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Sur la pelouse, ils enchaînent les passes décisives. Dans les vestiaires, une autre bande-son s'impose : le rap français. Des plus grands stades d'Europe aux centres d'entraînement de Ligue 1, une chose est devenue évidente : le football et le rap ne vivent plus côte à côte, ils avancent ensemble. 

Longtemps associé aux quartiers populaires, le rap est aujourd'hui la bande originale du football moderne. Avant un match, pendant les séances de musculation, dans les stories Instagram ou lors des célébrations de titres, les mêmes artistes reviennent inlassablement : Jul, Ninho, Gazo, SDM, Tiakola, SCH, Kaaris ou Booba

Une histoire de racines communes 

Le lien n'a rien d'un hasard. 

Le football et le rap sont deux des plus puissants ascenseurs sociaux de ces trente dernières années. Beaucoup de joueurs professionnels et de rappeurs ont grandi dans les mêmes quartiers, fréquenté les mêmes terrains de football et partagé les mêmes références culturelles. 

Là où certains rêvaient du Stade de France, d'autres rêvaient des plus grandes scènes. Les parcours diffèrent, mais les valeurs souvent évoquées restent proches : travail, réussite, loyauté, famille et dépassement de soi. 

Bien avant TikTok, le football et le rap écrivaient déjà leur histoire

L'idée selon laquelle les footballeurs et les rappeurs seraient devenus proches avec l'explosion des réseaux sociaux est trompeuse. En réalité, cette relation remonte à plus de vingt ans. 

L'une des amitiés les plus médiatisées est celle entre Rohff et Mario Balotelli. À l'époque où l'attaquant italien évoluait notamment à Manchester City puis à l'AC Milan, les deux hommes étaient régulièrement aperçus ensemble. Balotelli affichait volontiers son admiration pour le rappeur du Val-de-Marne, tandis que Rohff partageait de nombreuses photos à ses côtés. Leur complicité symbolisait parfaitement le rapprochement entre les deux univers. 

Autre duo emblématique : Karim Benzema et Booba. Les deux hommes entretiennent une relation de longue date, faite de soutien mutuel et d'apparitions publiques. Le rappeur n'a jamais caché son admiration pour l'ancien attaquant de l'Olympique lyonnais, du Real Madrid puis de l'équipe de France, tandis que Benzema a régulièrement affiché son attachement à la musique de Booba. Leur proximité est devenue l'un des symboles de la passerelle entre les stars du ballon rond et celles du rap français. 

Avant eux, Samir Nasri avait déjà noué des liens avec Sefyu. Le milieu de terrain de l'Olympique de Marseille puis d'Arsenal apparaît même aux côtés du rappeur dans l'univers de ses clips et de sa communication, tout comme Mamadou Niang. À l'époque, Sefyu, lui-même ancien stagiaire d'Arsenal, incarnait déjà cette fusion entre football et rap. 

Marseille, capitale de cette fusion 

S'il existe une ville où le football et le rap avancent main dans la main, c'est bien Marseille. 

L'ancien président de l'Olympique de Marseille, Pape Diouf, avait parfaitement compris l'importance culturelle du rap dans la cité phocéenne. En 2007, il ouvre exceptionnellement les portes du Stade Vélodrome à Soprano afin qu'il puisse y tourner le clip de "Halla Halla". Une scène devenue culte, dans laquelle apparaissent également plusieurs figures du club marseillais, illustrant le lien étroit entre l'OM et la scène rap locale. 

Quelques années plus tôt déjà, un autre événement avait marqué les esprits : le featuring improbable entre Bernard Tapie et Doc Gynéco sur le morceau "C'est beau la vie", sorti en 1998. Voir l'ancien président emblématique de l'OM partager un micro avec l'une des plus grandes figures du rap français témoignait déjà de la proximité entre ces deux mondes, à une époque où ce type de collaboration était encore exceptionnel. 

Au fond, le football et le rap français racontent la même histoire : celle d'une jeunesse qui rêve de réussir, d'une culture populaire qui dépasse les terrains comme les studios, et d'une influence qui, depuis plus de deux décennies, façonne autant les vestiaires que les playlists des supporters. 

