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Le 27 septembre 1975 naissait à Perpignan Mohamed Bourokba, plus connu sous le nom de Hamé. Quatre décennies plus tard, son nom reste indissociable de La Rumeur, groupe qui a construit une œuvre à part dans le rap français : radicale, littéraire, indépendante et profondément attachée à la liberté de parole. 

À une époque où le rap français commence à conquérir un public toujours plus large, Hamé choisit une autre trajectoire. Pas question de courir après les radios ou de lisser les textes. Avec Ekoué, Philippe, Mourad et leurs DJ, il participe à faire de La Rumeur l'un des collectifs les plus singuliers de la scène hexagonale. Le groupe adopte définitivement le nom La Rumeur en 1995, et Hamé devient rapidement l'une de ses voix centrales. 

De Perpignan à la région parisienne 

L'histoire commence loin des studios parisiens. Hamé grandit à Perpignan, au sein d'une famille de six enfants, avant de rejoindre la région parisienne pour ses études. Son parcours universitaire est déjà révélateur d'un profil qui dépasse largement le simple cadre musical : il s'intéresse au cinéma et aux médias et obtient notamment un DEA dans ces domaines. 

Cette culture nourrit évidemment son écriture. 

Chez Hamé, les morceaux de La Rumeur ne ressemblent pas à de simples démonstrations techniques. Les textes observent, racontent, questionnent. Le groupe revendique dès ses débuts une approche underground et hardcore, refusant notamment d'adapter son écriture aux exigences supposées des radios commerciales. 

1995 : La Rumeur entre dans le décor 

Au milieu des années 1990, le rap français est en pleine ébullition. La Rumeur apparaît dans un paysage déjà marqué par les grands collectifs et labels de l'époque, mais choisit immédiatement une voie différente. 

Avec Hamé et Ekoué notamment, le groupe développe un rap frontal, documenté et social, nourri par les expériences de ses membres et par leur regard sur la société française. 

Les premiers projets s'enchaînent : Volet 1 : Le Poison d'Avril en 1997, Volet 2 : Le Franc-Tireur en 1998, puis Volet 3 : Le Bavar & le Paria en 1999. En 2002 arrive L'Ombre sur la mesure, premier album majeur du groupe. 

La rumeur album l'ombre sur la mesure

Et avec cet album, La Rumeur va entrer dans une autre dimension. 

« L'Ombre sur la mesure » : quand le rap devient une affaire d'État 

En avril 2002, un texte signé Hamé, « L'insécurité sous la plume d'un barbare », est publié dans le fanzine accompagnant L'Ombre sur la mesure. Le texte provoque une réaction judiciaire du ministère de l'Intérieur alors dirigé par Nicolas Sarkozy. Une plainte est déposée le 3 juillet 2002 pour diffamation publique envers la police nationale. 

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Commence alors une procédure qui va durer huit ans. 

Hamé sera relaxé en première instance puis en appel, avant que l'affaire ne se poursuive devant la Cour de cassation. En 2010, La Rumeur obtient finalement gain de cause après ce long parcours judiciaire. 

L'affaire dépasse largement le cadre d'un simple conflit entre un rappeur et un responsable politique. Elle devient l'un des épisodes les plus commentés de l'histoire du rap français autour de la liberté d'expression et de la place du discours politique dans le rap. 

Un rappeur, mais pas seulement 

C'est peut-être là que réside l'une des particularités de Hamé. 

Pendant que certains artistes construisent leur carrière uniquement autour de la musique, lui multiplie les terrains d'expression. Rap, écriture, cinéma, réalisation : les frontières deviennent progressivement poreuses. 

En 2009, il participe avec Casey et Zone Libre au projet L'Angle mort, rencontre explosive entre rap hardcore et rock expérimental. 

Casey et Zone Libre projet L'Angle mort,

Puis Hamé et Ekoué passent derrière la caméra. 

En 2011, ils réalisent De l'encre, téléfilm produit pour Canal+, avant de poursuivre leur aventure cinématographique avec Les Derniers Parisiens, sorti en 2017 et porté notamment par Reda Kateb et Slimane Dazi. 

les derniers parisiens film

Le passage du micro à la caméra paraît finalement assez logique : chez Hamé, raconter le réel a toujours occupé une place centrale. 

Une voix qui traverse les générations 

Ce qui frappe dans le parcours de Hamé, c'est cette continuité. 

Des premiers projets de La Rumeur aux albums L'Ombre sur la mesure, Regain de tension ou Du cœur à l'outrage, puis du cinéma aux documentaires, le support change, mais la démarche reste reconnaissable. 

En 2020, Hamé et Ekoué travaillent notamment autour du documentaire Pour Adama, consacré au combat de la famille Traoré et réalisé dans le contexte des mobilisations autour de cette affaire. 

Hamé, le « franc-tireur » 

Dans le rap français, certains artistes ont cherché la lumière. Hamé a plutôt choisi de construire son propre projecteur. 

Pas de course au single calibré. Pas de recherche systématique du consensus. Avec La Rumeur, il a participé à installer une autre idée du rap : un rap qui documente, qui dérange, qui argumente et qui refuse de séparer musique et réalité sociale. 

Parce qu'avant d'être un réalisateur, un scénariste ou une figure du rap indépendant, Hamé reste cette voix reconnaissable entre mille, celle d'un rappeur qui a toujours considéré le microphone comme un outil pour raconter ce que d'autres préféraient parfois laisser hors champ. 

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