Avant les réseaux sociaux, avant le streaming, avant que le rap ne devienne une industrie milliardaire, il y avait des bureaux, des studios, des managers… et des paris. Parmi eux, celui de Sébastien Farran et Nicolas Nardone.
Il y a les noms que tout le monde connaît.
Et puis il y a ceux qui apparaissent dans les crédits, les contrats, les coulisses — ceux dont on découvre, des années plus tard, qu’ils étaient présents à plusieurs endroits décisifs de l’histoire.
Lickshot Entertainment appartient à cette deuxième catégorie.
Un nom presque discret.
Une histoire beaucoup moins discrète.
1990. Le rap français cherche encore sa place.
À l'époque, rien n'est gagné.
Le rap français existe, il bouillonne, il se structure. Mais personne ne sait encore jusqu'où il peut aller.
Les maisons de disques commencent à regarder cette culture avec intérêt. Les artistes cherchent des structures capables de transformer l'énergie des quartiers en véritables carrières.
C'est dans ce contexte que Sébastien Farran et Nicolas Nardone vont unir leurs forces.
Deux profils issus de l'industrie musicale.
Deux hommes qui vont comprendre une chose avant beaucoup d'autres :
le rap n'est plus simplement une musique.
C'est un écosystème.
Des artistes. Des producteurs. Des managers. Des radios. Des concerts. Des médias. Des maisons de disques.
Et surtout : des carrières à construire.
Lickshot : le nom qui circule dans les coulisses
Lickshot Entertainment ne fonctionne pas comme un simple label au sens classique du terme.
La structure évolue dans plusieurs dimensions de l'industrie : management, production, droits phonographiques et éditoriaux, conseil artistique et spectacles.
C'est précisément cette polyvalence qui va permettre à Lickshot de se retrouver au cœur d'une génération particulièrement explosive.
Et quand on regarde aujourd'hui les noms associés à cette histoire, le casting donne presque le vertige.
Et, à travers les projets de Farran et son entourage professionnel, toute une constellation d'artistes qui vont contribuer à faire entrer les musiques urbaines dans une nouvelle dimension.
Le coup de projecteur : L432
Puis arrive un objet devenu particulièrement intéressant pour les passionnés d'histoire du rap français.
Une compilation produite par Sébastien Farran chez Island en 1997.
Et là, la liste parle d'elle-même.
Aujourd'hui, certains de ces noms sont devenus des références incontournables.
En 1997, ils représentent surtout une scène en train de se construire.
L432 devient alors une sorte de photographie instantanée du rap français de l'époque.
Une photographie prise avant que tout explose.
Et si on avait oublié à quel point cette génération était radicale ?
C'est peut-être ce qui frappe le plus lorsqu'on replonge dans cette période.
Le rap français n'est pas encore formaté.
Les frontières sont floues.
Les identités sont multiples.
Le hardcore côtoie le jazz. Le reggae dialogue avec le hip-hop. Les artistes cherchent leur propre langage.
Et dans cet environnement, Lickshot apparaît comme une structure capable de passer d'un univers à l'autre.
Pas de formule unique.
Le rap peut côtoyer le reggae.
Le reggae peut croiser la chanson.
La chanson peut rencontrer le rock.
Et l'industrie, elle, commence à comprendre qu'il existe derrière tout cela un véritable marché culturel.
Farran, l'homme derrière les trajectoires
Le nom de Sébastien Farran va progressivement dépasser le seul cadre du rap.
Son parcours va croiser celui de NTM, Raggasonic, JoeyStarr, Tété, Cocoon, Étienne de Crécy, Izia…
Puis celui d'un monument de la chanson française :
En 2012, Farran devient le manager de Johnny Hallyday.
Et soudain, lorsqu'on regarde son parcours dans son ensemble, une autre lecture apparaît.
Le fil conducteur n'est peut-être pas un genre musical.
Quel que soit son univers.
Quel que soit son public.
Nicolas Nardone, l'autre moitié de l'équation
On parle beaucoup de Farran.
Peut-être trop peu de Nicolas Nardone.
Pourtant, son parcours raconte lui aussi une partie de la transformation de l'industrie musicale française.
Avant et autour de Lickshot, Nardone évolue dans plusieurs grandes maisons et structures de l'industrie.
Il travaille notamment dans des environnements liés à Epic, Def Jam, Island/Remark, avant de poursuivre son parcours à la direction du label S.M.A.L.L. chez Sony Music.
Son profil complète celui de Farran.
L'un comme l'autre évoluent à l'intersection de la musique et du business.
Et c'est probablement là que se trouve la véritable particularité de Lickshot.
Puis le paysage change.
Les années passent.
Le rap français devient une industrie.
Les majors investissent massivement.
Les artistes deviennent des marques.
Internet bouleverse la distribution.
Puis arrivent YouTube, le streaming, les réseaux sociaux.
Le métier change complètement.
Mais avant tout cela, il fallait construire les fondations.
Et des structures comme Lickshot ont participé à cette période où les règles n'étaient pas encore écrites.
Ce que raconte vraiment Lickshot
L'histoire de Lickshot n'est donc pas simplement celle d'un label.
C'est celle d'une époque.
Une époque où un manager pouvait encore être producteur, conseiller, négociateur, programmateur, stratège et parfois même médiateur entre l'artiste et l'industrie.
Une époque où une compilation pouvait contribuer à faire découvrir une génération entière.
Une époque où le rap français cherchait encore son modèle.
Et surtout, une époque où personne ne pouvait vraiment savoir que certains des artistes croisés dans ces studios et ces bureaux allaient devenir des références.
Le plus fascinant ?
C'est qu'en 1997, personne ne pouvait regarder la tracklist de L432 et savoir ce qu'elle deviendrait vingt ou trente ans plus tard.
Aujourd'hui, on connaît la suite.
Des noms qui appartiennent désormais à la mémoire collective du hip-hop français.
Et derrière eux, dans les coulisses, apparaît un nom moins célèbre mais particulièrement révélateur d'une époque :
Une structure née au moment où le rap français passait progressivement de la marge à l'industrie.
Une histoire associée à Sébastien Farran et Nicolas Nardone.
Et une trace supplémentaire d'une vérité que l'histoire de la musique oublie parfois :
les révolutions culturelles ne sont pas seulement faites par ceux qui sont sur scène.
Elles sont aussi faites par ceux qui, dans l'ombre, prennent le risque de miser sur eux.
Lickshot Entertainment : le nom était peut-être dans les coulisses. Mais les artistes, eux, sont entrés dans l'histoire.