Des playlists qui ne laissent aucune place au hasard 

Les vestiaires sont devenus de véritables salles de concert. 

Au sein de nombreuses équipes, un joueur est chargé de choisir la musique avant le coup d'envoi. Le but est simple : créer une montée d'adrénaline et souder le groupe. 

Plusieurs stars du football français ont d'ailleurs affiché publiquement leur proximité avec certains rappeurs : 

  • Kylian Mbappé a été aperçu à de nombreuses reprises en écoutant Ninho, SDM, Gazo ou SCH. Il a également partagé plusieurs morceaux de Ninho sur ses réseaux sociaux et entretient une relation amicale avec plusieurs artistes de la scène rap. 
  • Jules Koundé est reconnu comme l'un des joueurs les plus passionnés de musique. Amateur de rap français mais aussi de hip-hop américain, il cite régulièrement Nekfeu, Alpha Wann, Laylow ou Josman parmi les artistes qu'il apprécie. 
  • Aurélien Tchouaméni apparaît régulièrement dans des vidéos où résonnent des morceaux de Tiakola, Ninho ou Gazo, des artistes omniprésents dans les vestiaires. 
  • Eduardo Camavinga a plusieurs fois été filmé dans le vestiaire du Real Madrid sur des morceaux de Jul, dont l'énergie est devenue un classique avant les matchs. 
  • Ousmane Dembélé affiche depuis longtemps sa proximité avec plusieurs figures du rap français, notamment Ninho, Kaaris et Booba, qu'il écoute régulièrement. 

Jul, le roi incontesté des vestiaires 

S'il fallait désigner un artiste unanimement apprécié des footballeurs français, beaucoup citeraient Jul

Le rappeur marseillais est devenu incontournable dans les vestiaires de Ligue 1 comme à l'étranger. Des morceaux comme "J'oublie tout", "Bande organisée" (dont il est l'un des initiateurs) ou "Tchikita" sont régulièrement entendus lors des célébrations de victoire. 

Son style fédérateur séduit autant les joueurs de Marseille que ceux de Paris ou de Madrid. 

Ninho, la bande-son de la nouvelle génération 

Autre incontournable : Ninho

Avec des titres comme "Maman ne le sait pas", "La vie qu'on mène", "Jefe" ou "Tout en Gucci", il est devenu l'un des artistes les plus diffusés dans les vestiaires français. 

Ses paroles sur la réussite, la pression et l'ambition trouvent un écho particulier auprès des sportifs de haut niveau. 

Quand les rappeurs rendent hommage aux footballeurs 

L'influence fonctionne dans les deux sens. 

Les rappeurs multiplient les références aux stars du ballon rond. On retrouve dans leurs textes des clins d'œil à Kylian Mbappé, Zinedine Zidane, Karim Benzema, Paul Pogba ou encore Didier Drogba

Certains clips sont même tournés dans des stades ou mettent en scène des maillots emblématiques, preuve que le football est devenu un élément central de l'imaginaire du rap français. 

Les réseaux sociaux accélèrent tout 

Une simple story Instagram d'un joueur peut faire décoller les écoutes d'un morceau. 

Lorsque des footballeurs célèbrent une victoire sur un titre de Gazo, Tiakola ou SDM, les extraits sont immédiatement repris sur TikTok, Instagram ou Snapchat, donnant une visibilité considérable aux artistes. 

À l'inverse, lorsqu'un rappeur mentionne un joueur dans une chanson, celui-ci repartage souvent l'extrait, créant un cercle vertueux où chacun bénéficie de l'audience de l'autre. 

Une alliance devenue incontournable 

Le football et le rap français ne partagent plus seulement un public : ils construisent ensemble une partie de la culture populaire contemporaine. 

Les vestiaires sont devenus des lieux où naissent des tendances musicales, tandis que les studios d'enregistrement célèbrent les exploits des footballeurs. 

Difficile d'imaginer cette relation s'essouffler. Chaque nouvelle génération de joueurs arrive avec sa playlist, et chaque nouvelle génération de rappeurs rêve de voir ses morceaux résonner avant une finale de Ligue des champions ou un match de l'équipe de France. 

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