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Le 17 septembre 2012, Oxmo Puccino ne sort pas simplement un album. Il pose sur la table onze morceaux qui semblent avoir été écrits avec une plume plutôt qu’un stylo. Avec Roi sans carrosse, le rappeur transforme le quotidien en poésie, Paris en personnage et le rap en chanson française sans jamais lui retirer ses racines hip-hop. 

Il y a des albums qui arrivent dans les bacs.

Et puis il y a ceux qui arrivent avec une atmosphère.

Roi sans carrosse, sixième album d’Oxmo Puccino, appartient clairement à la deuxième catégorie. Sorti le 17 septembre 2012, le disque compte onze titres et est publié par Cinq7/Wagram. 

À l'époque, le rap français est déjà devenu un poids lourd de l'industrie musicale. Mais Oxmo choisit une autre route : moins de démonstration, davantage de narration. Moins de bruit, davantage de nuances. 

Et surtout, il refuse de choisir entre rap et chanson. 

Le roi n'a pas besoin de carrosse 

Le titre de l'album résume presque à lui seul la philosophie d'Oxmo

Un roi, oui. Mais sans carrosse. 

Pas de besoin d'apparat. Pas besoin d'en faire trop. Le pouvoir est ailleurs : dans les mots, dans les silences, dans la façon de raconter une histoire avec trois images et une poignée de phrases. 

Cette élégance traverse tout le projet. 

De « Le mal que je n'ai pas fait » à « Artiste », en passant par « Pam-Pa-Nam », « Les gens de 72 », « Le sucre pimenté » ou le morceau éponyme « Roi sans carrosse », Oxmo avance comme un écrivain qui aurait décidé de mettre ses phrases sur des beats. 

Et c'est probablement là que réside la particularité du disque : il ne cherche jamais à prouver qu'Oxmo sait rapper. 

Il cherche à raconter. 

Un album né loin de Paris 

L'histoire de Roi sans carrosse est presque aussi intéressante que le disque lui-même. 

Une partie des compositions prend naissance au Brésil, à Itacaré. Oxmo y séjourne et, inspiré notamment par la musique brésilienne, réalise plusieurs maquettes avec une simple guitare et un multipiste. 

Le cadre change. 

La méthode aussi. 

Loin du studio parisien et de ses contraintes, l'artiste privilégie une approche plus dépouillée. Cette expérience contribue à donner au projet cette sensation particulière : des morceaux qui respirent, qui laissent de la place aux instruments et aux textes. 

Le Brésil n'est donc pas une simple anecdote dans la fabrication du disque. 

C'est une partie de son ADN. 

Quand le rap rencontre la chanson française 

Musicalement, Roi sans carrosse refuse les frontières. 

Oxmo s'entoure notamment de Vincent Ségal, mais aussi de musiciens et producteurs comme Renaud Letang et Vincent Taeger. Le résultat mélange rap, jazz, guitare, chanson et arrangements organiques. 

Et surtout, Oxmo assume pleinement son rapport à la chanson française. 

Pas comme une posture. 

Comme une culture. 

Son écriture, fondée sur les métaphores et les images, l'avait déjà éloigné des codes les plus classiques du rap français. Roi sans carrosse pousse cette logique encore plus loin. 

Le morceau-titre lui-même a d'ailleurs été rapproché de l'univers de Léo Ferré par la critique de l'époque. 

C'est toute la singularité d'Oxmo : pouvoir passer d'un couplet de rap à une phrase qui semble sortir d'une chanson écrite cinquante ans plus tôt. 

« Pam-Pa-Nam » : Paris en trois syllabes 

Il y a aussi « Pam-Pa-Nam »

Derrière ce titre presque enfantin se cache un hommage à Paris. 

Oxmo transforme la capitale en décor de cinéma : ses rues, ses habitants, ses contradictions, ses souvenirs. 

Pas besoin de grandes déclarations. 

La ville est racontée par fragments. 

Et c'est précisément ce qui rend le morceau efficace : Oxmo ne décrit pas Paris comme un guide touristique. Il la raconte comme quelqu'un qui y a vécu. 

« Le sucre pimenté » : la douceur avec une pointe de feu 

Autre morceau marquant : « Le sucre pimenté »

Le titre résume encore une fois la méthode Oxmo : associer deux idées qui semblent incompatibles pour créer une image immédiatement mémorisable. 

Le morceau donnera d'ailleurs lieu à un remix particulièrement chargé en invités, avec notamment Orelsan, Youssoupha, Busta Flex, Greg Frite, Dabaaz et 20syl

Le contraste est là encore au cœur du projet : 

la douceur n'exclut jamais le mordant. 

Onze morceaux, et aucune envie de remplir 

Roi sans carrosse ne cherche pas la quantité. 

Le disque compte 11 titres, pour environ 32 minutes. 

À l'heure des albums qui veulent parfois tout raconter, Oxmo fait l'inverse. 

Il coupe. 

Il resserre. 

Il laisse respirer. 

Cette brièveté donne au disque quelque chose de presque cinématographique : une fois arrivé au dernier morceau, on a l'impression d'avoir traversé un petit monde plutôt qu'écouté une simple succession de titres. 

Et puis arrive « Roi sans carrosse ».  

Le morceau final. 

Comme si Oxmo avait gardé la dernière page du livre pour rappeler le titre inscrit sur la couverture. 

La consécration aux Victoires de la musique 

Quelques mois plus tard, l'album franchit une nouvelle étape. 

Le 8 février 2013, Oxmo Puccino remporte la Victoire de la musique de l'album de musiques urbaines de l'année pour Roi sans carrosse. Il est alors en concurrence avec notamment Disiz, Tal et la Sexion d'Assaut. 

Ce n'est pas sa première Victoire : il avait déjà remporté la même récompense en 2010 avec L'Arme de paix

Mais cette deuxième récompense raconte quelque chose d'intéressant. 

Oxmo n'a pas eu besoin de quitter le rap pour être reconnu par le monde de la chanson. 

Il a simplement élargi les frontières du rap. 

Treize ans plus tard, pourquoi l'album reste important 

Parce que Roi sans carrosse n'est pas un album qui dépend d'une mode. 

Il ne repose pas sur un gimmick. 

Il ne cherche pas à capturer uniquement l'année 2012. 

Son moteur, c'est l'écriture. 

Et l'écriture vieillit rarement comme une production à la mode. 

Plus d'une décennie après sa sortie, le disque conserve cette étrange capacité à sembler à la fois très français, très parisien, très rap… et complètement hors du temps. 

C'est peut-être ça, finalement, le vrai luxe d'Oxmo Puccino

Pouvoir être un roi sans avoir besoin du carrosse. 

À retenir 

📅 Sortie : 17 septembre 2012 
🎤 Artiste : Oxmo Puccino 
💿 Album : Roi sans carrosse 
🎧 Titres : 11 
🏷️ Label : Cinq7 / Wagram 
🎸 Collaborations musicales : notamment Vincent Ségal, Renaud Letang et Vincent Taeger 
🏆 Victoire de la musique 2013 : Album de musiques urbaines de l'année 

Un album de rap ? Oui. Une œuvre de chanson française ? Aussi. Un disque d'Oxmo Puccino ? Surtout. 

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