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Figure à part du rap français, Gérard Baste cultive depuis plus de vingt ans un art de la provocation joyeuse et du pas de côté. Connu comme l’un des piliers du groupe Svinkels, il a imposé une voix, un ton et une posture qui ont durablement marqué le paysage hip-hop hexagonal, sans jamais chercher la respectabilité ni l’adhésion unanime. 

Né le 9 janvier 1973, Gérard Baste — de son vrai nom Matthieu Balanca — est l’une des figures les plus singulières du rap français. Rappeur mais aussi animateur de télévision, il s’est imposé au fil des années par une trajectoire atypique, loin des chemins balisés de l’industrie musicale. Membre fondateur du groupe Svinkels et du collectif Le Klub des 7, il découvre la culture hip-hop dès 1986, à l’occasion d’un voyage en Espagne, une révélation précoce qui marquera durablement son rapport à la musique, à la scène et à l’esprit de liberté qui irrigue l’ensemble de son œuvre. 

Lorsque Svinkels émerge à la fin des années 1990, le rap français se structure, se politise, se durcit parfois. Gérard Baste, Nikus Pokus et leurs comparses prennent alors le contre-pied total : humour frontal, excès assumé, goût pour l’absurde et le mauvais goût revendiqué. Sexe, alcool, fête, corps et sueur deviennent des matières premières artistiques. Derrière l’étiquette réductrice de “rap débile”, le groupe développe pourtant une écriture précise et une science redoutable de la scène. 

Svinkels fait très tôt des concerts un champ de bataille euphorique, retournant clubs, salles et grands festivals avant beaucoup d’autres. Slip-hop, cradecore ou simple rap : peu importe l’étiquette, le Svink transforme chaque date en défouloir collectif, au point de dresser le portrait hilarant de son public dans le morceau « (Mon Public ?) C’est des cons »

Si Svinkels entre ensuite en sommeil, Gérard Baste poursuit sa route en solo, prolongeant l’esprit sans en être prisonnier. En 2010, la compilation Save Yourself Spécial Gérard Baste, présentée par Dr Vince, agit comme une première radiographie de son univers personnel : rap sale, références pop, autodérision permanente et amour sincère de la culture hip-hop. 

Gérard Baste Save Yourself Vol.8 Spécial Gérard Baste

La même année, il sort Nuit de Noël, un morceau promo à contre-emploi, où l’irrévérence habituelle se teinte d’une ambiance plus étrange et presque mélancolique. 

Mais c’est avec le concept des Slip Tapes que Gérard Baste pousse le plus loin son personnage tout en le fissurant. Dans Mon Slip – Volume 1 (2015), puis Dans Mon Slip – Volume 2 (réuni plus tard dans Dans Mon Slip Volumes 1 & 2), installent définitivement cette figure du rappeur fanfaron, bien en chair, ventre fier et humour scabreux. 

Gérard Baste Slip Tapes
Gérard Baste Slip Tapes volume 2

Derrière les blagues grasses et les visuels volontairement grotesques, Baste livre pourtant de véritables déclarations d’amour au rap et à son public, notamment sur des titres plus introspectifs comme « Tu connais déjà », où l’autodérision laisse filtrer une gravité inattendue. 

En 2016, Gérard Baste publie Le Prince de la Vigne, son album solo le plus structuré. Le disque confirme une évolution : toujours provocateur, mais plus posé, presque narratif par moments. Le personnage s’assume, regarde le temps passer et s’inscrit dans une trajectoire cohérente, loin du simple clown provocateur que certains avaient voulu voir en lui. 

Gérard Baste Le Prince De La Vigne

Parallèlement, Gérard Baste reste un rappeur respecté dans le milieu. On le retrouve dès 2007 aux côtés de Busy P sur le single The Headbangers, clin d’œil à son goût pour les croisements entre rap, culture club et esprit festif. Une présence discrète mais constante, fidèle à une logique d’indépendance plutôt qu’à une course à la visibilité. 

Le retour récent de Svinkels, avec la publication d’inédits du début des années 2000 et l’annonce de l’album Rechute, rappelle à quel point cette aventure collective reste centrale. Les morceaux exhumés — entre délires potaches et préoccupations déjà bien ancrées — témoignent d’une continuité artistique rarement reconnue à sa juste valeur. Comme souvent, Gérard Baste et les siens avancent sans nostalgie forcée, prêts à reprendre la scène, là où tout a toujours pris sens pour eux. 

Gérard Baste The Headbangers Busy P

 

Aujourd’hui, Gérard Baste occupe une place singulière dans l’histoire du rap français. Ni figure institutionnalisée, ni artiste underground oublié, il incarne une liberté rare : celle de faire du rap sans posture, sans morale imposée, mais avec une sincérité brute. En refusant de choisir entre la blague et le fond, entre la fête et l’introspection, il a tracé une ligne bancale, excessive parfois, mais profondément honnête. Une ligne qui, malgré le temps, continue de résonner. 

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