Dans le paysage du rap francophone, peu d’artistes ont réussi à imposer une signature sonore aussi reconnaissable que celle de Hamza. Entre nappes planantes, mélodies autotunées et esthétique luxueuse, le rappeur belgo-marocain s’est construit en moins d’une décennie une place à part : celle d’un architecte d’ambiances nocturnes, à mi-chemin entre trap, R&B et cloud rap.
Né le 1 aout 1994, à Bruxelles, Hamza Al-Farissi grandit dans un environnement où la musique est omniprésente. Très tôt, il expérimente la production et l’enregistrement en autonomie. Cette culture du “do it yourself” marque profondément son approche : il compose, enregistre et façonne ses morceaux avec une précision presque artisanale.
Ses premiers projets circulent dans les sphères underground et attirent rapidement l’attention d’un public de niche sensible aux sonorités aériennes venues des États-Unis. Là où beaucoup cherchent l’impact immédiat, Hamza travaille l’atmosphère. Les basses sont profondes, les mélodies mélancoliques, les flows souvent murmurés — une signature qui tranche avec le rap frontal dominant de l’époque.
La reconnaissance s’accélère avec ses premières mixtapes marquantes. Hamza impose un style : textes oscillant entre romance toxique, hédonisme, nuits sans sommeil et introspection discrète. Son univers est cohérent — visuel, sonore, thématique — et séduit une génération connectée aux codes du cloud rap et du R&B moderne.
Les collaborations avec des figures majeures du rap francophone renforcent sa crédibilité. Il navigue entre refrains entêtants et couplets techniques, prouvant qu’il ne se limite pas à une simple esthétique vaporeuse. Derrière la douceur apparente, la construction musicale est précise, calibrée, efficace.
2013 — Recto Verso (mixtape)
Premier projet remarqué, Recto Verso pose les bases de son identité : prods brumeuses, flows modulés, esthétique nocturne.
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2015 — H-24
Projet charnière qui installe Hamza dans le radar de la scène rap francophone émergente.
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2016 — Zombie Life (mixtape)
Œuvre culte pour ses premiers fans. Ambiance sombre, mélodies accrocheuses et storytelling hédoniste — le style Hamza prend forme.
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2017 — 1994
Projet de confirmation : plus accessible, plus mélodique, avec une direction artistique déjà très affirmée.
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2019 — Paradise (album)
Tournant majeur. L’album élargit son public et impose son mélange de trap sensuelle et de R&B digital. Plusieurs titres deviennent des références de sa discographie.
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2019 — Santa Sauce 2 (mixtape)
Suite d’une série appréciée par les fans, plus brute, plus orientée performance et ambiance.
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2021 — 140 BPM 2 (album)
Projet axé sur l’efficacité, les flows et la frappe rythmique. Hamza y montre un visage plus technique et direct.
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2023 — Sincèrement (album)
Album plus personnel et introspectif, porté par une écriture plus posée et une production soignée.
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2025 — Mania (album)
Nouvelle étape artistique, marquée par une approche encore plus hybride entre rap, chant et textures électroniques.
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L’une des forces de Hamza réside dans son instinct mélodique. Là où beaucoup de rappeurs ajoutent la mélodie comme un effet, lui la place au centre de la composition. Ses morceaux reposent souvent sur des refrains forts, chantés, mémorisables, qui deviennent des points d’ancrage émotionnels.
Son usage de l’autotune n’est pas décoratif : il fait partie de l’instrumentation. La voix devient texture, prolonge les synthés, se fond dans la production. Cette approche le rapproche davantage de certains artistes R&B contemporains que du rap traditionnel pur et dur.
Dans ses textes comme dans ses visuels, Hamza développe une imagerie récurrente : voitures haut de gamme, bijoux, hôtels, relations amoureuses instables, excès et solitude. Mais contrairement au rap bling classique, l’opulence est souvent teintée de spleen. La fête est belle — mais fragile. Les relations sont intenses — mais rarement stables.
Cette dualité participe à son succès : un mélange de séduction et de vulnérabilité qui parle à un public large, au-delà du cercle rap puriste.
Avec le temps, l’empreinte de Hamza devient visible sur toute une frange de nouveaux artistes francophones. Flows chantonnés, prods éthérées, toplines travaillées : sa grammaire musicale a essaimé. Il fait partie de ceux qui ont contribué à décloisonner le rap francophone, en l’ouvrant davantage aux formats hybrides et aux structures pop.
Hamza ne cesse de faire évoluer sa formule. Chaque projet ajuste le dosage entre rap, chant et expérimentation sonore. Sa carrière montre une constance rare : celle d’un artiste qui maîtrise son univers sans cesser de le renouveler.
Dans un rap francophone en perpétuelle mutation, Hamza reste un funambule : entre ombre et lumière, technique et mélodie, introspection et succès grand public. Une trajectoire qui confirme que la douceur peut aussi être une arme de précision.