Figure marquante du rap de Seine-Saint-Denis, Samat incarne une époque où le hip-hop français se racontait sans filtre, au plus près du bitume. Rappeur respecté, souvent controversé, il a laissé derrière lui une discographie dense et une histoire personnelle aussi sombre que légendaire, intimement liée à celle de Stains et du 93.
Des rues de Stains aux premiers micros
De son vrai nom Anthony Edet, Samat naît le 27 février 1981 à Saint-Denis. Il grandit dans la cité André Lurçat, à Stains, ville populaire de Seine-Saint-Denis, qui deviendra le décor central de ses textes. Issu d’un métissage singulier, Samat revendiquait des origines gitanes et kurdes d’Irak, un héritage culturel qui a nourri son identité et sa vision du monde. Élevé aux côtés de son grand frère, il grandit dans un environnement où la loyauté, la famille et la rue occupent une place centrale. Surnommé « Pioupiou » par ses proches, il découvre très tôt le rap comme moyen d’expression et commence à écrire et rapper dès l’âge de 15 ans, autour de 1996, bien avant ses premiers projets officiels. Cette précocité explique en partie la maturité et la rudesse de ses textes, ancrés dans le vécu et l’urgence de raconter sa réalité.
Il intègre rapidement le collectif La Rafale, formation locale avec laquelle il se produit sur scène et forge sa réputation. En parallèle, Samat développe une carrière solo, déterminé à raconter sa réalité sans concession.
Une plume de rue, sans compromis
En octobre 2005, il sort son premier projet, Samat feat Hiphop de rue, une mixtape qui pose les bases de son univers : récits crus, regard frontal sur la violence, la loyauté, la trahison et la survie dans les quartiers. Le ton est donné : Samat ne cherche ni l’édulcoration ni le consensus.
Son premier véritable album, Juste Milieu, arrive début 2006. Le projet marque un tournant et assoit sa crédibilité sur la scène nationale. On y retrouve un casting impressionnant : Sofiane, Lino d’Ärsenik, Tandem, Soprano (Psy 4 de la Rime), Alibi Montana ou encore Rockin’ Squat. Cette diversité de collaborations témoigne du respect que Samat inspire dans le milieu, au-delà des frontières de son département.
La Rafale et l’ancrage collectif
En avril 2007, Samat renoue avec l’esprit de groupe en sortant La Rafale Volume 1, un album collectif avec Larsen. Le projet s’inscrit dans la continuité du rap de rue indépendant, porté par une énergie brute et une identité locale forte.
La même année, il poursuit en solo avec Hip Hop De Rue Vol. 2, avant d’enchaîner en 2008 avec Hip Hop De Rue 3. Cette série d’albums agit comme un journal de bord : Samat y documente son quotidien, ses conflits, ses désillusions, mais aussi sa détermination à rester fidèle à lui-même.
« La douleur du bitume », un titre comme un testament
En 2009, Samat sort La Douleur du Bitume, un album au titre évocateur. Plus sombre, plus introspectif, le disque reflète le poids des années passées dans un environnement marqué par la violence et les règlements de comptes. L’artiste y apparaît lucide, parfois fataliste, mais toujours sincère.
Autour de Samat s’est construite une véritable légende, alimentée par son vécu, ses textes et les récits qui circulent sur les guerres de quartiers, notamment celles impliquant Stains.
Une fin tragique
Le destin de Samat s’achève brutalement le 7 octobre 2019. Il est tué lors d’un règlement de comptes sur le parking du McDonald’s de Garges-lès-Gonesse, dans le Val-d’Oise. Sa mort choque le milieu du rap et ravive les débats sur la frontière parfois floue entre l’art, la rue et la réalité qu’elle impose.
Samat n’a jamais été un rappeur grand public, mais il reste une référence majeure du rap de rue français. Sa discographie, marquée par une cohérence thématique et une authenticité rare, continue de circuler auprès des amateurs de rap brut et sans masque. Plus qu’un artiste, Samat demeure le symbole d’une génération et d’un territoire, racontés de l’intérieur, avec leurs contradictions, leur violence et leur vérité.