Lorsque l’on évoque les fondations du rap français, un nom s’impose avec force et constance : Assassin. Formé en 1985, au moment où le hip-hop hexagonal balbutie encore, le groupe va très tôt se distinguer par une radicalité artistique, politique et économique qui marquera durablement l’histoire du genre.
À l’origine d’Assassin, il y a Rockin’ Squat, graffeur reconnu de la scène parisienne, déjà actif au sein de plusieurs posse emblématiques comme D.R.C (Da Red Chiffon) — aux côtés de Kool Shen et JoeyStarr — ou encore C.T.K (Crime Time Kingz), creuset du graffiti et du hip-hop underground. À ses côtés, Solo, figure majeure du breakdance français et membre des Paris City Breakers, popularisés dès 1984 par l’émission culte H.I.P. H.O.P. présentée par Sidney sur TF1. C’est après un séjour à New York, facilité par les revenus de cette émission et une rencontre décisive avec Vincent Cassel, que l’idée d’un projet musical commun prend forme.
Rapidement rejoints par DJ Clyde, puis par le producteur et architecte sonore Doctor L, Rockin’ Squat et Solo fondent Assassin dans un contexte où le rap français n’existe quasiment pas médiatiquement. Le groupe se forge alors une réputation sur scène, notamment au Palace en 1987, et lors des soirées Chez Roger Boîte Funk au Globo, véritables incubateurs de la scène rap parisienne naissante.
Le tournant intervient à la fin des années 1980. En 1989, Assassin participe au festival Rap à Paris à l’Élysée-Montmartre, tandis que DJ Clyde se fait remarquer lors d’un championnat de DJ. En 1990, le groupe apparaît sur Rapattitude, première compilation de rap français, avec le titre La Formule secrète. L’année suivante sort le maxi Note mon nom sur ta liste !, prélude à une carrière discographique hors normes.
Face au refus des majors et à la frilosité des médias, Assassin fait un choix radical : l’indépendance totale. En créant Assassin Productions, le groupe fonde le premier label de rap indépendant en France, posant les bases d’un modèle économique alternatif. En 1992 et 1993 paraissent les deux volumes de Le futur que nous réserve-t-il ?, albums au discours frontal, dénonçant le système commercial, les inégalités sociales, le racisme ou encore la manipulation médiatique. Malgré leur mise à l’écart des grandes antennes, les disques sont certifiés or, confirmant l’existence d’un public en quête de rap conscient et sans compromis.
La première moitié des années 1990 marque l’apogée créative du groupe. Après les EP Non à cette éducation et diverses collaborations cinématographiques avec Mathieu Kassovitz (Métisse, État des lieux), Assassin publie en 1995 L’Homicide volontaire, double disque d’or, enregistré et mixé à Los Angeles. Porté par des titres devenus cultes — Shoota Babylone, L’État assassine, L’Odyssée suit son cours — l’album illustre l’ouverture musicale du groupe, entre soul, funk, ragga et hip-hop américain. Peu après, Solo puis Doctor L quittent le projet, marquant la fin d’une première ère.
Dès la fin des années 1990, Assassin se recentre autour de Rockin’ Squat, qui poursuit l’aventure avec de nouvelles collaborations internationales. Le maxi Wake Up! (avec Wise Intelligent) annonce le retour discographique, tandis qu’une série de vinyles prépare le terrain du troisième album. En 2000 sort Touche d’Espoir, double disque d’or, riche de featurings prestigieux (R.A. The Rugged Man, Supernatural) et de productions signées DJ Mehdi, Wax ou Dawan. L’album incarne une synthèse mature du discours Assassin : lucide, engagé, mais résolument tourné vers l’unité et l’émancipation.
Les années suivantes sont marquées par les tournées, un album live enregistré à l’Olympia, plusieurs compilations (Illegal Mixtape, Perles rares, Académie mythique) et la fin d’Assassin Productions en 2004. Rockin’ Squat fonde alors Livin’ Astro, rééditant le catalogue du groupe et lançant sa carrière solo avec la série Confessions d’un enfant du siècle.
Assassin remonte régulièrement sur scène à partir de 2009, notamment lors de tournées consacrées à l’âge d’or du rap français, et continue de défendre un hip-hop militant, fidèle à ses valeurs originelles. Plus qu’un simple groupe, Assassin demeure une figure de résistance culturelle, symbole d’un rap libre, conscient et indépendant, qui a ouvert la voie à plusieurs générations d’artistes.
Quarante ans après sa formation, Assassin n’a jamais cessé de poser la même question, toujours brûlante d’actualité : quel futur nous réserve-t-il ?