Le 10 septembre 1970 naissait à Yaoundé, au Cameroun, Albert Tjamag, plus connu sous le nom de Ménélik. Quelques décennies plus tard, son nom reste indissociable d'une époque où le rap français commençait à sortir des caves, des MJC et des émissions spécialisées pour conquérir les radios grand public. Et au milieu des années 1990, Ménélik allait devenir l'un des visages les plus populaires de cette révolution musicale.
Quelques secondes de mélodie suffisent encore aujourd'hui à faire remonter les souvenirs des années 90. Les soirées, les compilations, les radios FM, les clips à la télévision… Ménélik avait réussi quelque chose de rare : faire entrer le rap dans le quotidien du grand public sans perdre complètement son identité.
Avant les tubes et les plateaux de télévision, il y a une histoire beaucoup moins connue.
Né à Yaoundé, Albert Tjamag arrive en France avec sa famille alors qu'il est encore enfant. Il grandit notamment à Bobigny, en Seine-Saint-Denis, dans un environnement qui va progressivement nourrir son intérêt pour l'écriture, la culture et la musique.
Après le bac, il poursuit des études de droit. Mais dans les années 90, une autre passion prend progressivement le dessus : le hip-hop.
Et une rencontre va changer sa trajectoire.
En 1990, à l'université Paris-VIII, Albert Tjamag rencontre Claude M'Barali, alias MC Solaar.
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À cette époque, le rap français est encore loin de représenter l'industrie gigantesque qu'il deviendra. Les artistes construisent leurs réseaux, les DJs jouent un rôle central et les collectifs constituent de véritables laboratoires créatifs.
Ménélik rejoint notamment l'univers du Posse 501, autour de MC Solaar et de DJ Jimmy Jay.
C'est dans cette effervescence qu'il commence à multiplier les collaborations et à se faire remarquer dans le rap français.
Une époque où tout semblait encore possible.
En 1995, Ménélik passe véritablement à la vitesse supérieure avec son premier album, « Phénoménélik ».
Le disque est produit notamment avec DJ Seeq et Logilo et va imposer une signature particulière : un rap accessible, mélodique, jazzy, parfois léger, capable de séduire les amateurs de hip-hop comme un public beaucoup plus large.
Et surtout, Ménélik ne cherche pas à rapper comme tout le monde.
À une époque où certains puristes considèrent encore que le rap doit rester cantonné à l'underground, lui assume les refrains, les mélodies et les morceaux capables de passer à la radio.
C'est précisément ce qui va faire sa force.
Avec « Quelle aventure ! », il connaît déjà un véritable succès. Le morceau atteint la 8e place du Top Singles français, tandis que « Tout baigne » monte jusqu'à la 16e place.
Le rap français commence alors à changer de dimension.
Et là, tout bascule.
En 1997, Ménélik sort « Bye Bye », morceau construit comme une dispute de couple et porté par un refrain immédiatement mémorisable.
Le titre devient rapidement un phénomène.
En 1998, il atteint la 5e place du classement des singles français et s'impose comme l'un des énormes tubes de la fin des années 90.
Le plus intéressant dans cette histoire, c'est que « Bye Bye » brouille complètement les frontières entre rap, variété et pop.
Ménélik rappe, chante, raconte une histoire et mise sur une mélodie efficace.
Aujourd'hui, cela paraît presque banal.
À l'époque, c'était beaucoup plus audacieux.
Comme le rappelle Mouv', Ménélik faisait partie de ces artistes qui osaient proposer des refrains chantés et des morceaux mélodiques alors que le rap français restait encore très attaché à ses codes underground.
C'est peut-être là que réside la véritable singularité de Ménélik.
Il n'a jamais vraiment voulu choisir.
D'un côté, il vient de cette première génération de rappeurs français qui construisent le mouvement aux côtés de MC Solaar, Jimmy Jay et de toute une scène émergente.
De l'autre, il assume pleinement les codes de la chanson populaire.
Cette position lui permet de toucher un public immense.
