Dans le paysage du rap français, certains noms résonnent comme des évidences, d’autres comme des secrets bien gardés. Bakar appartient à cette seconde catégorie. Un rappeur respecté, sincère, jamais totalement happé par l’industrie, mais toujours présent quand il s’agit de parler vrai.
De son vrai nom Jamel Mekaidiche, Bakar naît en 1979 à Chartres, en Eure-et-Loir. Il commence à rapper dès l’âge de 14 ans sous le pseudonyme de Dely. Une adolescence bercée par la culture hip-hop des années 90, l’âge d’or du rap hexagonal.
Mais en 1999, un drame bouleverse sa trajectoire : la perte de son ami d’enfance Aboubakar. Un choc qui marque un tournant personnel et artistique. Dely devient alors Bakar, en hommage à cet ami disparu. Le rap n’est plus seulement une passion : il devient un exutoire.
En 2000, il rencontre l’équipe Kilomaitre, structure indépendante qui lui permet d’enregistrer son premier maxi avec Tonio Banderas : Souffle de vie.
/image%2F2721041%2F20260212%2Fob_6af270_t-banderas-bakar-souffle-de-vie.jpg)
Très vite, Bakar s’impose dans le circuit underground. Il enchaîne les featurings avec des poids lourds de l’époque : Tandem, Sniper, Sinik, Chiens de Paille.
Sa plume est directe, ancrée dans le réel, sans posture inutile.
Sorti le 7 novembre 2005, Pour les quartiers marque le véritable lancement de la carrière solo de Bakar. Porté par 19 titres, l’album s’inscrit pleinement dans l’esthétique du rap français des années 2000, entre authenticité de rue et respect des anciens. Le morceau Classic en devient rapidement l’emblème : Bakar y rend hommage aux grands classiques du rap hexagonal en posant sur des instrumentales cultes, avec la validation des artistes concernés. À travers ce premier opus, il affirme son attachement aux quartiers, à la mémoire du hip-hop français et à une écriture sincère, sans artifice.
Le morceau phare, Classic, devient rapidement emblématique. Le concept est audacieux : Bakar pose sur des instrumentales considérées comme des classiques du rap français, notamment Pucc Fiction (Oxmo Puccino feat Booba) ou encore Hardcore d’Ideal J.
Fait rare : les artistes originaux acceptent de lui « prêter » leurs morceaux et apparaissent pour la plupart dans le clip. Une forme de validation symbolique qui témoigne du respect dont bénéficie Bakar dans le milieu.
En 2006, le single Les Gens Comme Eux vient consolider cette dynamique.
/image%2F2721041%2F20260212%2Fob_10c030_bakar-les-gens-comme-eux.jpg)
Sorti le 1er octobre 2007, Rose du béton confirme la maturité artistique de Bakar. Plus introspectif que son premier album, le projet explore les contrastes entre dureté urbaine et sensibilité, à l’image de son titre. Entouré d’invités de poids comme Diam’s, Kery James, Tairo, Sinik ou Médine, Bakar y développe une plume engagée et personnelle, abordant les réalités sociales, l’identité et les dilemmes du quotidien. Avec Rose du béton, il ancre définitivement son nom dans le paysage du rap français des années 2000.
/image%2F2721041%2F20260212%2Fob_5200d4_bakar-rose-du-beton.jpg)
L’album confirme sa capacité à mêler engagement social et récits personnels. En 2009, il décline le concept de son premier succès avec Classic 2.
Publié en 2013, Comme un homme marque le retour de Bakar après plusieurs années d’absence. Sorti sous le format digital, ce projet inaugure une nouvelle phase de sa carrière, plus indépendante et en phase avec l’évolution du marché musical. À travers des titres introspectifs, Bakar y adopte un ton plus posé et mature, revenant sur son parcours, ses épreuves et sa vision du rap. Comme un homme sonne comme une déclaration personnelle : celle d’un artiste qui assume son vécu et avance sans renier ses racines.
/image%2F2721041%2F20260212%2Fob_836092_bakar-comme-un-homme.jpg)
Sorti en 2014, Légendaire s’inscrit dans la continuité du virage digital amorcé par Bakar. Plus affirmé dans son positionnement, le projet mêle introspection et revendication, comme une manière de rappeler son parcours et son empreinte dans le rap français. Entouré d’artistes tels que Kery James, Béné ou Isleym, Bakar y livre des morceaux personnels, entre transmission, mémoire et fierté. Avec Légendaire, il revendique son statut d’artiste respecté, loin des modes passagères mais fidèle à son histoire.
/image%2F2721041%2F20260212%2Fob_598d28_bakar-legendaire.jpg)
Après plusieurs années de discrétion, Bakar amorce un nouveau virage artistique avec Papillon en 2019. Ce projet au format EP marque une évolution plus introspective et mélodique, où l’artiste semble chercher un second souffle, à l’image du symbole du papillon — transformation, renaissance, liberté. Il y affine son écriture, entre maturité personnelle et regard apaisé sur le temps qui passe.
/image%2F2721041%2F20260212%2Fob_eb4014_bakar-papillon.jpg)
Deux ans plus tard, en 2021, il dévoile Romance, un mini-album plus court mais dense, distribué à l’ère du streaming. Sur ce projet, Bakar explore des sonorités plus actuelles tout en conservant sa sincérité brute. Les thèmes y sont plus personnels, parfois plus sensibles, confirmant l’évolution d’un rappeur qui privilégie désormais l’émotion et la profondeur à la démonstration technique.
/image%2F2721041%2F20260212%2Fob_6df484_bakar-romance.jpg)
Bakar n’a jamais cherché à être une star formatée. Son parcours est fait de pauses, de retours, d’indépendance assumée. Il représente cette génération de rappeurs pour qui le fond prime sur la forme, et pour qui le respect du public ne se mesure pas en algorithmes.
À l’heure où le rap français multiplie les carrières éclairs, Bakar incarne une autre temporalité : celle de la constance, de la mémoire et de la loyauté.
Un rappeur peut-être discret, mais définitivement légendaire pour ceux qui l’écoutent depuis le début.