Il y a 26 ans, Booba et Ali lâchaient un album qui allait dépasser son époque. Sombre, brut, indépendant et sans compromis : Mauvais Œil n'était pas simplement un disque. C'était un manifeste.
25 octobre 2000.
Le rap français ne le sait pas encore, mais une page est en train de s'écrire.
Puis arrivent les morceaux qui vont s'installer dans la mémoire collective : « Pas l'temps pour les regrets », « Groupe sanguin », « L'effort de paix », « La Lettre », « Si tu kiffes pas… », « 92i », « Le son qui met la pression », « Avertisseurs », « Le silence n'est pas un oubli » ou encore « Mauvais Œil ».
Une tracklist qui ressemble à une photographie d'une époque.
Les productions plongent l'auditeur dans une ambiance sombre et oppressante, avec une esthétique souvent rapprochée des sonorités de Mobb Deep, notamment de Hell on Earth.
Mais ce qui frappe surtout, c'est la manière dont Booba et Ali occupent l'espace.
Deux écritures.
Deux voix.
Deux personnalités.
Un seul univers.
BOOBA ET ALI : DEUX MC, UNE VISION
Avant les carrières solo.
Avant les millions de streams.
Avant que Booba ne devienne l'une des figures les plus importantes du rap français.
Le duo s'était déjà fait remarquer avec « Le Crime Paie » et « Les Vrais Savent », notamment dans le contexte du collectif Time Bomb.
Mauvais Œil arrive donc après plusieurs années de construction.
Ce n'est pas un premier pas hésitant.
C'est l'aboutissement d'une identité.
Et cette identité est radicalement sombre.
La prison, la violence, la rue, les rapports de force, la défiance envers les institutions, les contradictions personnelles : Lunatic ne cherche pas à rendre son univers plus confortable pour l'auditeur.
Le groupe impose son décor.
À toi d'y entrer.
45 SCIENTIFIC : QUAND L'INDÉPENDANCE CHANGE DE DIMENSION
L'un des éléments les plus importants de l'histoire de Mauvais Œil se trouve peut-être derrière l'album.
45 Scientific avait notamment été créé avec l'objectif de permettre à Lunatic de sortir son album après des démarches auprès de majors. Finalement, le projet voit le jour dans un cadre indépendant, avec une distribution assurée par Warner.
Et l'histoire va donner raison à cette stratégie.
L'album finit par devenir disque d'or, un résultat particulièrement marquant pour une sortie indépendante.
UN ALBUM QUI N'A JAMAIS CHERCHÉ À PLAIRE À TOUT LE MONDE
C'est probablement ce qui rend Mauvais Œil aussi particulier.
L'album ne cherche pas à lisser son propos.
Il ne cherche pas à transformer Lunatic en produit facilement consommable.
Au contraire, il assume une esthétique sombre, des textes abrasifs et une identité qui tranche avec une partie de la production de l'époque.
Des morceaux comme « La Lettre » montrent aussi une autre facette du duo, tandis que « 92i », avec la Malekal Morte, inscrit le disque dans une histoire collective autour du rap du 92.
Et c'est là que Mauvais Œil dépasse son simple statut d'album.
Il devient un point de rencontre entre plusieurs générations du rap français.
26 ANS PLUS TARD…
Ce qui impressionne avec Mauvais Œil, ce n'est pas seulement son succès.
C'est sa capacité à continuer de provoquer des discussions.
Certains découvrent aujourd'hui l'album avec plusieurs décennies de retard. D'autres l'ont connu à sa sortie et continuent de citer ses morceaux.
L'album est d'ailleurs toujours présenté comme une œuvre majeure de l'histoire du rap français, et sa première édition reste associée à cette date précise : 25 octobre 2000.