l’identité du collectif Anfalsh, ce projet pose les bases de son rap frontal et intransigeant. À travers des textes denses et incisifs, la rappeuse y développe déjà les thèmes qui traverseront toute son œuvre : dénonciation du racisme, critique des institutions et rejet des compromis dans l’industrie musicale. Brut et engagé, Ennemi de l’ordre s’inscrit dans la tradition du rap indépendant des années 2000 et annonce la direction artistique que Casey confirmera quelques mois plus tard avec son premier album Tragédie d’une trajectoire.
Sortie le 11 juillet 2006, la compilation Hostile Au Stylo : Rétrospective /// De 1995 à 2006 retrace plus d’une décennie de parcours de la rappeuse Casey dans le rap underground français. Ce street-CD rassemble 64 morceaux, dont plusieurs inédits, ainsi que des extraits de mixtapes, de freestyles, de collaborations et de participations à diverses compilations. Le projet permet de revenir sur les débuts de Casey et sur son évolution artistique, tout en mettant en avant la constance de sa plume incisive et engagée. À travers ces titres enregistrés entre 1995 et 2006, la rappeuse du Blanc-Mesnil affirme déjà les thèmes qui marqueront toute son œuvre : critique sociale, dénonciation des injustices et refus des compromis dans l’industrie musicale.
Sorti le 27 novembre 2006, l’album Tragédie d’une trajectoire marque les véritables débuts discographiques de la rappeuse Casey. Porté par une écriture dense et une interprétation habitée, le projet s’impose rapidement comme une œuvre forte du rap indépendant français des années 2000. Casey y développe un rap frontal et engagé, abordant des thèmes comme le racisme, les inégalités sociales ou l’héritage colonial. L’album comprend notamment le morceau Chez moi, dans lequel elle évoque ses origines et son identité, ainsi qu’un duo avec Ekoué du groupe La Rumeur. Avec sa production sombre et ses textes incisifs, Tragédie d’une trajectoire pose les bases de l’univers artistique de Casey et devient rapidement une référence du rap underground.
Même si l’album reste discret dans les classements, il s’impose rapidement comme une référence dans le rap indépendant.
Casey ne se limite pas à la musique. En 2009, elle participe à une adaptation scénique de Timon d’Athènes de Shakespeare, mêlant slam et rap, dans laquelle elle interprète le personnage cynique d’Apemantus.
La même année, elle se lance dans une collaboration singulière avec le collectif Zone Libre, composé notamment du guitariste Serge Teyssot-Gay (ancien membre de Noir Désir). Ensemble, ils mêlent rap et rock expérimental sur l’album L’Angle mort en 2009, suivi de Les Contes du Chaos en 2011.
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Cette fusion musicale confirme la capacité de Casey à sortir des cadres traditionnels du rap.
Sorti le 8 mars 2010, l’album Libérez la bête marque le retour de la rappeuse Casey après son premier disque Tragédie d’une trajectoire. Dans ce deuxième album solo, l’artiste confirme la radicalité de son écriture et son engagement politique. Porté par des productions sombres et une interprétation intense, le projet aborde des thèmes récurrents dans son œuvre comme les injustices sociales, le racisme ou les violences institutionnelles. Salué par la critique à sa sortie, Libérez la bête consolide la place de Casey comme l’une des voix les plus singulières et intransigeantes du rap indépendant français.
Quelques années plus tard, en 2014, elle rejoint le collectif Asocial Club aux côtés des rappeurs Al, Prodige et Vîrus ainsi que du DJ Kozi. Ensemble, ils publient l’album Toute entrée est définitive, un projet sombre et corrosif fidèle à l’esprit du groupe. Fidèle à l’univers incisif de ses membres, l’album propose un rap radical, porté par des textes acérés et une atmosphère noire. À travers ce disque, Casey poursuit son exploration d’un rap indépendant et sans concession, où se mêlent critique sociale, noirceur et énergie brute.
Au fil des années, Casey multiplie les collaborations artistiques. En 2016, elle écrit notamment le morceau Places gratuites pour le film Vers la tendresse d’Alice Diop. Elle prête également sa voix à un personnage de la série d’animation Vermin en 2018.
Parallèlement, elle participe au spectacle Viril, créé avec Virginie Despentes, Béatrice Dalle et le groupe Zëro sous la direction de David Bobée. Le projet aborde frontalement des thèmes comme le féminisme, le racisme ou l’homophobie.
En 2019, Casey fonde le groupe Ausgang avec Marc Sens, ManuSound et Sonny Troupé. Leur premier album, Gangrène, sort en mars 2020 et prolonge l’exploration musicale entamée avec Zone Libre, entre rap, rock et expérimentations sonores.
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À travers plus de deux décennies de musique, Casey a construit une œuvre marquée par des thèmes récurrents : l’exclusion sociale, la violence des institutions, la mémoire coloniale et les fractures de la société française.
Son rap ne cherche pas à apaiser. Il dérange, provoque et interroge. Sur scène comme sur disque, son énergie brute et sa plume acérée rappellent que le rap peut encore être un espace de contestation et de liberté.
Dans un paysage musical souvent dominé par les tendances et les compromis, Casey reste une figure rare : une artiste qui n’a jamais dévié de sa trajectoire.