Ce 30 août, Aketo souffle une nouvelle bougie. Pour beaucoup, son nom reste indissociable de celui de Sniper, l’un des groupes qui ont marqué au fer rouge le rap français des années 2000. Mais derrière le membre de ce trio mythique se cache un rappeur à l’histoire beaucoup plus riche : un enfant du Val-d’Oise passé par le graffiti, les MJC, les collectifs de quartier, les mixtapes, les grandes scènes et une carrière solo parfois semée d’embûches.b
Aujourd’hui encore, prononcer le nom d’Aketo suffit à faire remonter une époque.
Une époque où les compilations circulaient de main en main, où les freestyles se gravaient sur des CD, où les rappeurs se faisaient connaître dans les MJC et où un groupe pouvait devenir incontournable sans passer par TikTok ou les réseaux sociaux.
Retour sur l’histoire d’un rappeur qui a traversé plusieurs générations du hip-hop français.
Avant les disques d’or, les grandes salles et les classiques de Sniper, il y a un gamin fasciné par la culture hip-hop.
Ryad Selmi, plus connu sous le nom d’Aketo, découvre le graffiti dès la fin des années 1980, avant de commencer à écrire ses premiers textes au début des années 1990. Mais pour comprendre comment cette passion va prendre forme, il faut aussi regarder du côté de Saint-Denis, où vit son cousin Kast.
C’est notamment à travers cet environnement et ces premières connexions avec la culture hip-hop que l’univers du graff, du rap et de la rue va progressivement prendre une place centrale dans sa vie.
À cette époque, le hip-hop ne se consomme pas encore derrière un écran. Il se vit.
Le graff.
Le rap.
Les DJ.
La danse.
Les MJC.
Les rencontres.
Et surtout cette envie de créer quelque chose avec presque rien.
Aketo fréquente notamment la MJC de Saint-Denis et évolue dans différents collectifs du Val-d’Oise et de la région parisienne. Il appartient également au crew de graffeurs 357, sous le nom d’Aket.
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Le graffiti constitue alors bien plus qu'un simple passe-temps : c'est une porte d'entrée vers une culture qui va rapidement devenir son quotidien. Les murs, les rencontres et les premiers textes forment peu à peu les bases de ce qui deviendra quelques années plus tard l'aventure Sniper.
À cette époque, évidemment, personne ne sait encore que ce jeune passionné va participer à l’écriture de l’une des plus belles pages du rap français des années 2000.
Mais les premières lignes sont déjà en train de s’écrire.
Pour comprendre Aketo, il faut évidemment parler de Sniper.
Le groupe apparaît en 1997 autour d’Aketo, Tunisiano, Blacko et DJ Boudj. Les futurs membres de Sniper évoluent alors dans l’univers du collectif Comité, à Deuil-la-Barre.
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Le groupe se construit progressivement.
Les premières apparitions se font sur des compilations et des mixtapes.
Pas de campagne marketing gigantesque.
Pas de stratégie numérique.
Le bouche-à-oreille fait le travail.
Les morceaux circulent.
Les noms commencent à revenir.
Et puis vient la scène.
Le passage aux Francofolies de La Rochelle durant l’été 1997 joue un rôle important dans la naissance de Sniper. Aketo a raconté que c’est à cette période que les trois rappeurs décident véritablement de faire le groupe.
Le nom Sniper va bientôt devenir incontournable.
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Après les premières apparitions sur les compilations, Sniper signe avec le label Desh Musique avant de conclure un accord avec East West/Warner.
Le premier album arrive en 2001.
Et le rap français ne sera plus tout à fait le même.
L'album impose un groupe capable de mélanger les ambiances, les flows et les personnalités.
Aketo et Tunisiano développent une approche rap très complémentaire tandis que Blacko apporte sa couleur reggae/ragga.
Cette combinaison devient rapidement l'une des grandes forces du groupe.
Et puis il y a les morceaux.
« La France », notamment, devient l'un des titres emblématiques de cette période.
Sniper ne se contente plus d'être un groupe apprécié des amateurs de rap.
Il devient un phénomène.
Pour beaucoup de passionnés, c'est encore aujourd'hui le disque qui symbolise le mieux l'âge d'or commercial du groupe.
L'album connaît un énorme succès et installe définitivement Sniper parmi les poids lourds du rap français. Les sources consacrées au groupe évoquent plusieurs centaines de milliers d'exemplaires vendus.
« Gravé dans la roche ».
« Sans (re)pères ».
« Panam all starz ».
« Visions chaotiques ».
Et surtout cette capacité à passer d'un morceau introspectif à un titre beaucoup plus frontal.
Sniper est partout.
Dans les lecteurs CD.
Dans les voitures.
Dans les chambres des adolescents.
Dans les compilations.
À la radio.
Sur scène.
Et pour toute une génération, Aketo devient une voix familière.
En 2006, Sniper revient avec Trait pour trait.
Le groupe poursuit son chemin, mais l'histoire commence à se fissurer.
Un an plus tard, Blacko quitte Sniper.
Le trio devient duo.
Aketo et Tunisiano continuent malgré tout l'aventure.
Mais quelque chose a changé.
Et le public le ressent.
La machine Sniper n'est plus exactement la même.
Pour Aketo, cette période va également devenir le début d'une nouvelle aventure.
Une aventure beaucoup plus personnelle.
En 2007, Aketo sort Cracheur 2 Venin.
Cette fois, il n'est plus simplement « Aketo de Sniper ».