Mais elle lui vaut aussi, comme beaucoup d'artistes de cette génération, quelques critiques de la part des amateurs de rap les plus attachés à l'underground.
Avec le recul, l'histoire lui a plutôt donné raison.
Car le rap français actuel est devenu une musique où les frontières entre rap, chant, pop et variété ont pratiquement disparu.
Ménélik faisait déjà cela dans les années 90.
En 1997, il poursuit sur sa lancée avec son deuxième album, « Je me souviens ».
Le projet confirme que Ménélik n'est pas simplement l'homme d'un tube.
Mais évidemment, impossible d'échapper à « Bye Bye ».
Le morceau devient son titre signature et contribue à installer durablement son nom dans la mémoire collective.
Pour toute une génération, Ménélik devient alors l'un des symboles de ce rap français qui explose commercialement à la fin des années 90, aux côtés notamment de MC Solaar, Doc Gynéco, Passi, Stomy Bugsy ou des Nèg' Marrons.
En 1996, Ménélik reçoit la Victoire de la Musique de la révélation masculine de l'année.
Une récompense particulièrement symbolique.
Quelques années auparavant, le rap français était encore largement considéré comme une culture périphérique.
Désormais, l'un de ses représentants monte sur la scène des Victoires.
Le mouvement est en train de gagner la bataille culturelle.
Après les albums « OQP » en 2000 et « E-Pop » en 2001, Ménélik s'éloigne progressivement de la musique. Il poursuit ensuite d'autres activités, notamment dans l'audiovisuel.
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Mais contrairement à certains artistes disparus définitivement de la scène, Ménélik n'a jamais réellement abandonné la création.
En 2008, il revient avec le projet « MNLK Project », avant de mettre à nouveau sa carrière musicale entre parenthèses.
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Puis, contre toute attente, il revient encore.
En 2017, l'artiste présente « Qlassiks », un projet pour le moins inattendu.
Le principe ?
Mélanger le rap et la musique classique.
Des textes rappés viennent se poser sur des œuvres de compositeurs comme Bach, Liszt, Chopin ou Albéniz.
L'idée pourrait sembler improbable.
Elle correspond pourtant parfaitement à l'évolution artistique de Ménélik.
Lui qui avait déjà refusé de choisir entre rap et chanson populaire refuse désormais de choisir entre hip-hop et musique classique.
Dans le cadre d'ateliers d'écriture menés en milieu carcéral, il travaille également avec des détenus, une expérience qui donnera une dimension particulière à ce nouveau chapitre de sa carrière.
Lorsqu'il revient sur scène dans le cadre de la tournée « L'âge d'or du rap français », Ménélik retrouve d'autres figures majeures des années 90.
Passi, Stomy Bugsy, Arsenik, les Nèg' Marrons…
Une génération entière revient sous les projecteurs.
Et Ménélik résume alors parfaitement l'enjeu : montrer qu'ils ont encore « le flow » et qu'ils sont toujours là.
Car son histoire raconte finalement quelque chose de plus grand que celle d'un simple tube.
Ménélik appartient à cette génération qui a contribué à rendre le rap français populaire.
Avant que le streaming, YouTube et les réseaux sociaux ne bouleversent l'industrie.
Avant que le rap ne devienne la première musique de France.
À une époque où un simple passage à la radio pouvait changer une carrière.
Aujourd'hui encore, il suffit de lancer les premières notes de « Bye Bye » pour que les années 90 ressurgissent.
C'est peut-être cela, la véritable réussite de Ménélik.
Pas seulement avoir vendu des disques.
Pas seulement avoir remporté une Victoire de la Musique.
Pas seulement avoir signé plusieurs tubes.
Mais avoir créé des souvenirs.
Et c'est probablement pour cette raison que, plusieurs décennies après son explosion médiatique, son nom continue de provoquer instantanément la même réaction chez ceux qui ont grandi avec le rap des années 90 :
Ah ouais… Ménélik !
Et derrière ce nom, une époque entière qui revient en quelques secondes.
Quelle aventure.