Dans l’émission podcast Autourd1vers, le rappeur 13OR, moitié du groupe L'Skadrille, se livre dans un entretien dense, entre souvenirs de terrain, fidélité artistique et regard lucide sur l’évolution du rap hexagonal. Une prise de parole rare, presque brute, à l’image de cette génération qui a construit sa légitimité loin des projecteurs.
Dès les premières minutes, 13OR replonge dans les débuts de L'Skadrille, groupe formé dans les Yvelines à la fin des années 90. À une époque où les structures étaient rares, le duo s’impose dans un circuit parallèle, celui des mixtapes, des compilations et des scènes locales.
Le rappeur insiste sur une valeur centrale : l’indépendance. Une philosophie qui ne relève pas du marketing mais d’une nécessité. Cette posture se retrouve dans leur parcours, notamment lors de “l’Indépendance Tour”, partagé avec Sinik et Tandem, symbole d’un mouvement refusant les compromis imposés par l’industrie.
Au fil de l’entretien, 13OR évoque les liens forts avec des groupes comme Sniper. Plus qu’une simple collaboration artistique, il décrit une fraternité née des mêmes réalités sociales et des mêmes galères.
Le morceau “Le son de l’indépendance”, réunissant L'Skadrille, Sinik et Tandem, incarne parfaitement cette époque : une alliance de plumes marquées par la rue, la débrouille et une volonté farouche de réussir sans renier ses principes. Les textes évoquent la lutte, l’autonomie et la défiance envers les majors, avec des lignes comme
indépendant à l’heure où j’aiguisais mon mic
qui résument l’état d’esprit.
13OR revient également sur les choix de carrière du groupe. Contrairement à d’autres, L'Skadrille n’a jamais pleinement cédé aux sirènes du mainstream. Résultat : une reconnaissance solide dans le milieu, mais une exposition plus limitée auprès du grand public.
Ce positionnement, loin d’être un regret, est présenté comme un choix conscient. Le rappeur évoque les sacrifices, les occasions manquées, mais aussi la liberté artistique préservée. Une trajectoire qui contraste avec celle de certains contemporains ayant connu un succès plus massif.
Enfin, l’interview s’ouvre sur une réflexion plus large sur le rap d’aujourd’hui. Sans tomber dans la nostalgie facile, 13OR souligne une différence majeure : la transformation des codes et des priorités.
Là où sa génération misait sur le fond, le vécu et la technique, il observe une industrie actuelle plus rapide, plus visuelle, parfois moins ancrée dans la réalité sociale. Un constat nuancé, qui n’exclut pas le respect pour les nouvelles générations, mais qui rappelle surtout d’où vient le rap français.
Avec cet échange, 13OR ne se contente pas de raconter son parcours : il documente une époque. Celle d’un rap français encore en construction, porté par des artistes comme L'Skadrille, Sinik, Tandem ou Sniper, qui ont posé les bases d’un mouvement aujourd’hui devenu mainstream.
Un témoignage précieux, qui rappelle que derrière chaque carrière, il y a des choix — et que certains valent plus que des disques d’or.