Mo’Vez Lang, l’école du Pont-de-Sèvres : chronique d’un rap sans concession
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Dans l’histoire du rap français, certains noms s’imposent par leur exposition médiatique. D’autres, plus discrets mais tout aussi influents, tracent leur route à la force du poignet. Mo’Vez Lang appartient à cette seconde catégorie. Originaire de Boulogne, dans les Hauts-de-Seine, le groupe incarne depuis le début des années 1990 une ligne dure, ancrée dans le réel, forgée dans la cité du Pont-de-Sèvres.
Le trio est composé de LIM (Salim Lakhdari), Cens Nino (Houcene Marega) et Boulox Force (Djiby Diop). À l’origine, la formation compte également Kaizer et Furax. Tous grandissent ensemble dans le 92, jouent dans la même équipe de football, et se découvrent très tôt une passion commune pour le rap. Nous sommes au début des années 1990. Ils ont à peine 9 ou 10 ans lorsque les premières rimes prennent forme.
L’école Beat De Boul
Le tournant intervient en 1994. Repérés par les Sages Poètes de la Rue, figures respectées du rap hexagonal, les jeunes de Boulogne les accompagnent en tournée européenne. Les scènes s’enchaînent – plus d’une centaine de concerts – et l’expérience forge leur identité artistique. De cette dynamique naît le collectif Beat De Boul, véritable vivier du 92, réunissant notamment La Malekal Morte, Sir Doum’s, Pass Partoo, Nysay, IMS, Arafat ou encore Lunatic.
Le ton est donné : brut, frontal, sans artifice. Le groupe multiplie ensuite les collaborations, notamment sur le titre Onze 44 de Démocrates D.
Mo’Vez Lang fait sa première apparition discographique en 1996 sur Cool Sessions 2 de Jimmy Jay avec le morceau Poison juvénile, première production signée LIM.
1999 : Héritiers, mais en marge
En 1999, Mo’Vez Lang publie son premier album, Héritiers de la rue. Enregistré durant le Ramadan, le projet marque par son authenticité et la cohérence de ses productions, assurées par des proches du groupe comme Melopheelo, Zoxea ou Arafat. Salué par une partie de la critique spécialisée, l’album ne rencontre toutefois pas de succès commercial massif.
Album en écoute (clique sur la cover)
La même année, le groupe sort également plusieurs formats, dont le 12” La Vie est pleine de surprises et une mixtape promo (Street Tape), affirmant son inscription dans la culture underground de l’époque.
En 2003 paraît Original Street Tape, projet plus confidentiel, presque brut de studio, qui entretient le lien avec un public fidèle.
LIM, locomotive hyperactive
Au fil des années 2000, LIM s’impose comme la figure centrale du groupe. Il enchaîne les projets solo devenus cultes pour une génération d’auditeurs : Violences urbaines (2002), Double violences urbaines (2004), Enfant du ghetto (2005), Rue avec Alibi Montana (2005), Triple violences urbaines (2006) puis Délinquant (2007). Une productivité impressionnante qui contribue à installer durablement l’esthétique “rue” du 92 dans le paysage du rap français.
Cette dynamique rejaillit sur le groupe. Longtemps annoncé, le deuxième album de Mo’Vez Lang, Associés à vie, sort finalement en septembre 2008. Le disque atteint la 13e place des classements français — une performance notable pour un groupe resté fidèle à une ligne artistique sans compromis.
Fidèles au poste
Mo’Vez Lang ne disparaît jamais totalement des radars. En 2012, le trio participe à l’album La vingtaine de Melan avec le morceau La vie est pleine de surprises, clin d’œil assumé à leurs débuts. En 2014, LIM annonce la mixtape Violence urbaine IV, à laquelle le groupe est associé.
Une perte douloureuse
L’histoire du groupe est marquée par un événement tragique. Le 6 novembre 2016, Boulox Force disparaît, laissant derrière lui une empreinte indélébile. Membre fondateur et pilier de Mo’Vez Lang, il incarnait l’authenticité du Pont-de-Sèvres et cette fidélité sans faille à l’esprit d’origine du collectif. Sa disparition bouleverse le groupe et touche profondément les auditeurs du 92, pour qui son nom reste associé à l’âme brute et sincère de Mo’Vez Lang.
Plus récemment, en 2024, Mo’Vez Lang revient avec Session Juvénil, un EP en collaboration avec JMC (Indéground Production), preuve que l’ADN originel est intact : un rap direct, sans filtre, enraciné dans l’expérience vécue.
Mo’Vez Lang n’a jamais cherché les projecteurs. Leur trajectoire raconte plutôt celle d’un rap de quartier devenu patrimoine culturel local, d’une génération qui a grandi avec ses contradictions et ses colères. Héritiers de la rue, oui — mais surtout passeurs d’une certaine idée du rap français : indépendant, solidaire, et viscéralement attaché à ses racines.
Dans l’ombre des grandes machines médiatiques, le nom de Mo’Vez Lang continue de circuler comme un mot de passe. Celui d’une époque où le 92 imposait sa griffe, micro en main, sans demander la permission.