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Il y a des artistes qui remplissent des Zéniths, et d’autres qui remplissent les mémoires. Dontcha Flex, de son vrai nom André Haubursin, appartient à la seconde catégorie. Discret médiatiquement, mais respecté des initiés, le rappeur et producteur congolais, né le 29 décembre 1974 à Zobia (Zaïre, actuelle RDC) et décédé le 21 mai 2024 à Paris 11e, laisse derrière lui une œuvre marquée par l’indépendance, l’improvisation et une signature vocale immédiatement reconnaissable. 

Des rives du Zaïre aux studios d’Aubervilliers 

Arrivé en Europe dans son adolescence, d’abord en Belgique puis en France à Aubervilliers, Dontcha plonge très tôt dans le mouvement hip-hop du début des années 1990. Danse, rap, esprit de crew : il fait ses armes au sein des Black Panthers, avant d’affirmer progressivement son identité de MC. 

En 1996, encore installé en Belgique, il lance en totale indépendance la série de mixtapes Dontcha Flex. Le premier volume, sorti sur cassette, met en lumière la scène locale et notamment Les Bâtards du Trez. Mais c’est à partir des volumes 3 et 4 que la série gagne en ampleur. Dontcha devient un connecteur entre la Belgique et la région parisienne, un passeur entre générations. 

Dontcha mixtape DontchaFlex volume 1
Dontcha mixtape DontchaFlex volume 2
Dontcha mixtape DontchaFlex volume 3
Mixtape en écoute (clique sur la cover)
Dontcha mixtape DontchaFlex volume 4
Mixtape en écoute (clique sur la cover)

Sur ces cassettes devenues cultes apparaissent des noms déjà établis comme Zoxea, Dany Dan ou JoeyStarr, mais aussi de jeunes talents qui constitueront plus tard l’écurie B.O.S.S. Dontcha, lui, s’impose comme un MC à part : technique, imprévisible, doté d’un timbre éraillé qui accroche l’oreille. 

“Les Bords du fleuve”, entre rue et mémoire 

En 1999, il fonde le groupe Perestroïka avec deux jeunes rappeurs d’Aubervilliers, futurs piliers de Tandem : Mac Tyer et Mac Kregor. La même année, il sort son premier album, Les Bords du fleuve (Globe Music). 

Dontcha album Les Bords Du Fleuve
Album en écoute (clique sur la cover)

Le disque, malgré un accueil critique respectueux, est un échec commercial. Pourtant, le titre éponyme, hommage à son enfance au bord du fleuve Congo, révèle une plume plus introspective qu’on ne l’imaginait. Dontcha ne se limite pas à l’égotrip : il sait évoquer les racines, la mémoire, la transmission. 

L’art du clash et de l’impro 

Sa maîtrise de l’improvisation entre dans la légende lors d’un clash resté célèbre face à Zoxea dans l’émission Couvre-feu sur Générations. L’échange, d’une intensité rare, est souvent cité parmi les moments forts de l’histoire du rap français. Dontcha y démontre un sens de la répartie et une créativité verbale qui confirment son statut d’outsider redoutable. 

Mutation hardcore : l’ère État Brut 

Après une période de retrait consécutive à la rupture de son contrat, Dontcha revient au milieu des années 2000 avec une énergie nouvelle. En 2005, le maxi La rue c’est bang bang annonce la couleur : flow ralenti, voix plus lourde, rimes ciselées et refrains percutants. 

En 2006, il sort en indépendant l’album État Brut (Pat Wilson Music). Le projet, porté par des titres comme Reste Trankil, s’écoule à 10 000 exemplaires – un score solide pour un street CD. On y retrouve des collaborations avec Lino, Sinik ou encore Diam's, mais ce sont ses morceaux en solo qui marquent le plus. 

Dontcha État Brut
Album en écoute (clique sur la cover)

 

En 2009, État Brut 2 (Wagram Music) prolonge cette esthétique rugueuse et lucide. Dontcha y règle ses comptes avec l’industrie, fidèle à son indépendance viscérale. Puis le silence. Une ultime apparition sur un morceau de Sinik en 2011, et l’ombre reprend ses droits. 

Dontcha État Brut 2
Une voix, un héritage 

Diagnostiqué d’un cancer en 2005, dont il était entré en rémission, Dontcha décède le 21 mai 2024 à Paris des suites de complications pulmonaires. 

Dontcha n’a peut-être jamais “percé” au sens commercial du terme, mais il a marqué deux époques du rap français : celle des cassettes et des clashs radiophoniques, puis celle des street albums indépendants. Son style – à la fois technique, violent et raffiné – a ouvert une voie singulière, entre introspection africaine et réalisme d’Aubervilliers. 

Dans Rap criminel, il lançait : 

Si la mort m’emporte en douce dans sa pirogue, ma voix restera immortelle dans tous les iPods

La formule sonne aujourd’hui comme une prophétie. Dontcha Flex n’était pas une star. Il était une empreinte. 

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