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Benjamin Chulvanij, trajectoire d’un faiseur de rois du rap français 
22 juin 1970

Benjamin Chulvanij, trajectoire d’un faiseur de rois du rap français 

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Né en juin 1970, Benjamin Chulvanij grandit dans une France en pleine mutation, à l’orée des années 1980. Très tôt, il se passionne pour la musique et s’intéresse aux mouvements émergents de la jeunesse urbaine. Curieux et ambitieux, il développe rapidement un sens aigu de l’écoute et du repérage des talents, qualités qui lui permettront plus tard de détecter les voix montantes du rap français et de construire des labels influents. Ces années formatrices, entre adolescence et premiers pas dans le monde professionnel, forgent le regard singulier qu’il portera sur l’industrie musicale. 

Benjamin Chulvanij, trajectoire d’un faiseur de rois du rap français 

En juin 1996, Benjamin Chulvanij lance Hostile Records. Il a alors 26 ans et occupe déjà le poste stratégique de directeur artistique chez Virgin Records. Le rap français est en pleine ébullition, encore marginal dans les circuits dominants, mais porté par une jeunesse qui raconte la rue sans détour. Chulvanij comprend très tôt que l’avenir du genre se joue dans les quartiers, au plus près du terrain. 

Benjamin Chulvanij, trajectoire d’un faiseur de rois du rap français 

Hostile Records s’impose rapidement comme un label à part. Sa première sortie, Hostile Hip Hop Volume 1, agit comme un manifeste. La compilation réunit une scène émergente et déjà brûlante : Lunatic, Ärsenik, X-Men, 2 Bal, Doc Gynéco, Sté Strausz. Le disque colle à la réalité musicale de la fin des années 1990, sans fard ni compromis, et devient une référence. Hostile Records poursuivra ensuite le développement d’artistes et accompagnera notamment Youssoupha ou Seth Gueko, dépassant les 80 000 exemplaires vendus quelques années après sa création. 

Le parcours de Benjamin Chulvanij ne se limite pas à Hostile. Son CV impressionne. Il passe par Delabel, collabore étroitement avec le Secteur Ä, travaille avec Diam’s, pour laquelle il produit l’album Brut de femme en 2003, et milite pour une meilleure visibilité du hip-hop à la radio. Il devient même juré dans l’émission Popstars, symbole d’un rap désormais entré dans la culture populaire. Pendant près de 25 ans, il occupe une place centrale dans les rouages de l’industrie musicale française. 

En 2011, il prend la tête de Def Jam France, filiale d’un label mythique du rap américain. Une consécration. Mais cette position de pouvoir va aussi marquer un tournant brutal dans son parcours. 

Benjamin Chulvanij, trajectoire d’un faiseur de rois du rap français 

En octobre 2020, le collectif Balance Ta Major, qui recueille depuis 2016 des témoignages de violences et de harcèlement au sein de l’industrie musicale, révèle plusieurs accusations visant Benjamin Chulvanij. Il est mis en cause pour harcèlement moral et sexuel, insultes homophobes, menaces, ainsi que pour des agressions verbales et physiques présumées dans le cadre professionnel. Les témoignages évoquent notamment le cas d’un stagiaire graphiste et celui d’une jeune juriste. 

À la suite de ces accusations jugées très graves, Benjamin Chulvanij est licencié de ses fonctions. Officiellement, Def Jam évoque un départ pour « raisons personnelles », mais la chronologie des faits ne laisse guère de doute sur le lien entre les révélations et cette éviction. Pour Balance Ta Major, cette décision représente une victoire symbolique dans un secteur longtemps resté silencieux sur ces pratiques. 

L’affaire dépasse rapidement le cadre de l’industrie. Le rap s’en empare. Booba, figure centrale et souvent critique du milieu, réagit publiquement à l’annonce, soulignant la portée de cet événement dans un univers où l’impunité a longtemps été la norme. Début 2021, Emma Morris, directrice artistique chez Universal Music Publishing France, est annoncée comme successeure à la tête de Def Jam France. 

Le parcours de Benjamin Chulvanij reste aujourd’hui profondément ambivalent. D’un côté, celui d’un architecte du rap français, visionnaire, capable de détecter les talents et d’imposer une esthétique urbaine authentique à une industrie frileuse. De l’autre, celui d’un homme rattrapé par des accusations lourdes, qui interrogent le fonctionnement même des structures de pouvoir dans la musique. 

Son histoire raconte aussi celle du rap français : son ascension, sa professionnalisation, ses zones d’ombre. Un rappel brutal que derrière les classiques, les labels mythiques et les chiffres de vente, la culture urbaine n’échappe pas aux responsabilités humaines et éthiques. 

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