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Dans l’histoire du rap français, certains artistes bâtissent leur légende à coups de disques d’or. D’autres la forgent dans l’arène, micro à la main, face à un adversaire et un public prêt à exploser. Kizito appartient à cette seconde catégorie. Figure underground du clash et de l’improvisation, le rappeur franco-camerounais a marqué toute une génération de passionnés de battles par son sens de la punchline, son humour corrosif et sa capacité à retourner une salle en quelques secondes. 

Des débuts entre Montrouge et Cachan 

Originaire du Cameroun, Kizito grandit à Montrouge, dans les Hauts-de-Seine, avant de s’installer à Cachan. Très tôt, il plonge dans la culture hip-hop. À seulement 9 ans, il commence déjà à rapper et développe rapidement une écriture acérée. Comme beaucoup d’artistes de sa génération, il fait ses armes dans les groupes et collectifs locaux avant de se faire remarquer dans l’univers des battles. 

Il rejoint un temps l’entourage de Daddy Lord C et fréquente l’univers de La Cliqua, référence majeure du rap hexagonal des années 1990. Mais c’est surtout en solo que Kizito va construire sa réputation. 

À partir de 2003, il écume les scènes et les compétitions freestyle. Son style fait mouche : une technique solide, des attaques chirurgicales et une aisance rare dans l’improvisation. Très vite, son nom circule dans le milieu underground parisien comme celui d’un clasheur redoutable. 

Le clash qui change tout : Kizito contre Sinik 

Impossible d’évoquer Kizito sans revenir sur son affrontement devenu culte avec Sinik

L’histoire débute en 2003 lors de la deuxième édition de l’événement Dégaine Ton Style, organisée au Radazik des Ulis. Le concept est brutal : deux MCs, 90 secondes chacun, et une foule survoltée pour juger le vainqueur. Ce soir-là, Sinik affronte Kizito dans un battle resté dans les mémoires. Sinik l’emporte finalement et remportera même toute la compétition. 

Mais le véritable affrontement commence après la scène. 

À l’époque, Sinik prépare son ascension solo avec le morceau L’Assassin, construit à partir de ses meilleures punchlines de battle. Séduit par le concept, Kizito décide lui aussi de transformer ses phases de clash en morceau studio. Il contacte Sinik, lui fait écouter son titre et obtient même son accord pour le diffuser sur MySpace. 

Pendant plusieurs mois, les relations semblent cordiales. Jusqu’au jour où tout bascule. 

L’épisode Générations et l’entrée de Diam’s 

Alors que Sinik assure la promotion de son album La Main sur le cœur, il participe à une émission sur Générations 88.2 animée par T-Miss. Au cours du direct, un auditeur appelle l’antenne pour clasher violemment le rappeur. Sinik reconnaît immédiatement la voix de Kizito. 

Selon plusieurs récits issus de l’époque, Sinik aurait ensuite appris que le coup de téléphone était prémédité et que Kizito connaissait personnellement l’animatrice. Piqué au vif, le rappeur décide de répondre en studio. 

Diam's et Sinik se lancent dans un clash particulièrement virulent visant Kizito, sans jamais le nommer explicitement. Les attaques dépassent rapidement le cadre musical, avec des insultes visant sa famille. 

Quelques mois plus tard, lors d’un freestyle diffusé dans Planète Rap autour de la sortie de Sang froid,

Kizito, alors à l’étranger, découvre l’affaire à son retour. La réponse ne tardera pas. 

“Fallait Pas Me Chercher”, la contre-attaque 

En 2007, Kizito sort son street album Fallait Pas Me Chercher, un projet largement traversé par cette rivalité devenue mythique dans le rap français underground. 

Kizito fallait pas me chercher

Fallait Pas Me Chercher mélange morceaux personnels, egotrip et piques adressées à Sinik et Diam’s. Le projet attire l’attention grâce à un casting impressionnant : Gims, Driver, Grödash, Alkpote, Black M, Sultan ou encore Treyz l'Affreux y apparaissent. 

Le disque confirme surtout une chose : Kizito refuse de rentrer dans le moule du rap commercial. Son identité reste profondément ancrée dans l’esprit battle et la culture underground. 

Une carrière indépendante et fidèle à ses principes 

Après plusieurs mixtapes et collaborations — notamment sur Illegal Muzik de Grödash en 2006 — Kizito poursuit sa route en indépendant. 

En 2011, il publie Fini La Mascarade, projet dans lequel il revient sur les épisodes qui ont marqué sa carrière. Le rappeur y revendique une authenticité totale, dénonçant les artifices du rap game et les carrières construites sur l’image. 

Kizito Fini La Mascarade

Parallèlement, il continue de diffuser régulièrement de nouveaux morceaux sur les plateformes numériques avec des titres comme PURE EYES, TIPPIDY TOP ou WONDERLAND. Une preuve que, malgré les années, Kizito reste actif et fidèle à son ADN artistique. 

Une figure culte de l’underground 

Si Kizito n’a jamais occupé le devant de la scène médiatique comme certains de ses contemporains, il conserve une place particulière dans le cœur des amateurs de rap français à l’ancienne. 

Son nom reste associé à une époque où le clash était un exercice de style brut, où la réputation se gagnait sur scène et où les punchlines pouvaient suffire à bâtir une légende. Avec son humour noir, son ironie mordante et sa présence scénique, Kizito demeure pour beaucoup l’un des clasheurs les plus impitoyables de sa génération. 

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