Quatre noms, quatre époques, une seule table. Avec Carré d’As, le média OKLM balance un casting XXL dès le premier épisode : Booba, Pit Baccardi, Lino et Oxmo Puccino, le tout orchestré par Jacky Brown. Résultat : une discussion dense, parfois chaotique, mais surtout ultra précieuse pour comprendre le rap français.
Difficile de faire plus lourd. Entre membres ou proches du mythique collectif Time Bomb — où Oxmo Puccino et Pit Baccardi ont fait leurs armes aux côtés de Lunatic — on est clairement face à une génération qui a posé les bases du rap FR.
Mais ici, pas de musée. Les quatre artistes parlent encore avec une vision actuelle : évolution du game, nouvelles sonorités, place du streaming… Le message est clair : le rap change, mais les fondamentaux restent.
Impossible de passer à côté : Booba domine largement les échanges. Présence forte, prises de position tranchées, interventions constantes.
Mais paradoxalement, c’est aussi ce qui donne du rythme. Ça débat, ça se chevauche, ça vit — loin des interviews trop propres.
Face à l’énergie brute, Lino et Oxmo Puccino jouent une autre partition.
Oxmo, fidèle à son image de “poète du rap”, ramène de la profondeur. Normal : depuis les années 90, il est reconnu pour son écriture technique et narrative, capable de mélanger storytelling et introspection.
Lino, lui, reste égal à lui-même : précis, tranchant, respecté comme un des meilleurs kickeurs du rap français. Quand il parle, ça pèse.
Un des points forts de l’épisode : la longévité. Comment durer 20, 25, 30 ans dans le rap ?
Les réponses divergent, mais un constat revient :
Les anciens reconnaissent l’évolution… sans forcément valider tous les codes actuels. Le clash est subtil, mais réel.
Concept original avec jeux et discussions, mais tout n’est pas parfait. Certains reprochent à Jacky Brown un rôle d’animateur encore hésitant, avec une difficulté à canaliser autant de personnalités fortes.
Mais au fond, c’est presque secondaire. Ce qui compte, c’est le moment capturé.
Carré d’As – Épisode 1, c’est plus qu’une interview :
c’est un choc de visions, une réunion de légendes, un instant brut.
Pas toujours fluide, parfois désordonné — mais profondément authentique.
Et surtout, un rappel évident :
le rap français ne s’est pas construit sur des trends… mais sur des plumes, des voix et des parcours comme ceux-là.