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Dans le rap français, certains artistes traversent les époques en s'adaptant aux tendances. D'autres les ignorent, préférant suivre leur propre trajectoire. Seth Gueko appartient à cette seconde catégorie. Depuis plus de vingt ans, le rappeur originaire de Saint-Ouen-l'Aumône cultive une identité unique, faite d'argot populaire, de références improbables, d'humour noir et d'une maîtrise de la punchline devenue sa marque de fabrique. 

Alors que le paysage rap a profondément changé, Seth Gueko revient aujourd'hui avec un projet qui marque une forme de retour aux sources. Loin des artifices de l'image et du personnage médiatique qu'il a parfois incarné, l'artiste remet au centre de son œuvre ce qui a toujours constitué son véritable talent : l'écriture. 

Car derrière la caricature du "gitan de l'espace", derrière les tatouages, les provocations et les anecdotes de comptoir, il y a toujours eu un auteur. Un rappeur capable de manier la langue française comme peu de ses contemporains. Chez Seth Gueko, chaque mesure est un terrain de jeu où se croisent culture populaire, cinéma de quartier, rap américain, expressions de rue et humour absurde. 

Ce retour s'accompagne également d'une direction artistique assumée. Là où une partie du rap français poursuit sa mutation vers des sonorités toujours plus électroniques ou mélodiques, Seth Gueko choisit de renouer avec les textures boom bap qui ont façonné son ADN musical. Une esthétique héritée du rap new-yorkais des années 1990 et 2000, celle de Mobb Deep, de Queensbridge et des producteurs qui ont donné au hip-hop sa dimension la plus rugueuse. 

Ce choix n'a rien d'un exercice nostalgique. Il ressemble davantage à une réaffirmation identitaire. Comme si, après avoir exploré différents territoires artistiques, Seth Gueko revenait naturellement vers ce qu'il maîtrise le mieux : des instrumentales sombres, des rimes travaillées et une avalanche de formules dont lui seul possède le secret. 

Dans une époque où la vitesse de consommation des morceaux réduit parfois l'importance du texte, son retour rappelle une évidence souvent oubliée : le rap est aussi une littérature populaire. Une discipline où la force d'une phrase peut traverser les années. 

Seth Gueko n'est peut-être plus l'artiste qui domine les playlists ou les tendances des réseaux sociaux. Mais il demeure l'un des derniers représentants d'une génération pour laquelle la plume constituait l'arme principale. Son retour agit alors comme un rappel salutaire : avant les chiffres, avant les algorithmes, avant les stratégies de communication, il y avait des rappeurs qui écrivaient. 

Et dans cette catégorie-là, Seth Gueko continue d'occuper une place à part. 

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