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À la fin des années 1990, alors que le rap français oscille entre affirmation identitaire et mélancolie urbaine, un groupe venu de Strasbourg impose une voix singulière, grave et littéraire : N.A.P., pour New African Poets. Formé en 1988 dans le quartier du Neuhof, le collectif réunit Abd Al Malik, Aïssa, Bilal, Karim, Mohammed et Moustapha. Six voix pour raconter une même réalité : celle des marges, de la fatalité sociale et des rêves contrariés.
Des scènes régionales aux studios
À leurs débuts, les N.A.P. écument les scènes locales. Le groupe forge sa réputation dans l’ombre, loin des projecteurs parisiens. En 1994, une rencontre change la donne : celle du producteur Sulee B Wax. La même année, le maxi Trop beau pour être vrai voit le jour sur le label High Skills, créé au cœur du Neuhof.
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L’album envisagé à l’époque, L’Art perdu du freestyle, ne sortira jamais, victime de blocages liés à la distribution et aux samples.
Mais le groupe persévère.
1996 : la rue prend le micro
En 1996 paraît La Racaille sort un disque. Le titre est un manifeste. À une époque où le mot « racaille » stigmatise, N.A.P. le retourne et l’assume. Les productions de Don Lab et Bilal posent les bases d’une identité sonore sombre et épurée. L’album s’écoule à environ 25 000 exemplaires — un score solide pour un groupe venu de l’Est — et installe N.A.P. dans le paysage hip-hop national.
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Les textes racontent le quotidien sans fard : violence, désillusion, survie. Strasbourg n’est plus une périphérie du rap français, elle devient un territoire d’expression.
1998 : La Fin du monde, sommet crépusculaire
Deux ans plus tard, N.A.P. frappe fort avec La Fin du monde. L’album, distribué en licence avec Sony BMG, s’inscrit pleinement dans cette esthétique piano-violon mélancolique qui traverse le rap français de la fin des années 90. Mais ici, la noirceur atteint un degré rare.
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Les titres parlent d’eux-mêmes : Le Ghetto pleure, Pas même un sourire, Au revoir à jamais, La Ligne du 14. Le monde décrit est en décomposition. Sur les nappes tristes de Don Lab et Sulee B Wax, les textes oscillent entre réalisme cru et visions quasi apocalyptiques.
Au centre du dispositif, Abd Al Malik s’impose. Flow limpide, diction précise, écriture ciselée : il mène la danse avec une aisance qui tranche parfois avec les aspérités techniques de ses partenaires. Mais ces dernières sont largement compensées par une galerie d’invités prestigieux :
Le disque, parfois traversé d’un souffle moralisateur, n’en demeure pas moins un classique du rap français. Une relecture rappée et presque philosophique de la fatalité humaine.
Introspection et maturité
En 2000, le groupe publie À l’intérieur de nous. Plus introspectif, l’album creuse les fissures intimes derrière la façade sociale. Le propos se fait moins frontal, plus intérieur, sans renier l’ADN du collectif.
La suite sera plus discrète. En 2008, la compilation Un monde perdu – Back In The Dayz vient rappeler l’importance du groupe dans l’histoire du rap hexagonal.
N.A.P. n’a peut-être jamais bénéficié de la surexposition médiatique des locomotives parisiennes ou marseillaises. Mais son apport est indéniable : avoir donné une voix à Strasbourg, avoir exploré les territoires sombres du rap français avec une exigence littéraire rare, et avoir ouvert la voie à des trajectoires individuelles marquantes — à commencer par celle d’Abd Al Malik.
Plus qu’un simple groupe, N.A.P. fut le témoin lucide d’une époque. Et, à l’écoute de La Fin du monde, on comprend que certaines œuvres ne vieillissent pas : elles résonnent.