Il doit exister sous son propre nom.
Et ce n'est pas forcément évident.
Le projet accueille notamment plusieurs figures importantes du rap français, parmi lesquelles Alkpote, Soprano, Salif, Seth Gueko, Sefyu et Six Coups MC.
Le principe est simple :
Aketo veut se confronter aux autres.
Se mettre en danger.
Prouver qu'il peut tenir seul.
C'est une démarche révélatrice.
Il ne cherche pas simplement à reproduire Sniper.
Il veut savoir ce qu'il vaut sans le groupe derrière lui.
La période qui suit n'est pas forcément la plus simple.
Aketo prépare un projet solo, mais les difficultés s'accumulent.
Le départ de Blacko l'affecte.
Le groupe est en pause.
Le projet solo prend du retard.
Et certaines complications liées à son environnement professionnel vont finalement empêcher la sortie de l'album qu'il préparait à cette époque.
C'est probablement l'une des parties les moins connues de son histoire dans laquelle, il devait apprendre à avancer seul. .
Parce que derrière les succès de Sniper, il y a aussi un rappeur qui doit se reconstruire.
Et surtout apprendre à porter son propre nom.
Puis, surprise.
En 2010, Aketo et Tunisiano annoncent le retour de Sniper.
Le public répond présent.
Après plusieurs années de séparation, le groupe revient avec À toute épreuve, sorti en 2011.
Une nouvelle période commence.
Le groupe n'est plus exactement celui des années 2000.
Mais le nom Sniper conserve une puissance incroyable.
La preuve : les concerts continuent d'attirer un public fidèle.
Des anciens.
Mais aussi une nouvelle génération.
Pendant que Sniper poursuit son histoire, Aketo continue de travailler sur sa carrière personnelle.
Son premier véritable projet solo prend progressivement forme.
Le titre résume presque parfaitement son parcours :
Le projet devait initialement voir le jour dans les années qui suivent, avec notamment le morceau « Accoutumance ».
Mais là encore, le chemin est loin d'être simple.
Aketo veut raconter autre chose.
Plus personnel.
Plus intime.
Moins dépendant de l'identité Sniper.
Et surtout, il veut montrer qu'il existe aussi en dehors du groupe.
Aketo a également construit une partie importante de sa carrière solo à travers une série de formats courts, qui lui permettent d’expérimenter sans forcément s’inscrire dans le cadre d’un album classique. Tout commence en 2014 avec Petits meurtres entre amis, projet de DJ Weedim réunissant Aketo et Sidi Sid, avant que le rappeur ne lance véritablement sa série d’EP avec Confiserie en 2020, cinq titres produits notamment par Madizm. En 2021, M. Bourbier confirme cette envie de revenir à un rap brut et direct, avec sept morceaux et des productions signées Madizm et Flem. Puis Aketo élargit son terrain de jeu : après Zone bleue, son deuxième album paru en 2022, il revient avec Spiritic en juin 2024, un EP de huit titres entièrement composé par Unfamouslouie, aux ambiances nocturnes et élégantes. Enfin, Khalota, sorti en 2026, marque une nouvelle étape : Aketo y assume pleinement son statut de vétéran tout en regardant vers l'avenir, entre introspection, maturité, sonorités actuelles et collaborations avec Alonzo, L’uZine, Tunisiano, Di-Meh ou Hash 24.
Aketo appartient à une génération extrêmement particulière.
Celle qui se trouve à la frontière entre deux mondes.
Les années 1990 et leurs mixtapes.
Les années 2000 et l'explosion commerciale du rap.
Puis Internet.
Puis les réseaux sociaux.
Puis le streaming.
Puis TikTok.
En quelques années, l'industrie musicale a été totalement bouleversée.
Mais certains artistes restent associés à une époque.
Aketo fait partie de ceux-là.
Lorsque son nom apparaît, beaucoup pensent immédiatement aux CD gravés, aux compilations, aux émissions de Skyrock, aux freestyles, aux clips diffusés à la télévision et aux posters accrochés dans les chambres.
Aketo, c'est aussi une capsule temporelle.
Alors aujourd'hui, 30 août, Aketo fête son anniversaire. Et forcément, pour ceux qui ont grandi avec le rap français des années 1990 et 2000, cette date est l'occasion de ressortir les classiques.
De remettre Du rire aux larmes.
De relancer Gravé dans la roche.
De revoir les anciens clips.
De ressortir les vieux CD.
Et de constater une chose :
certains morceaux vieillissent, mais certains souvenirs ne vieillissent jamais.
Aketo appartient à cette catégorie d'artistes. Ceux dont on peut oublier temporairement le dernier projet. Mais dont il suffit de prononcer le nom pour que toute une époque remonte à la surface. Une époque où le rap français était encore en pleine construction. Une époque où Sniper pouvait débarquer avec trois personnalités radicalement différentes et imposer son style à toute une génération. Une époque où le public découvrait les artistes par le bouche-à-oreille, les radios, les compilations et les CD.
Et surtout une époque où Aketo, Tunisiano et Blacko formaient l'un des trios les plus marquants du rap français.
Aujourd'hui, Aketo n'est plus simplement « le rappeur de Sniper ». Il est devenu une partie de l'histoire.
Et pour tous ceux qui ont grandi avec cette musique, son anniversaire est surtout une bonne excuse pour appuyer une nouvelle fois sur « play ».
Bon anniversaire Aketo.
Et merci pour les souvenirs.