Portrait d’un activiste majeur du rap français
Dans l’histoire du rap français, certains noms ne font pas seulement des tubes : ils façonnent une époque. Busta Flex fait partie de ceux-là. MC virtuose, freestyleur hors norme, passeur de culture et figure incontournable du 93, il incarne depuis plus de trente ans une certaine idée du hip-hop : exigeante, technique et profondément ancrée dans la rue.
Né Valery François le 30 septembre 1977 à Soisy-sous-Montmorency, de parents originaires de Martinique, Busta Flex grandit à Épinay-sur-Seine, dans la cité d’Orgemont, plus précisément à la cité blanche. C’est là que tout commence. Initié très jeune au hip-hop par son frère Jean-Marc, alias Jimi Hiliffe, le futur MC se forge une culture musicale à coups de cassettes enregistrées sur Radio Nova, notamment les émissions mythiques de Dee Nasty et Lionel D.
À 14 ans, Valery écrit ses premiers textes dans sa chambre. Le salon familial se transforme rapidement en studio de fortune : branchements improvisés, chaîne hi-fi parentale utilisée comme back, enregistrements sur K7. Le rap devient une évidence. Reste à trouver un blaze. L’inspiration vient d’un CD : Funkmaster Flex Presents The Mix Tape Vol.1. Deux noms retiennent son attention — Busta Rhymes et Flex. Le puzzle est assemblé : Busta Flex est né.
Le milieu des années 1990 marque un tournant. Busta Flex croise la route de Sully Sefil à la radio Media Tropical, puis celle de DJ Goldfingers lors d’une soirée universitaire à Saint-Denis. Les connexions se multiplient, l’écriture s’intensifie, le flow s’affine. Les études passent au second plan. Malgré les avertissements scolaires, le choix est clair : ce sera le rap.
En novembre 1995, lors de l’anniversaire de la Zulu Nation, Busta impressionne en freestyle, au point d’attirer l’attention de Cut Killer. Séduit par son débit et sa maîtrise rythmique, le DJ l’invite à poser sur sa mixtape Freestyle – la 1ère K7 freestyle de rap français. Busta Flex s’impose comme un nom à suivre. Les compilations s’enchaînent (Hip Hop Soul Party 2, L.432, My Definition of Hip-Hop), tout comme les apparitions marquantes. Son frère Jimi Hiliffe devient son manager : l’aventure est désormais structurée.
En 1996, Busta rejoint la Sauce Production, notamment aux côtés de Lone, avec qui il enregistre plusieurs morceaux devenus cultes. Mais très vite, des tensions et des choix artistiques divergents l’amènent à quitter le collectif. Fidèle à Épinay-sur-Seine, il multiplie alors les projets locaux et engagés, sans jamais renier ses racines.
C’est finalement une rencontre décisive avec Kool Shen qui va propulser Busta Flex dans une autre dimension. Repéré chez Sony, il est invité à rejoindre le collectif IV My People, futur label emblématique. Il participe à l’album Suprême NTM, assure des backs pour Kool Shen et s’impose comme un élément central de cette nouvelle famille artistique.
Le 3 février 1998 sort Busta Flex, son premier album éponyme, réalisé par Kool Shen et scratché par Goldfingers. Le disque fait l’effet d’une déflagration. Des titres comme Kick avec mes Nike ou Le Zedou deviennent instantanément des classiques. Fred Musa, impressionné par ses performances en freestyle, lance une émission quotidienne sur Skyrock : Planet Rap, dont Busta Flex sera le tout premier invité.
L’album est un succès commercial et critique, décrochant un disque d’or. Busta Flex devient un visage familier du rap français, aussi à l’aise en studio que sur scène, où il enchaîne les premières parties de NTM et les tournées nationales.
La suite de la carrière de Busta Flex est marquée par une liberté artistique totale. De Sexe, Violence, Rap et Flooze à Eclipse, en passant par La Pièce Maîtresse, Flextape 93.8, Moonrock, C pas sérieux ou encore TCLV, l’artiste refuse de se répéter. Il explore le rap pur, l’egotrip, les ambiances électro, house et dancefloor, sans jamais perdre son identité.
Parallèlement, il multiplie les featurings prestigieux (NTM, IAM, Kery James, Zoxea, Lord Kossity, Disiz…), participe à de nombreuses bandes originales de films (Taxi 3, Ong Bak, Double Zéro), et s’implique dans des projets collectifs majeurs comme 93 Empire ou la tournée L’Âge d’or du rap français.
Busta Flex, c’est aussi une attitude : celle d’un MC fidèle à ses principes, à son département, à sa culture. En créant son label TXT Prod, en soutenant la nouvelle génération (Hornet La Frappe notamment), et en restant actif sur scène comme en studio, il incarne la transmission et la longévité.
Plus qu’un simple rappeur, Busta Flex est devenu une référence, un symbole de constance et d’authenticité. Un artiste pour qui le rap n’a jamais été une mode, mais un engagement.
Un soldat. Toujours debout. Toujours en rythme.