Vingt-quatre ans après sa sortie, le deuxième album du collectif emmené par Kool Shen reste un témoignage d’une époque où le rap français savait faire cohabiter des univers différents sur un même disque. Entre Salif, Zoxea, Serum et une rencontre marquante avec Akhenaton, retour sur un projet qui mérite qu’on ressorte les classiques.
Le 30 septembre 2002, IV My People publie Zone, son deuxième album collectif, deux ans après Certifié conforme. Aux commandes, Kool Shen poursuit l’aventure de son label avec une équipe élargie, des sonorités ouvertes sur les États-Unis et une ambition claire : faire exister plusieurs identités rap au sein d’un même projet.
À une époque où les collectifs jouent un rôle important dans la structuration du rap français, Zone ne se contente pas d’aligner des invités. Il donne à chacun l’occasion de défendre son territoire, son écriture et sa personnalité.
Le premier atout de Zone, c’est son casting. Autour de Kool Shen, on retrouve notamment Zoxea, Salif, Serum, Dadoo et Toy. Une réunion de personnalités qui donne au disque une véritable dimension collective.
Mais derrière cette affiche, un nom retient particulièrement l’attention : Salif. Avec EXS, son partenaire au sein de Nysay, il ouvre l’album sur « C’est die ». Un morceau à l’atmosphère plus sombre et plus rugueuse, qui annonce l’orientation prise par les deux rappeurs au cours des années suivantes.
Le message est clair : IV My People n’est pas simplement une réunion de rappeurs déjà installés. Le collectif sert aussi de terrain d’expression à une nouvelle génération.
Parmi les morceaux marquants du projet, difficile de ne pas citer « Œil pour œil », qui réunit Kool Shen et Zoxea.
Trois ans après leur collaboration sur « Contrôle », les deux rappeurs se retrouvent sur une production de Madizm. Deux écritures, deux personnalités, mais une même exigence dans la manière de poser.
Le titre incarne l’une des forces de Zone : faire dialoguer des artistes qui possèdent déjà leur propre identité, sans chercher à uniformiser leurs styles.
C’est probablement l’un des éléments les plus marquants de l’histoire du disque.
Pourquoi est-ce important ? Parce que cette collaboration intervient dans un contexte où les relations entre IAM et NTM ont été marquées par une longue période de distance. Voir Akhenaton apparaître sur un projet lié à Kool Shen donne à ce morceau une portée particulière dans l’histoire du rap français.
Ce n’est pas simplement une apparition prestigieuse au milieu d’une tracklist. C’est la rencontre de plusieurs trajectoires majeures du rap hexagonal, réunies le temps d’un titre.
Un collectif peut réunir les meilleurs rappeurs du monde : sans direction musicale, l’ensemble risque de manquer de cohérence.
Sur Zone, les productions de Madizm et Sec.Undo jouent un rôle central. DJ Kost, DJ Doze et Elio participent également à la composition de plusieurs morceaux.
Le résultat alterne entre ambiances sombres, morceaux plus accessibles et influences américaines. « Streets », porté par Salif et Toy, illustre notamment cette ouverture musicale. De son côté, « Are You Ready? », avec Kool Shen et Toy, met davantage en avant les couleurs R&B du projet.
Cette diversité permet à Zone de ne pas se résumer à une succession de morceaux construits sur une seule formule.
L’album compte 17 pistes, de « Prémices » à « C’est pour toi qu’tu joues », en passant par « J’y arrive pas », « Lalala… Warning Warning », « Handeck » et « Que s’passe-t-il ? ».
Et c’est justement là que réside l’intérêt du disque : chaque morceau apporte une couleur différente, tout en conservant le fil conducteur du collectif.
Zone permet de retrouver Kool Shen dans un rôle de chef d’orchestre, mais aussi de découvrir ou redécouvrir les individualités qui gravitent autour de lui. Salif, Zoxea et Serum y occupent une place importante, tandis que Toy contribue à élargir le spectre musical.
Il serait excessif de prétendre que cet album a, à lui seul, changé le rap français. En revanche, il constitue un document intéressant sur le fonctionnement des collectifs au début des années 2000 : des artistes aux parcours différents, des producteurs capables de varier les ambiances et des collaborations qui dépassent les frontières habituelles des groupes.
Et surtout, Zone rappelle une époque où la force d’un projet pouvait résider autant dans ses individualités que dans les rencontres qu’il rendait possibles.
Le 30 septembre 2002, IV My People ne sortait pas simplement un nouvel album : le collectif réunissait sur un même disque plusieurs visages du rap français, avec Kool Shen à la direction et une place particulière accordée à Salif, Zoxea et Serum.
Vingt-quatre ans plus tard, une question mérite d’être posée aux amateurs de rap français : quel morceau de Zone mérite, selon vous, de rester dans les mémoires ?
« Œil pour œil », « C’est die », « J’y arrive pas » ou « On veut tout » ? Le débat est ouvert.