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Le 29 septembre 2004, un disque débarque dans les bacs avec un titre qui ressemble déjà à une provocation : 64 cases en moins. Derrière ce nom énigmatique, Section Fu veut faire tomber les barrières et imposer son univers sur l'échiquier du rap français. Dix-sept pistes, des flows affûtés, des productions sombres et un concept qui transforme le jeu d'échecs en métaphore du rap. Vingt-deux ans plus tard, le disque reste l'un des témoignages les plus singuliers de l'underground parisien du début des années 2000. 

Avant les « Fu », il y avait les Natifs du XVIIIe 

Pour comprendre 64 cases en moins, il faut remonter au milieu des années 1990. 

Section Fu est alors encore connue sous le nom de Natifs du XVIIIe. Le groupe naît autour de Voodoo et Rudy, deux lycéens de la Place de Clichy. Linko, originaire d'Aubervilliers, les rejoint ensuite, puis Dexter complète la formation. Le groupe évolue ainsi entre les 18e et 19e arrondissements de Paris et Aubervilliers. 

Le nom Section Fu apparaît en 1996. 

Et rapidement, les Fu développent une identité qui leur est propre : un rap technique, collectif, volontiers agressif, mais surtout nourri par une vraie culture hip-hop. 

Le premier signal fort arrive avec Mortal Kombat, un EP de six titres qui contribue à installer le groupe dans le paysage underground. 

Section Fu Mortal Kombat

Puis vient une période plus compliquée. 

Le premier album attendu, Fu Infanterie, sort en 2000 sous une forme qui tient davantage de la compilation liée à la formation satellite Octobre Rouge que du véritable album de Section Fu. Le groupe doit encore patienter avant de pouvoir véritablement poser son grand projet. 

Section Fu Fu Infanterie
Quatre ans d'attente pour sortir de l'ombre 

En 2004, les Fu reviennent donc avec une ambition claire. 

Avant l'album, ils publient un street album faisant office de passerelle entre leur passé et leur nouveau projet. On y retrouve des morceaux issus de Mortal Kombat, des inédits et plusieurs titres destinés à annoncer 64 cases en moins. 

Puis, le 29 septembre 2004, le véritable album arrive enfin. 

Et cette fois, les Fu ont préparé leur partie. 

64 cases, un échiquier et une armée de MC 

Le titre 64 cases en moins n'est évidemment pas choisi au hasard. 

L'échiquier possède 64 cases. 

Section Fu décide de les supprimer. 

La métaphore est parfaite pour un groupe qui entend bousculer les règles du jeu. 

Pas question de simplement entrer dans la compétition : les Fu veulent modifier le terrain sur lequel elle se joue. 

Le morceau « Échec » pousse directement cette logique. Le vocabulaire du jeu devient celui de la confrontation rapologique. 

Mais l'album ne repose pas uniquement sur son concept. 

Il repose surtout sur une succession de morceaux qui permettent au groupe de démontrer sa maîtrise technique. 

« Introspective » : entrer dans la tête des Fu 

L'album s'ouvre avec « Introspective », produit comme une véritable porte d'entrée dans leur univers. 

Puis arrive « Tu peux toujours… », avant « Même but », choisi comme l'un des morceaux phares du projet. 

Le clip de « Même but » figure d'ailleurs parmi les contenus associés à l'édition Enhanced CD. Le morceau accueille Apollo J. 

Cette présence d'invités n'est pas anecdotique. 

Sur 64 cases en moins, Section Fu ne fonctionne pas comme un groupe enfermé dans son propre microcosme. 

Le disque est connecté à toute une scène. 

Une véritable démonstration de force 

La tracklist ressemble à une déclaration de guerre : 

« La Puissance de Dieu », 
« Dexologue », 
« Échec », 
« Baptême de feu », 
« Faut s'élancer », 
« Crack », 
« Stress », 
« Psychose », 
« Tu marches avec qui », 
« Voués à nous-mêmes », 
« Dien Bien Fu », 
« L'Homme à abattre »… 

Difficile de faire plus explicite. 

