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Né le 1er août 1980 à Montreuil, en Seine-Saint-Denis, Mouloud Achour grandit dans un territoire que les médias résument trop souvent à des chiffres ou à des faits divers. Lui y voit surtout une richesse humaine, une mosaïque de récits, de cultures et de contradictions. Cette matière brute forge son regard : attentif, méfiant vis-à-vis des simplifications, profondément attaché à la complexité des parcours. 

La radio est son premier terrain d’expression. Générations, puis Le Mouv’, deviennent des écoles du réel. Achour y apprend le journalisme sans filtre : celui qui repose moins sur la performance que sur la présence. Poser une question, attendre la réponse, accepter le silence. Une méthode devenue signature. 

Les liens de Mouloud Achour avec des figures comme La Caution, Oxmo Puccino ou le collectif de cinéastes Kourtrajmé s’inscrivent dans une même histoire culturelle : celle d’une génération issue des marges, décidée à reprendre le contrôle de sa narration. Journaliste et producteur, Achour a très tôt accompagné ces artistes en leur offrant un espace de parole rare, loin des formats réducteurs. Avec eux, il partage une même exigence : raconter la banlieue autrement, par la complexité des mots, des images et des trajectoires, sans folklore ni victimisation. 

Avec Clique, lancé sur Canal+, il franchit un cap. L’émission s’impose rapidement comme un espace singulier dans le paysage audiovisuel français. Ni talk-show classique, ni exercice promotionnel déguisé, Clique propose autre chose : des conversations longues, souvent intimes, toujours respectueuses. Rappeurs, acteurs, écrivains, sportifs ou figures anonymes s’y succèdent, non pour se vendre, mais pour se raconter. 

Mouloud Achour, l’art d’écouter à contre-courant

Ce qui distingue Mouloud Achour, ce n’est pas le style, mais l’intention. Il ne cherche ni la formule choc ni la domination de l’entretien. Il accompagne la parole plus qu’il ne la dirige. Cette posture, rare à l’ère de l’instantané, séduit un public en quête de récits sincères et de nuances. 

Au fil des années, il devient plus qu’un intervieweur. Producteur, passeur, parfois mentor, il contribue à faire émerger des voix longtemps reléguées en marge. Son travail brouille les frontières : entre culture populaire et culture légitime, entre banlieue et institutions médiatiques, entre intime et politique. 

Sans jamais revendiquer un rôle militant frontal, Achour porte une vision claire : représenter sans caricaturer, donner la parole sans la confisquer. Dans ses entretiens, la question de l’identité, de la réussite, de l’origine sociale ou du regard médiatique affleure souvent, mais toujours à hauteur d’homme. 

Discret hors caméra, peu enclin à la mise en scène de soi, Mouloud Achour s’inscrit dans une tradition presque classique du journalisme : celle où l’on s’efface pour mieux laisser apparaître l’autre. Une posture devenue, paradoxalement, profondément moderne. 

À l’heure où la parole est partout mais rarement écoutée, il rappelle une évidence oubliée : raconter, c’est d’abord respecter. 

Mouloud Achour n’a jamais cherché à occuper l’espace. Il a préféré le créer. Dans un paysage médiatique souvent saturé de paroles rapides et de jugements définitifs, il a imposé une autre temporalité : celle de l’écoute. 

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