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Dans une entrevue poignante et pleine de nostalgie, John Gali revient chez Grice TV sur son parcours, des ruelles de Vitry-sur-Seine jusqu’aux platines, en explorant les méandres du rap français à travers le prisme de son vécu, de ses proches et de ses rencontres. 

Origines : un banlieusard de Vitry-sur-Seine bercé au hip-hop 

John Gali, de son vrai nom, a grandi à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), une ville de la petite couronne parisienne connue pour son implication précoce dans la culture hip-hop en Île-de-France. Très jeune, il s’immerge dans les fondamentaux du mouvement — graffiti, danse, rap — et s’imprègne de l’énergie « de rue » et de fraternité propre aux quartiers populaires. 

C’est dans ce contexte que la vocation de rappeur naît, portée par un besoin d’expression, d’appartenance, et l’envie de traduire son vécu en musique. 

De l’ombre à la lumière : entre Mafia Underground et studio 

Très tôt, John Gali intègre le collectif Mafia Underground, un crew fondé autour d’artistes et de passionnés du hip-hop de Vitry et des environs, parmi lesquels figuraient Sulee B Wax — producteur et figure centrale de l’underground français. Ce collectif représente plus qu’un simple groupe de rap — c’est un incubateur de talents, un réseau de solidarité, un espace d’expérimentation culturelle et artistique, loin des projecteurs médiatiques. 

John Gali y fait ses armes : d’abord comme « back-hip hop » (choriste, soutien sur scène ou en studio), puis, grâce à sa voix grave, son débit, et son sens du flow, il finit par se démarquer et s’impose comme un MC à part entière. Il participe à des projets collectifs, des compilations, des singles, collaborant avec des artistes comme Sté Strausz, David Bordey, Noxious… 

Mais l’histoire de la Mafia Underground — comme le rappelle Sulee B Wax — est aussi celle de grandes ambitions souvent freinées, malgré un réel talent et un engagement sans faille. 

Le tournant : un album solo et le label Funky Maestro Entertainment 

Quand le collectif stagne, John Gali et certains de ses alliés cherchent une nouvelle direction. Il finit par se lier avec DJ Poska — DJ reconnu de la scène hip-hop — pour rejoindre le label Funky Maestro EntertainmentFunky Maestro, créé en 1997, a pour ambition de structurer un rap plus “conscient” ou au moins plus fidèle à l’esprit hip-hop classique, en accordant autant d’importance aux lyrics qu’aux productions. 

John Gali devient l’une des premières signatures du label. En 2006 sort son premier album solo, Le Jour G — un disque mûri, réfléchi, loin des clichés “rap de rue à gogo”. L’album mêle introspection, thèmes sociaux et morceaux plus festifs/dansants : on y trouve des morceaux comme « Hot Gal », « 1000 Hip Hop », « Dans la peau d’un bonhomme » — chacun révélant une facette du MC : ses combats, ses contradictions, ses rêves, mais aussi sa sensibilité. « Lettre à France », l’un des titres, illustre particulièrement ce mélange d’intime et de revendication — un jeune de banlieue livrant ses réflexions, ses blessures, son regard sur la vie. 

Témoignage, mémoire et fidélité au hip-hop 

L’un des aspects les plus forts du récit de John Gali — comme on peut l’imaginer à la lumière de son parcours — est son attachement viscéral à l’esprit originel du hip-hop : solidarité, respect des racines, authenticité, culture, et art du verbe. Dans un paysage musical qui s’est souvent commercialisé, il incarne la résistance d’une tradition, celle d’un “rap de rue” conscient et respectueux de ses racines. 

Son destin — du graff à la danse, des compils underground au studio, du collectif à l’album solo — raconte aussi l’histoire de toute une génération de rappeurs français issus de la banlieue : jeunes, souvent issus de l’immigration, avec peu de ressources, mais beaucoup de volonté et d’espoir. 
Même si le succès n’a pas toujours été à la hauteur du talent — comme le regrettait un membre de Funky Maestro, évoquant les limites structurelles du label. 

Pourquoi ce type de récit compte pour le rap français aujourd’hui 

  • Transmission d’une mémoire : raconter des parcours comme celui de John Gali, c’est préserver l’histoire du rap français underground, rappeler d’où viennent certaines sonorités, certains codes, certaines valeurs — trop souvent effacés par la superficialité et la surmédiatisation. 
  • Inspiration pour les nouvelles générations : des rappeurs ou beatmakers actuels peuvent s’y reconnaître : parcours difficile, envie d’authenticité, collectif d’origine, volonté de percer sans se trahir. L’histoire de John Gali montre que le rap, ce n’est pas qu’un business ou un effet de mode, mais un mouvement culturel, social, parfois vital. 
  • Un pont entre époques : alors que le rap français a beaucoup changé — production, marketing, influence des flows américains — le témoignage de figures comme John Gali ou Sulee B Wax rappelle l’importance des racines, du “fond” sur la forme. 
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