Même les titres donnent l'impression d'assister à une succession d'épreuves. 

Et derrière les titres, le groupe aligne les invités : Nyré, Apollo J, Logan, Jahada, Grain d'Kaf, Fu Infanterie ou encore Relax apparaissent au fil du disque. 

Le résultat est un album collectif dans lequel Section Fu conserve pourtant une identité très forte. 

« V'la les Fu » : le morceau qui avait déjà marqué les esprits 

Et puis il y a « V'la les Fu ». 

Le morceau n'est pas véritablement une découverte pour ceux qui suivent le groupe depuis ses débuts. Il apparaît également sur Mortal Kombat et bénéficie ici d'une nouvelle place dans l'univers de 64 cases en moins. 

Il résume presque à lui seul l'état d'esprit du groupe. 

V'la les Fu. 

Pas besoin de présentation interminable. 

Ils sont là. 

Un album qui dure plus d'une heure 

Autre détail qui rappelle une époque aujourd'hui presque disparue : la quantité. 

La version CD compte 17 titres, pour une durée d'environ 1 h 09 selon MusicBrainz. L'édition comprend également une partie multimédia avec le clip de « Même but ». 

À l'époque, le CD permet encore aux artistes de construire des projets longs. 

Pas besoin de penser en termes de playlist. 

Pas besoin de supprimer un morceau parce qu'il dépasse trois minutes.

On prend le temps. 

On développe son univers. 

Et 64 cases en moins ressemble précisément à cela : un album conçu comme un bloc. 

L'underground parisien au début des années 2000 

Ce qui rend aujourd'hui le disque particulièrement intéressant, c'est aussi le contexte dans lequel il apparaît. 

En 2004, le rap français est déjà devenu un marché important. Mais parallèlement aux grosses productions et aux artistes installés, une multitude de groupes continuent de faire vivre une autre culture du rap. 

Plus brute. 

Plus locale. 

Plus artisanale. 

Section Fu appartient pleinement à cette génération. 

Le groupe vient du 18e arrondissement, du 19e et d'Aubervilliers, mais son univers dépasse largement ses frontières. 

Et c'est précisément ce qui fait le charme de 64 cases en moins aujourd'hui. 

Le disque n'a pas été pensé pour répondre aux standards du rap de 2026. 

Il appartient à une époque où un groupe pouvait construire sa réputation pendant plusieurs années, multiplier les apparitions, sortir un EP, disparaître quelque temps, revenir avec un street album puis enfin publier son album attendu. 

Une époque où l'attente faisait partie de l'histoire. 

« 64 cases en moins » : un album pour les connaisseurs 

Section Fu n'est pas arrivé de nulle part. 

Mortal Kombat avait posé les bases. 

Les années d'attente avaient construit l'attente. 

Le street album avait préparé le terrain.

Et le 29 septembre 2004, les Fu ont enfin posé toutes leurs pièces sur l'échiquier. 

Échec et mat ? 

Vingt-deux ans après sa sortie, 64 cases en moins raconte aussi une époque du rap français que l'on a parfois tendance à oublier. 

Celle des groupes. 

Celle des collectifs. 

Celle des crews qui pouvaient passer des années à travailler dans l'ombre avant de sortir un album. 

Celle où l'on pouvait acheter un CD sans forcément connaître tous les artistes présents dessus, simplement parce qu'un nom — Section Fu — suffisait à donner envie de tenter le voyage. 

Le 29 septembre 2004, les Fu avaient donc leur échiquier. 

Ils avaient leurs pièces. 

Ils avaient leurs règles. 

Et surtout, ils avaient quelque chose à prouver. 

64 cases sur un échiquier, c'est beaucoup. 

Mais pour Section Fu, il fallait justement en enlever 64 pour pouvoir jouer à leur manière. 

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