Dans le rap français, certaines trajectoires brillent par leur visibilité, d’autres par leur endurance. Nessbeal appartient sans conteste à la seconde catégorie. Figure respectée, parfois insaisissable, toujours sincère, le rappeur originaire de Boulogne-Billancourt s’est imposé au fil des années comme un artisan exigeant, fidèle à une écriture introspective et à une vision presque solitaire du hip-hop.
Né le 16 août 1978, Nabil Selhy grandit entre les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne, plus précisément dans la cité des Hautes Noues à Villiers-sur-Marne. Un territoire qu’il n’aura de cesse de revendiquer, clamant son attachement au « 9-4 » dans ses textes comme dans ses prises de parole. Cette géographie intime façonne très tôt son rap : une musique de bitume, habitée par la mélancolie, l’observation sociale et une lucidité parfois désabusée.
Au milieu des années 1990, Nessbeal fait ses premières armes au sein du groupe Dicidens, aux côtés de Koryas et Zesau. Le trio s’inscrit dans l’underground d’une époque bouillonnante, sort plusieurs maxis et publie en 2004 l’album HLM rezidants, écoulé à près de 10 000 exemplaires. Une reconnaissance encore modeste, mais suffisante pour attirer l’attention du collectif 92I, alors en pleine structuration autour de Booba et Lunatic. Nessbeal participe ainsi aux deux premiers albums solo de Booba, s’inscrivant brièvement dans l’une des dynamiques les plus influentes du rap français des années 2000.
Mais l’histoire n’est pas celle d’une ascension linéaire. Estimant ne pas trouver sa place, Nessbeal quitte le 92I et choisit une voie plus personnelle. En 2006, il publie La Mélodie des briques, son premier album solo. Le disque, classé 24e des ventes en France, pose les bases de son identité artistique : une écriture dense, souvent sombre, portée par une voix grave et un sens aigu de la formule.
Deux ans plus tard, Rois sans couronne confirme cette direction et dépasse les 20 000 ventes, installant Nessbeal comme un rappeur crédible, respecté, mais volontairement en marge des projecteurs.
C’est avec NE2S en 2010 que l’artiste atteint son plus large public.
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Porté par des titres comme À chaque jour suffit sa peine ou Ma grosse en featuring avec Orelsan, l’album se classe 13e du Top 200 et s’écoule à près de 30 000 exemplaires.
Sans jamais céder aux tendances, Nessbeal touche juste : ses textes parlent du temps qui passe, des doutes, des blessures invisibles. Une parole adulte, rare dans un rap alors dominé par la surenchère et la posture.
L’année suivante, Sélection naturelle prolonge cette introspection. Moins exposé, l’album marque aussi une rupture.
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En décembre 2011, Nessbeal annonce vouloir arrêter le rap. Une déclaration qui sonne comme un retrait volontaire, presque logique pour un artiste qui n’a jamais cherché la lumière à tout prix.
Son absence se prolonge plusieurs années, ponctuée de collaborations discrètes et d’un retour avorté au milieu des années 2010. Il faudra attendre 2019 pour le voir apparaître dans un autre registre, celui du cinéma, avec le film Paradise Beach.
Puis, en 2022, Nessbeal signe un retour aussi inattendu que maîtrisé avec Zonard des étoiles. Dix ans après son dernier album, le rappeur n’a rien perdu de sa plume. Entouré d’artistes de générations différentes – Orelsan, PLK, Zkr, Landy & Zed – il livre un disque salué pour sa cohérence et sa sincérité.
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Depuis, Nessbeal poursuit sur ce rythme mesuré avec les EP Lumières Nocturnes (2023) et Lumières Nocturnes 2, suivis de Black Summer en 2024. Des projets courts, nocturnes, où l’artiste affine encore son univers, entre errance urbaine et éclats de lucidité.
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À l’heure où le rap français se consomme souvent à grande vitesse, Nessbeal incarne une autre temporalité. Celle d’un artiste qui avance sans compromis, préférant la profondeur à l’urgence, et laissant derrière lui une discographie marquée par la constance et la pudeur. Un zonard peut-être, mais définitivement une étoile singulière du rap hexagonal.