Dans l’histoire du rap français, certains noms résonnent comme des évidences, d’autres comme des secrets bien gardés que seuls les initiés se transmettent. 2 Bal Niggets, devenu ensuite 2 Bal, appartient à ces groupes dont l’influence dépasse largement leur exposition médiatique. Nés à Brou-sur-Chantereine, en Seine-et-Marne, Doc TMC et G-Kill, jumeaux d’origine congolaise, incarnent dès la fin des années 1980 une génération de rappeurs bruts, politisés, profondément ancrés dans la réalité des cités.
L’aventure commence très tôt. À seulement dix ans, les deux frères rappent déjà sous le nom de BB MC, enchaînent les scènes locales et forgent une identité musicale marquée par l’urgence, la colère et la conscience sociale. Ils grandissent dans la cité Gambetta, un terreau qui façonnera durablement leur écriture. Le rap, chez eux, n’est pas un hobby mais un langage vital.
Issus d’une véritable dynastie hip-hop, les frères Mahoukou baignent dans une famille où la musique est omniprésente : cousins de Passi (Ministère A.M.E.R), de Monsieur R, mais aussi de Welcome Bony et de X-Ena (ex-EK-Tomb), ils évoluent dans un réseau artistique dense. Leur grand frère Shuga Shug, membre du groupe RnB Afrodiziac, participera même à certains morceaux. Un environnement fertile, mais qui ne leur épargnera ni les galères ni les choix radicaux.
Au milieu des années 1990, 2 Bal s’impose au sein du collectif Ménage à 3, aux côtés des 3 Coups (Mr R et Lyon's), les Gued.1 (Mano Kid Mesa, Rick Sweet et Skyzo) et Krokmitten ou encore Ad’Hoc-1 (Mah-Jong et Philo). Cut Killer leur consacre une mixtape entière en 1996, signe d’une reconnaissance underground forte.
À cette époque, Krokmitten, figure sombre et marginale, joue un rôle central dans leurs débuts, apparaissant sur plusieurs titres avant de quitter l’aventure après l’album commun avec les 2Neg’.
L’année 1996 marque un tournant. En collaboration avec 2Neg’ (Eben et Niro), le duo sort 3x plus efficace, un album devenu depuis un classique du rap français indépendant. Produit par Tefa et Masta (Kilomaitre Productions), avec la participation de White et Spirit, le disque frappe par sa radicalité, son absence de concessions et son discours frontal.
Le succès est au rendez-vous, au point de permettre aux 2 Bal 2 Neg’ d’entamer une tournée nationale, une première pour un groupe indépendant à l’époque. Ils apparaissent également sur la bande originale du film culte Ma 6-T va crack-er, posant sur le morceau La Sédition aux côtés de Mystik.
À la fin des années 1990, les deux frères rejoignent le collectif Bisso Na Bisso, symbole d’un rap afro-conscient et fédérateur, avec Ärsenik, Passi, Ben-J, Mystik ou M’Passi. L’album Racines (1999) inscrit définitivement leur nom dans une histoire collective, diasporique et militante du hip-hop français.
Mais la trajectoire de 2 Bal n’est pas linéaire. En 2002, l’incarcération de Doc TMC, à la suite d’un cambriolage, freine brutalement l’élan du groupe. G-Kill continue néanmoins d’exister artistiquement, multipliant les apparitions et sortant en 2004 le street album Naufragé du temps, témoignage d’une période sombre et introspective.
À la sortie de prison de Doc en 2006, le duo se reforme et publie en 2007 Mapassa, un street album mêlant inédits et apparitions, comme une manière de recoller les morceaux d’une histoire cabossée.
En 2009, D.O.C. rejoint son frère G.Kill, ainsi que Passi au sein du collectif Bisso na Bisso. L’année suivante, il participe à la compilation Galactik Beat Classico. Fin 2011, après avoir relancé sa carrière, il publie son premier album solo, Bloc No. 3.
Le temps passe, mais l’empreinte demeure. En 2016, pour les 20 ans de 3x plus efficace, 2 Bal et 2 Neg’ se reforment exceptionnellement sur la scène de La Bellevilloise, dans le cadre du festival Paris Hip Hop. L’année suivante, ils participent à la tournée de l’âge d’or du rap français, aux côtés de figures majeures comme Ärsenik, Assassin, X-Men, Neg’ Marrons, Stomy Bugsy ou les Sages Poètes de la Rue. Une reconnaissance tardive, mais méritée.
Le groupe continue de raconter une autre histoire du rap français : celle des pionniers indépendants, des trajectoires interrompues, des retours discrets mais essentiels. 2 Bal Niggets, c’est la preuve que le rap ne se mesure pas seulement en ventes ou en classements, mais aussi en héritage, en respect et en mémoire collective.