Publicité
Publicité

Figure majeure du rap français depuis plus de trente ans, Passi était l’invité de Mehdi Maïzi dans À la régulière pour évoquer son nouvel album Bande originale. Dans cette longue conversation, l’ancien membre de Ministère A.M.E.R. revient sur son parcours, son rapport à la création et sa vision d’un rap français qu’il continue d’observer avec passion. 

Dès les premières minutes de l’entretien, Mehdi Maïzi rappelle l’importance historique de Passi dans le paysage hip-hop hexagonal. Du Ministère A.M.E.R. au Secteur Ä, en passant par Bisso Na Bisso, le rappeur a participé à plusieurs chapitres fondateurs du rap français. Mais loin d’un simple retour nostalgique, Passi explique être revenu à la musique avant tout “pour retrouver la flamme” et le plaisir de créer. Après plusieurs années passées dans les coulisses, entre production, entrepreneuriat et accompagnement d’artistes, il ressentait le besoin de reprendre le micro. 

Le nouvel album Bande originale reflète justement cette envie de liberté. Passi y mélange générations, styles et influences musicales sans chercher à suivre une tendance précise. Le projet réunit aussi bien des artistes historiques du rap français que des représentants de la nouvelle scène comme Uzi ou AMK. Une manière, selon lui, de rester connecté à l’évolution naturelle du hip-hop tout en conservant son identité artistique. 

L’un des moments les plus marquants de l’émission concerne le morceau “Les Saigneurs du micro”, véritable réunion d’anciens du rap hexagonal avec Les Sages Poètes de la Rue, Rocca, Akhenaton ou encore Nèg' Marrons. Passi compare lui-même ce casting à une version hip-hop des Expendables de Sylvester Stallone. Derrière l’humour, le morceau agit surtout comme un hommage à une génération qui a construit les bases du rap français dans les années 90. 

Au fil de l’échange, Passi revient également sur les débuts du rap en France, époque où enregistrer un disque relevait presque de l’impossible. Il raconte comment les membres du Ministère A.M.E.R. ont appris à tout faire eux-mêmes : composer, réserver les studios, organiser les concerts ou produire leurs propres morceaux. Une culture du système D qui, selon lui, a forgé toute une génération d’artistes-entrepreneurs. 

L’entretien prend aussi une dimension plus personnelle lorsque Mehdi Maïzi aborde le succès de “Face à la mer” avec Calogero. À l’époque, cette collaboration entre rap et variété avait surpris une partie du public hip-hop. Avec le recul, Passi considère pourtant avoir simplement voulu “faire bouger les lignes” et créer quelque chose de nouveau. Une philosophie qu’il revendique encore aujourd’hui : ne jamais s’enfermer dans une définition figée du rap. 

Très lucide sur l’évolution actuelle du hip-hop, Passi refuse également le discours opposant “ancien” et “nouveau” rap. Dans l’émission, il regrette qu’en France les artistes historiques soient parfois perçus comme dépassés, alors qu’aux États-Unis des figures comme Jay-Z ou Snoop Dogg continuent d’être célébrées sans que leur âge soit un sujet. Pour lui, le rap est désormais une culture suffisamment mature pour assumer plusieurs générations d’artistes en parallèle. 

Face à lui, Mehdi Maïzi joue une nouvelle fois le rôle d’intervieweur-passeur. Grâce à sa connaissance encyclopédique du rap français, il permet à Passi de revisiter son histoire sans tomber dans la simple nostalgie. Le résultat : une conversation passionnante sur la transmission, la longévité et l’évolution d’un mouvement culturel devenu central dans la société française. 

Avec Bande originale, Passi ne cherche finalement pas à prouver qu’il est encore là. Il rappelle surtout pourquoi son nom reste incontournable dans l’histoire du rap français : celui d’un artiste capable de traverser les époques sans perdre ni sa curiosité, ni son envie d’expérimenter. 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article