Dans le rap français, certains noms font les unes des plateformes. D’autres circulent dans les discussions des puristes, dans les souvenirs de freestyles, dans les playlists de ceux qui cherchent le rap brut. Nasme fait clairement partie de cette seconde catégorie : celle des MC respectés, forgés dans la rue et dans la rime.
Né le 6 avril 1980 à Noisy-le-Grand en Seine-Saint-Denis, Nasme reçoit très tôt un surnom qui va lui coller à la peau. À 13 ans, ses potes l’appellent Menace. Une fois passé au verlan, le blaze devient Nasme — et le nom restera.
À 15 ans, il déménage dans le 18ᵉ arrondissement de Paris. Là, il plonge dans le rap comme on plonge dans l’arène. Open mics, clashs, soirées hip-hop, freestyles… Nasme se construit dans la confrontation et la technique. Un pied dans la street, l’autre dans la musique.
Très vite, sa plume se distingue. Des 16 mesures tranchantes, un vrai sens du texte et une manière de poser qui frappe immédiatement. Chez lui, la forme et le fond marchent ensemble. Une écriture dense, parfois sombre, toujours sincère. Comme il le lâche dans un de ses vers marquants :
Pourtant pas né sale gosse, pourri par les sales gestes, j’ai perdu toute ma sagesse mais pas ma foi.
Contrairement à beaucoup d’artistes, Nasme n’a jamais couru après l’industrie. Sa carrière s’est construite autrement : collaborations, freestyles, compilations et scènes.
On le repère dès 1997 sur What’s The Flavor 25 du DJ DJ Poska. Ensuite, les apparitions s’enchaînent avec plusieurs figures du rap français : Ali, Sinik, Flynt ou encore Seth Gueko.
On le rapproche aussi de l’univers du label 45 Scientific pour sa participation à la compilation Sang d’Encre - Haut débit. Mais Nasme reste fidèle à sa ligne : indépendant avant tout.
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Sa philosophie est claire :
Je suis là pour faire la guerre à l’industrie, rien que du pur indé parce que la street demande la qualité.
Pas de compromis, pas de stratégie marketing : juste du rap.
Sorti en 2010, En Special Guest Vol.1 est un projet à part dans la discographie de Nasme. Plus qu’une simple compilation, il s’agit presque d’une carte de visite de son parcours dans l’underground, réunissant plusieurs artistes avec lesquels il a partagé le micro au fil des années. Le disque regorge de morceaux devenus cultes dans le rap indépendant, à commencer par « Rap théorie » avec Flynt, véritable duel de plumes où technique et punchlines s’entrechoquent. On y retrouve aussi « Où sont les vrais artistes ? », critique frontale d’un rap trop souvent dicté par les tendances, ainsi que « Arrivé sous X » et « Appelle-moi MC », titres que les fans connaissent par cœur. Le projet est également marqué par des collaborations solides comme « Chiens de la casse » avec Seth Gueko ou « Dangereux Biz » avec Rolda. Sans esbroufe ni gimmicks marketing, En Special Guest Vol.1 s’impose comme un condensé du rap de Nasme : technique, brut et profondément authentique.
Nasme, c’est aussi un clasheur redouté. Un des moments marquants reste son affrontement avec Effi Ello lors de Clash Radio Round 1 dans l’émission Couvre-Feu sur Skyrock, animée par Jacky du groupe Neg Marrons.
Un moment d’anthologie pour ceux qui étaient branchés sur la radio ce soir-là. Freestyle brut, punchlines animales et ce gimmick devenu signature : « Aïe, Aïe, Aïe ».
Les anciens savent.
Ancien sportif de haut niveau, Nasme aborde la scène comme un combat. Quand il monte sur scène, ce n’est pas pour réciter un couplet. C’est pour gagner le public.
Chez lui, le rap n’est pas un jeu. C’est une discipline. Une manière de vivre. Et ça s’entend dans chaque morceau.
Je ne suis pas dans le game, non pour moi ce n’est pas un jeu.
Dans un rap français souvent dominé par les tendances, Nasme incarne autre chose : le MC pur, celui qui travaille la rime, qui respecte la scène et qui construit sa réputation dans les textes.
Pas forcément le plus médiatisé.
Mais clairement un des plus respectés de l’underground.