Dans l’histoire du rap français, certains artistes marquent par leur exposition médiatique, d’autres par la force de leur plume et le respect qu’ils inspirent dans le milieu. Veust Lyricist appartient clairement à la seconde catégorie. Originaire de la cité de la Zaïne à Vallauris, dans les Alpes-Maritimes, le rappeur s’est imposé au fil des années comme l’un des lyricistes les plus singuliers du Sud-Est.
Des débuts entre Vallauris, Nice et Marseille
La Zaïne n’est pas un quartier comme les autres. Avec Les Moulins — surnommé « Planète des Zins » — et L'Ariane, il constitue l’un des trois quartiers les plus sensibles du département. C’est dans cet environnement que Veust forge son regard et son écriture.
En 1999, il fonde le groupe Mic Forcing avec Masar. À cette époque, le jeune rappeur multiplie les allers-retours entre Nice et Marseille, deux villes alors en pleine effervescence hip-hop.
La rencontre décisive avec Akhenaton et la Cosca
Le grand public découvre Veust sur Sol Invictus, le second album solo du membre d’IAM, Akhenaton. Sa voix grave, son timbre immédiatement identifiable et le réalisme de ses textes attirent l’attention.
En 2001, alors qu’il évolue toujours avec Mic Forcing, il rejoint La Cosca, la maison d’édition marseillaise liée à IAM. Il y côtoie plusieurs figures importantes du rap hexagonal : Psy 4 de la Rime, Chiens de paille, Bouga ou encore L'Algérino.
Les collaborations s’enchaînent rapidement. Veust apparaît notamment sur Mille et un fantômes et Sincèrement de Chiens de paille, . Dans une trajectoire déjà internationale, il collabore même avec RZA, membre emblématique du Wu-Tang Clan.
L’empreinte laissée par « L’encre de nos plumes »
En 2004, Veust marque durablement les esprits avec le morceau L’encre de nos plumes, partagé avec Oxmo Puccino, Akhenaton et Sako. Un titre devenu emblématique pour toute une génération d’amateurs de rap conscient.
La même année, il sort son premier album solo, Coup de théâtre, sous l’égide de La Cosca. Sur scène, il gagne rapidement en expérience en accompagnant IAM lors du Stratégie Tour en 2004, puis lors d’une tournée avec la Cosca Team en 2006. Des concerts à travers la France, la Suisse et la Belgique qui contribuent à asseoir sa réputation.
Défendre la scène azuréenne
En 2007, Veust décide d’investir dans sa région. Avec son partenaire Barry, il fonde le label D’en Bas Fondation, destiné à mettre en lumière les artistes de la Côte d’Azur. On y retrouve notamment Infinit, Mr Agaz, Gak, Jehnia, Millionaire, Jason Voriz, Negus ou Lex Urss.
La compilation « Sud-Est Sale », portée par des collaborations comme celle de Soprano, rencontre un bel écho dans la rue comme dans les médias. Le collectif poursuit avec les mixtapes « Rien qu’on charbonne Vol.1 » et « Vol.2 », sorties en 2009 et 2010.
Après une période plus discrète en 2011, Veust prépare la suite : son second album Parrhesia, annoncé en 2012 et publié à l’été 2013.
Entre rap et cinéma
L’univers de Veust ne se limite pas aux albums. Le rappeur apparaît également sur plusieurs bandes originales de films. On peut l’entendre dans celle de Les Rivières pourpres de Mathieu Kassovitz ou encore dans Mesrine : Ennemi public n°1 de Jean‑François Richet, aux côtés de figures majeures du rap comme Rohff, Oxmo Puccino ou Nessbeal.
En 2014, il retrouve Akhenaton sur l’album Je suis en vie, avec le titre Highlanders, preuve que leur collaboration artistique reste intacte.
Sorti le 24 septembre 2021, Alley Oop voit Veust livrer un EP efficace et compact de 10 titres pour environ 24 minutes. Fidèle à son statut de lyriciste, le rappeur y déploie un rap technique et incisif, porté par des productions minimalistes mais percutantes qui laissent toute la place à son flow et à ses punchlines. Le projet mélange egotrip, observations sociales et références variées, tout en explorant des sonorités modernes comme la drill sur certains morceaux. Entouré d’invités tels que Alpha Wann, Ratu$, MV ou la chanteuse Siloh, Veust signe avec Alley Oop un projet solide qui confirme sa maîtrise du kickage et son goût pour un rap exigeant et précis.
Sorti le 3 octobre 2021, La Saison de Veust: Automne voit Veust proposer un projet court mais incisif, pensé comme un chapitre d’une série musicale autour des saisons. Composé de 7 titres pour un peu plus de 20 minutes, le projet met en avant son écriture technique et son sens de la punchline sur des prods épurées qui laissent toute la place au texte. Entre introspection, observations du quotidien et démonstrations de maîtrise au micro, Veust y affirme déjà son identité de lyriciste exigeant. Avec La Saison de Veust: Automne, le rappeur pose les bases d’un univers élégant et précis qui séduira les amateurs de rap dense et travaillé.
Sorti en 2022, Ce Bon Vieux Veuveu voit Veust livrer un projet court mais dense, composé de 10 titres pour environ 26 minutes de rap pur. Fidèle à sa réputation de lyriciste, le rappeur y enchaîne punchlines, références et jeux d’écriture sur des productions efficaces, dans une atmosphère à la fois brute et élégante. Entouré d’invités solides comme Alpha Wann, Infinit' ou encore Akhenaton, Veust confirme ici sa place parmi les plumes les plus techniques du rap francophone. Avec Ce Bon Vieux Veuveu, il propose une tape authentique et sans concession, pensée avant tout pour les amateurs de rap exigeant et de performance au micro.
Avec Monopolium, Akhenaton et Veust signent une rencontre aussi logique qu’inspirée entre deux générations du rap marseillais. Sur des productions élégantes, souvent pilotées par Akhenaton lui-même, le duo déroule un rap dense, technique et réfléchi, où les textes oscillent entre introspection, regard critique sur l’époque et amour du hip-hop. L’expérience et la sagesse du vétéran d’IAM se mêlent à la plume chirurgicale de Veust, donnant naissance à un projet cohérent et authentique. Avec Monopolium, les deux MC livrent un album solide, qui relie l’héritage du rap marseillais à une écriture moderne et exigeante.
Album en écoute (clique sur la cover)
Sorti le 21 février 2025, Plaza Hôtel s’inscrit dans un registre de rap sombre et cinématographique. À travers 10 titres, Veust y déploie une écriture acérée et un flow maîtrisé, posés sur des productions mêlant habilement samples et compositions originales, notamment signées par les beatmakers Furio et le duo GrandBazaar. L’album développe un imaginaire inspiré des films de gangsters : Veust y campe une figure d’affranchi dirigeant ses opérations depuis une suite fictive du Plaza Hotel, ce qui confère au projet une atmosphère narrative et mafieuse. Plusieurs invités viennent enrichir l’ensemble, parmi lesquels Infinit', Slimka, Di-Meh, Zek et Ratu$. Au final, le projet confirme la plume aiguisée et l’univers street-cinéma de Veust, qui continue d’imposer sa patte dans le rap francophone.
Sans jamais chercher la surexposition, Veust Lyricist s’est construit une trajectoire singulière : celle d’un rappeur respecté pour la puissance de sa voix, la densité de son écriture et son engagement pour la scène du Sud-Est.