Producteur emblématique, ingénieur du son respecté et musicien visionnaire, Philippe Cerboneschi, alias Philippe Zdar, demeure l’une des figures les plus influentes de la musique électronique française. Né le 28 janvier 1967 à Aix-les-Bains, il s’est imposé, loin des projecteurs, comme un artisan du son dont l’empreinte a façonné la French Touch. Issu d’une famille d’hôteliers, Philippe Cerboneschi suit d’abord un parcours éloigné du monde artistique. Entre 1985 et 1986, il effectue son service national au sein de la base opérationnelle mobile aéroportée de Toulouse-Francazal. Il y obtient le brevet militaire de parachutiste ainsi que celui d’auxiliaire sanitaire, une rigueur et une discipline qui marqueront durablement sa manière de travailler en studio.
Installé à Paris à la fin des années 1980, il intègre le studio Marcadet, où il apprend le métier d’ingénieur du son auprès de Dominique Blanc-Francard, figure majeure de la production musicale française. Cette rencontre est déterminante : Blanc-Francard lui présente son fils, Hubert Blanc-Francard, dit Boombass, avec qui Zdar formera l’un des duos les plus marquants de la scène électronique française.
Très tôt attiré par le hip-hop, Zdar réalise en 1990 l’instrumentation du titre Bouge de là de MC Solaar, alors au début de sa carrière. Il explore ensuite ce courant avec Boombass sous le nom La Funk Mob, signant en 1994 l’EP Tribulations Extra-sensorielles sur le label britannique Mo’ Wax. En parallèle, la découverte des raves et de la techno le conduit à fonder en 1992 le groupe Motorbass avec Étienne de Crécy. Leur album Pansoul, sorti en 1996, devient une référence et s’impose comme l’un des disques majeurs de la musique électronique française des années 1990.
La même année, Zdar et Boombass unissent définitivement leurs visions musicales sous le nom Cassius. Le succès est fulgurant : le single Cassius 99 propulse le duo sur la scène internationale, classé dans les top 10 britanniques et américains. L’album 1999 confirme leur statut et inscrit Cassius parmi les représentants phares de la French Touch, aux côtés de Daft Punk et Air, grâce à une fusion audacieuse de house, funk et hip-hop.
Au début des années 2000, Philippe Zdar rachète le studio de Dominique Blanc-Francard, situé rue des Martyrs à Paris, qu’il rebaptise Motorbass Studio. Entièrement rénové, le lieu devient un espace de création incontournable, accueillant des dizaines d’artistes français et internationaux. Producteur exigeant mais bienveillant, Zdar y développe une approche artisanale du son, centrée sur la sincérité et la musicalité. En reconnaissance de son apport à la culture française, il est nommé chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres en janvier 2005.
Le 19 juin 2019, Philippe Zdar trouve la mort à son domicile parisien de la rue Caulaincourt, après une chute accidentelle provoquée par la rupture du garde-corps d’une fenêtre. Sa disparition brutale suscite une vive émotion dans le monde musical. Il repose aujourd’hui au cimetière de Montmartre.
Au-delà de ses succès, Philippe Zdar laisse l’image d’un homme passionné, humble et profondément attaché à la transmission. Son héritage sonore continue d’influencer producteurs et musiciens, rappelant que la French Touch fut aussi l’œuvre de bâtisseurs de l’ombre, pour qui le studio était un instrument à part entière. Parmi les très nombreux projets auxquels Philippe Zdar a apporté sa signature sonore, sa discographie en tant que mixeur témoigne d’une ouverture musicale rare et d’une influence qui dépasse largement la scène électronique. Dès le début des années 1990, il participe à l’essor du hip-hop français avec Qui sème le vent récolte le tempo (1991) et Prose combat (1994) de MC Solaar, ainsi que Qu’est-ce qui fait marcher les sages ? (1995) des Sages Poètes de la rue, devenus des références du genre. Au tournant des années 2000, il accompagne l’émergence de la pop et de l’électro françaises à l’international avec Phoenix, dont il mixe plusieurs albums majeurs, de United (2000) à Wolfgang Amadeus Phoenix (2009), puis Bankrupt! (2013). Son savoir-faire séduit également des artistes internationaux comme Chromeo (Fancy Footwork, Business Casual), Cut Copy, Two Door Cinema Club, The Rapture, Beastie Boys ou encore Franz Ferdinand. Parallèlement, Zdar collabore avec des artistes à forte identité comme Sébastien Tellier, Lou Doillon, Kindness, Jackson and His Computer Band ou -M-, notamment sur Lamomali (2017) et Lettre infinie (2019). Jusqu’aux dernières années de sa vie, son exigence et sa sensibilité façonnent des albums devenus incontournables, confirmant son statut d’architecte sonore au service de styles et de générations multiples.